‹ Le Christianisme au JaponChapitre 28 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

fd prier le P. de Torrez de lui envoyer un prédicateur. Le supérieur lui envoya le P. Démonté ; il trouva le jeune prince fort instruit ; il lui dit , qu'avant de recevoir le baptême, il serait bon qu'il eût le consentement du roi son père, et le prince le demanda avec beaucoup d'empressement. Le roi ne s'opposait pas absolument à la demande de son fils, mais il temporisait , voulant voir comment celle conversion serait reçue de ses sujets. Le prince se lassa d'attendre , et voulut recevoir le baptême. Le missionnaire ne crut pas devoir résister à la volonté du prince; il le baptisa en secret, et lui donna le nom de Louis. Le roi s'aperçut bientôt que son fils était chrétien , et ne le trouva pas mauvais. Celle conversion mit le cbristianisme en grand crédit dans ce royaume, et la loi y fit en peu de temps des progrès fort considérables.

La principauté d'Omura s'ouvrait aussi toujours de plus en plus à l'Evangile, par le zèle et la fermeté de Sumitanda. Il est vrai que parjni ses sujets il y en avait qui n'étaient attentifs qu'à profiter des occasions qui se présenteraient de le faire périr avec tous les chrétiens ; et tout autre que lui aurait enfin succond)é aux ctTorts qu'on fit plusieurs fois pour le perdre. Mais les vertus chrétiennes n'avaient rien à ôler à ce prince des vertus guerrières et politiijues; il n'y avait point au Japon de souverain dont le gouvernement fût plus ferme , et pour la bravoure peu en approchaient. Les relations de lo6o rapportent un fait<pii montre avec quelle vigueur il agissait dans les occasions les j>his périlleuses. Il apprit un jour qu'une troupe âc mutins s'étaient emparés d'un château assez proche de la capitale , et <pii la commandait même en (juf 1 pie sorte ; aussitôt il l'ail assembler ses troupes , et va hii-niême investir ce fort. Sur le soir, il choisit dans toute s( n armée Ironie braves, tous chrétiens leur demande s'ils .sont près à le suivre (juelque part rjn'il les mène ; et, tous lui ayant répondu que rien ne les arrêtera dès qu'ils l'auront à leur tète. Il donne ordre à toutes les troupes de charger à la pointe du join- ceux qui venaient incessamment pour secourir les révoltés. Pour lui , dès (pi'il

vit la nuit lout-à-fait obscure , il se met à grimper avec ses trente chevaliers par divers sentiers fort secrets, jusqu'au sommet de la montap;ne sur laquelle la foileresse était bâtie. Les séditieux, cpii n'avaient point prévu cette ruse, ne faisaient point la garde avec assez de précaution , et il fut aisé à Siunitanda de se çilisser dans le fort avec tous ses gens : il occupa donc sans peint; toutes les avenues, saisit les postes les pins importants, et , dans le moment que son nrmé'e donna sur les troupes auxiliaires, il chargea lui-même l<'s rebelles hrusqiuMnent , qu'avant (pTils se fussent reconmi*;, ils furent tous passés au lil de l'épée , ou jetés par les fenêtres sur C(Hix qui venaient les secourir.

Après cette action , la cluétienté d'Omura alla toujours croissant en nombre et en ferveur. Pour faire connaître la vertu de ces fidèles, la soif qu'ils avaient de la parole de Dieu, et le tendre attacliement qu'ils témoignaient pour leurs pasteurs , je rapporterai une lettre du P. Alexandre Valégnan, qui arriva en I.^OS à un port de la dépendance du prince d'Omura. « .Nous n'avions pas encore mouillé l'ancre, dit-il , lorsqu'un nombre infini de chaloiq)es remplies de chrétiens environnèrent notre vaisseau; toutes ces chaloupes avaient une llamme ou une espèce de pavillon ou l'on voyait briller le signe adoriible de notre rédenq)tion. Nous entrâmes ainsi comme en triomplie dans le port an bruit des acclamations des fidèles. A la descente du navire, je fus assailli d'une si prodigieuse afUuence de |)i'uple, qu'il semblait qu<.' personne n'était resté dans les villes. I^es uns me baisaient la soutane, d'autres les mains , d'autres les pieds. Enfin ils me portèrent plutôt qu'ils ne me conduisirent à la cbapelle. Ce qui me cbarmait davantage , c'était de voir des troupes fort nombreuses de petits enfants, les garçons séparés des filles , tous marchant devant nous en bel ordre avec une modestie angélique, et cbantant le Te Deum.

« A peine eus-je faitcpjelque chemin qu'on me vint complimenter de la part du prince, ci queltpies moments après j'aperçus le P. de Torre/ , qui venait au-devant de moi avec Louis Almeida et Micbel Vaz : ils étaient précédés et suivis

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