‹ Le Christianisme au JaponChapitre 29 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d'autres troupes d'enfants qui cliantaienl à deux chœurs le cantique Benedictus^ avec des hymnes et des psaumes. J'arrivai à la chapelle tout hors de moi , et je renjerciai Dieu de ni'avoir rendu lénioin d'iuie ferveur (|ue je n'avais pu croire sur ce qu'on m'en avait dit en Italie; aussi faut-il l'avoir viie pour y ajouter foi, et si j'entreprenais de faire le détail de tout ce (pii se passa tous les jours à nos yeux , je ne trouverais personne qui nie crût sincère. »

Le P. Viléla, qui venait de convertir à la foi la ville de Nangazaqui , retournait aux Indes , épuisé de fatigues et dinfirmités précoces, lorsqu'il apprit la mort du P. Côme de Torrez , (ju'il devait bientôt suivre lui-même au tombeau. 11 le ht aussitôt savoir au prince d'Omura, qui en fut extraordinairement touché, car Siuuitanda honorait ce saint homme comme son père. Le P. de Torrez fut universellement regretté , et chaijue église donna à l'envi des marques publiques de sa douleur : aussi était -il le plus aimable des hommes ; sa douceur et sa comjilaisance lui avaient fait autant d'amis qu'il avait connu de personnes , même parmi li'S infidèles. Bien des gens qui ne l'avaient jamais vu , mais (jui sur ce (jue la renommée eu publiait, se sentaient de l'in- ( lination pour lui, le prévenaient [>ar lettres, et entretenaient avec lui un commerce réglé; on assure Uième que dans rUniversité de Bandoue , d'oint il avait loiijouis été éloigné au moins de deux cents lieues, il y avait plusieurs bonzes et plusieurs savants {\m cultivaient soigneuserut-nt son amitié. Lorsqu'il était obligé de se transporter d'un lieu k \\\\ autre, il lui fallait nécessairement p;ulir la nuit pour éviter d'être arrêté : tous ceux qu'il ba[)tisail voulaient porter son nom; il avait un tel ascendant sur l'esprit de tous les fidèles, nonseidement des églises qu'il avait cultivées par lui-même , mais encore de toutes les autres, ([ue la moindre marque de sa volonté suftisait pour les faire passer par oli il souhaitait.

Il n'était j.as moins en vénération parmi les idolâtres cpie jtarmi les chrétiens; les uns et les autres étaient également charmés de son zèle infatigable et surpris de son extrême austérité. L'amour qu'il avait des souffrances lui faisait sou-

vent dire qu'Ainanguchi avait été un paradis pour lui, parce qu'il n'y avait jamais été un moment sans souffrir: il no savait ce que c'était que de s'épargner lorsqu'il s'agissait du salut des âmes ou du soulagement de ses inférieurs; alors rien ne l'arrêtait , ni la longueur ni la dilTicuIté des chemins, ni les dangers aux(iuels il lui falliiit s'exposer dans un pays où il savait, par plus d'une expérience, qu'on cherchait de tous côtés les moyens de le perdre. Cette attention aux besoins de ses frères était d'autant plus admirable en ce saint homme, qu'il ne s'accordait rien à lui-même, et, qu'étant un peu atrabilaire, il eût été extrêmement dur , si la grâce n'eût adouci eu lui le naturel; mais Dieu , qui se communique aux âmes en proportion de la violence qu'elles se font, avait réconq)ensé son serviteur d'un don de larmes très-particulier et d'une contemplation fort élevée. Enlin, pour comprendre en deux mots l'éloge du second fondateur de l'église du Japon , jamais homme ne pratiqua plus à la lettre ce précepte que Jésus-Christ donne à ses Apôlres, de se faire petit comme des enfants. Dès cpi'il entra en religion, il sembla avoir oublié les grandes qualités qui l'avaient si fort distingué dans le siècle ; fervent disciple, humble religieux , zélé missionnaire, vigilant supérieur, ouvrier infatigable, il avait soixante et quatorze ans, et pouvait à peine se soutenir qu'il fondait encore des églises , et il mourut en travaillant.

Les peuples qui pendant sa vie l'avaient regardé comme un saint, furent bien conllrmés dans cette opinion h la vue de son visage , qui parut après sa mort d'une beauté extraordinaire, et qui semblait rendre un témoignage assuré de la félicité dont son àme jouissait. Ses obsèques furent célébrées avec ces acclamations des fidèles qui , dans les premiers siècles de l'Eglise canonisaient les Saints. Les PP. Ballhaznr Lopez, Alexandre Valégan et Gaspard Viléla s'y trouvèrent, et le dernier , qui attendait de jour en jour l'occasion de s'embarquer , lit l'éloge du défunt. Enfin il n'y eut pas un chrétien qui ne voulût avoir quelque chose qui eût été h son usage. L'île de Xéqui, où le P. de Torrez finit sa course ,

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