‹ Le Christianisme au JaponChapitre 27 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

beaucoup de facilité pour les langues , il le destina d'abord à la mission du Japon, et lui confia en [>arti(^ le soin des trois Japonais dont nous avons pailé au coniinencenienl de cttle hisluiie. Cela donna lieu à Fernandez de s'instruire de la langue japonaise ; il l'entendait assez bien lorsqu'il partit des Indes , et il ne lut pas long-temps au Ja[ion sans la parler avec une facilité et une élégance où parviennent peu des naturels du pavs, de sorte qu'on l'allait entendre par curiosité.

On sait la paît (pie cet excellent ou\rier eut aux miracles et aux grandes conversions que l'Apôlie de l'Orient lit dans le Japon ; ce Saint avait pour son compagnon une estime qui allait jusqu'à la vénération; et à son retour aux Indes, il ne fit point de difficulté de dire au P. Gaspard Barsée : i< Mon cher Pèie , soyez con\aincu (pi'il vous reste encore bien du cliemin à faire pour atteindre Jean Fernandez. » H parlait toutefcis à un homme qui , après avoir rempli les principales contrées des Indes de l'odeur de s<îs Nertus et de l'éclat de ses miracles, })as£ait parmi les tidèies pour un Dieu, et chez les mahomélans d'Ormuz pour Jean -Baptiste ressuscité.

Fernand<;z travailla quelque tein[)S dans les royaumes de rSaugato, de Bungo, de Firando , et diiiib la |»rincipauté d'Omura avec des succès qui lirent au V. de Tori'ez dire que, si le Ja|»on était redevable au P.Xavier d'avoir reçu la foi , il avait obligation à Fernandez de ne l'avoir pas perdue apiès le départ du Saint, l'ilufin , (pudipies années avant sa moi t , il fut renvoyé dans le Fiiando, où le loi étant toujours peu favorable au christianisme , il fallait un honune comme lui pour encourager les fidèles, et gagner les idolâtres autant par l'éminence de sa sainteté que jiar la sublimité de ses lumières; il y fut secondé en tout par le j)rince Antoine, et ils \inrent à bout d'extirper entièrement l'idolâtrie des îles de Tacuxima et d'iquizeuijui.

Les chrétiens, instruits, animés et fortifiés par deux hommes d'un zèle aussi admirable , et qui n'avaient appris ce qu'ils enseignaient qu'à l'école du Saint-Esprit, devin-

08 LE CIimSTlAMiMI:: Af JAI'UN.

reni eu peu île temps uiitaiit de sainb. Les Portugais qui avuieut fait le \uyag(3 du Japou ne ptulaieut que de la ferveur de ces uéoplivies daus tous les lieux uii ils passaient, et il y eu eut un <pii , étant à l'iiaudo, écrivit ([u'à la vue des lidèîes tirandais, il lui sendjlait (pi'il n'était pas lui-nièuie chi'étien , (|u\i voir ces néopliyîes eu oraison, on les prendrait pour les couteniplatil's les plus unis à Dieu; qu'il n'y avait point dans ri'glisc de religieux qu'ils ne surpassassent eu jeûnes et en austérités ; en un mot , que Iput ce qu'il pouvait dire de ce royaume , et surtout des îles de Tacuxima et d'iquizeuqui, c'est que le Sainl-Es[)rit paraissait en avoir pris possession.

Au reste, si l'Eglise de b'irando se distinguait par sa ferveur, elle mérita bientôt la première l'iionnem' de la persécution.

Cependant la loi était entrée dans le Golto ; ce royaume est à une des extrémités du Ximo , et forme un état séparé qui n'est point compris daus la division générale q«ie l'on fait du Japon ; ce sont de petites îles assez stériles et assez sauvages, excepté celle où est la capitale du royaume. C(:tte ville, (pie les uns nouunent Oquiquoa, et les autres Ocicn , est fort jolie et a mi très -beau port. Les habitants du Gotto sont sujierstitieux à l'excès; chez eux, les astres règlent tout; ils ont, connue avaient les anciens Homains , leurs augures , dont l'unique emploi est d'observer et de prédire les jours heureux et malheureux. Va\ 156o, le Gotto était gouverné par un prince ipie sa douceur faisait extrêmement aimer de ses sujets; il eut la curiosité desavoir ce que c'était que le christianisme , et il lit prier le P. d'Acosla , qui demeurait à Firando, de lui envoyer quelqu'un qui pût l'instruire de ce qu'il souhaitait. Le missionuiiire envoya la lettre du roi au P. de Torrez , qui faisait sa résidence à Cochinolzu. Louis Almeida eut ordre de se rendre incessamment aiq)rès du roi de Golto. Il ne perdit point de temps, s'embanpia pour les îles de Gotto , et alla aborder à Ocica. Le roi le reçut parfaitement bien et l'engagea à faire, en présence de toute la cour , des conférences qui contentèrent tout le monde.

CHAIMT.Ilfc; V. Î^O

Le inissionnaiie était sur le point de recueillir le fruit de ses iusliuctious , loi.S(iue le roi, qui de sa \io n'avait été malade, l'ut loiit-à-cou|) saisi d'une grosse lièvre et d'une violente oppression de poitrine. Les honzes ne manquèrent pa> de publier aussitôt que les dieux punissaient ce })rince d'avoir introduit dans ses états une religion étrangère ; ils persuadèrent aisément un jienple accoutumé à ne reconnaîlre aucune cause naturelle des évèneuienls l'âcheux , et la loi élait peul-èlre hannie pour jamais de cet clat, si les bonzes n'eussent pas entrepris de guérir le roi. On ne peut dire les extia\agances et les sortilèges (]u'ils employèrent pour obtenir de leurs dieux la giiérison du prince; mais le mal ayant empiré considérablement, après toutes leurs folles su|)crstitions , on permit enlin à Almeida de donner des remèdes au nuilade ; ils lurent ellicaces , et l'eiret en l'ut même si ptompi, (|u'en quatre jours le roi fut parfaitement guéri. Alors ce |)rince , plus persuadé (jue jamais de la fausseté de sa leligion , se mit a\ec plus d'ardeur encoie à l'élude de la religion chrétienne.

Dieu bénit les tnivaux du zélé missionnaire par un fort grand nombr'e de conversions ; il gagna a .Jésus-Christ la considérable partie d'rme petite ville nonmu^e Ocura , qui n'est qu'à une lieue et demie d'tkiea. Le seigneur du lieu, trois frères qu'il a\ail et sa n)ère donnèrent l'exemple à leurs \assaux , et AluKMda eut la consolatioir d'y voir en peu de temps une église bâtie au vrai Dieu.

Lue guerre cpii survint alors air roi de (Jotlo lit concevoir à ce pr ince que rien au morrde n'était cap;d)le d'obliger' des fidèles à faii'e quoi ipie ce soit contre ia loi dir Dierr (ju'ils adoraient. La coirtume él;iit darrs ce royaume, qu'avant de marcher en campagne', les principaux ol'licieis s'assenjblaient dans le palais pour y prêter atr roi un nouveau serment de lidélité ; entre autres superstitions dont celte cérémonie était accompagnée, il f;dkiil boire d'irrr virr (|ui axait été auparavant consacré et offert airx dieux du pays. Tous ceux qui avaient dans l'armée quelque commandement s'étant rendus chez le roi au jour marqué, le gouverneur d'Ocica, qui

iOO LE cniSiSTlAMSME AU JAPdN.

était chrétien , fut un peu enibairassé de ce qu'il avait à faire; après y avoir bien pensé, il crut que, pour niellre sa conscience en sûreté, il suKirait de pi-olester, en buvant le vin, qu'il le buvait coninie un vin ordinaire, et qu'il n'y reconnaissait aucune vertu. Effectivement, lorsqu'on lui présenta la coupe, il lit sa protestation, et il commençait à boire, lorsqu'un autre chrétien, des pins braves et des plus considérables de l'armée par sa naissance et ses exploits, lui cria qu'il se donnât bien de garde de commettre une telle i!itidélilé. Puis s'approchant du roi avec une respectueuse assurance : « Seigneur, lui dit-il , vous reconnaîtrez bientôt que vous n'avez point de plus tidèles sujets que les chrétiens; tant qu'il restera une goutte de sang dans nos veines, non^ ne quitterons point le cond)at. Mais voulez -vous (jue ie serment que vous exigez ici de nous soit inviolable , souffrez que nous jmions par le seul Dieu vivant que nous adorons et (pii a créé ce vaste unixers. »

Le roi, (jui coimaissail cet ollicier, et (jui était prévenu en faveur de sa religion, consentit à tout, et il ne tarda pas à être convaincu qu'il ne devait désorn»ais compter sur personne plus que sur les chrétiens. Les troupes s'assemblèrent ; on marcha à l'ennemi , qui avait fait la moitié du chemin , et on en vint bientôt à une bataille. Comme la mêlée commençait, un jeune néo[)hyte, qui se nommait Xyste, aperçut le général emiemi , dont la valeur et la bonne conduite inspiraient à ses soldats beaucoup de conliance et de courage; il courut à lui , et l'attaqua avec tant de bonheui' et de bravoure , qu'après un assez long combat (pii tint les deux armées connue en suspens, il le prit au défaut (le sou armure, et le renversa à ses pieds. La mort du chef étonna toutes ses troupes, et la victoire du roi de Gotto fut complète. Ce prince fit éprouver à tous les chrétiens combien l'action de Xyste l'avait persuadé du zèle qu'ils avaient tous pour son service, et ce surcroît de faveur augmenta considérablement le nombre des fidèles.

Deux ans après , le Gotto se trouvant sans missionnaires, le prince héritier, qui songeait à embrasser le christianisme,

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