CHAPITRE V lOS
était prepqiKî toute convertie ; le tono même était du nombre des tîdoles ; mais , comme il n'avait reçu le baptême que pour attirer les Portugais dans son port , il abandonna bientôt par l(''g«'roté ce que l'intérêt lui avait fait embrasser; il commença même à persécuter ses sujets chrétiens , qui, plus constants que lui , préférèrent la mort et l'exil aux avantages qu'il leur proposa pour les rendre complices de son infidélité. Cette persécution , qui donna à l'Kglise plusieurs martyrs, n'eut point de suite, et nous ne sommes point fort instruits de ces circonstances.
L'île d'Amacusa, voisine de Xéqiii, fut plus heureuse; il y avait deux ans que Louis Almeida y avait baptisé plusieurs persoimes de marque ; les bonzes songèrent d'abord k arrêter ce progrès, et soulevèrent la populace contre le tono. Mais le roi de Bungo, de qui le seiguem^ d'Amacusa était alors vassal, apprenant ce qui se passait, envoya des ordres si précis que le tono, qui , de son cc)té , avait beaucoup d'inclination pour la loi chrétienne, se trouva en étal de mettre à la raison les l'aclieux , à la tête desquels étaient deux de ses frères; il fut ensuite des premiers à recevoir le baptême avec son fils.
Ce prince, qui avait pris au baptême le nom de Michel , eut bientôt une oceasion de signaler la pureté de sa foi , et il ne la laissa point échapper. Alméida, que les besoins des autres églises obligeaient à faire souvent des courses, avait confié le soin du Iroiqieau qu'il venait d'assembler dans cette île à un néophite qui avait paru fort propre à cet emploi ; mais à peine fut-il hors du pays, que le catéchiste s'avisa d(; dogmatiser, et de prêcher une doctrine à sa mode : il commençait déjà à séduire les plus simples , et il y avait lien d'appréhender que ce schisme n'eût de fâcheuses suites; mais le tono seconda si bien le missionnaire, qu'il accourut au secours de son église dès qu'il sut ce qui s'y passait, que la tranquillité et l'unité y furent parfaitement rétablies.
Le prince Michel avait une belle-fille, qui passait pour la femme la plus éclairée et la plus profonde théologienne du Japon ; il n'y avait point de bonze qui se crût déshonoré
en la consullant, et tous avouaient qu'elle résolvait leurs doutes et éclaircis?ait leurs difficultés avec une facilité qui les charmait. La conversion de cette princesse n'était pas une conquête aisée; le prince son beau-père ne laissa point de l'entreprendre ; la princesse résista pendant plusieurs années ; enfin elle se rendit, fut nommée Grâce au baptême , et répara par sa ferveur le temps qu'elle avait perdu par sa résistance aux inspirations du Ciel. Elle mourut en 158-2, presque en même temps que son beau-père, qui eut en mourant la consolation de ne laisser aucun idolâtre dans ses terres. Sur la fin de sa vie , il ne soupirait plus qu'après la céleste patrie, où il alla enfin, dans sa soixante-imième année , recevoir la récompense de son zèle. Le prince Jean son fils lui succéda, et ne fut pas moins l'héritier de ses vertus que de ses états.
D'un autre côté, le prince de Gotio travaillait en apôtre à l'établissement du christianisme. Le P. Alexandre Valégnnn, qui avait été envoyé pour le seconder, avait déjà baptisé la princesse son épouse et presque toutes les dames de sa suite; il s'attendait à pousser plus loin ses conquêtes spirituelles, lorsque les bonzes osèrent inviter avec menaces le jeune prince à changer de religion. Comme ils le trouvèrent intlexible , ils s'adressèrent au roi, qui, craignant quelque trouble, voulut engager son fils à dissimuler pour un temps sa foi-, il n'y réussit pas , et il en parut choqué. Il publia des édits contre les chrétiens; mais il rencontra partout la même fermeté. Il se résolut à fnire un coup d'éclat, et l'on vit toutes les apparences d'une sanglante persécution. Alors le prince Louis déclara qu'avant de loucher à aucun chrélieu il faudrait qu'on vînt à lui , et que si l'on faisait des martyrs il serait le premier. Le roi était embarrassé ; il aimait son fils, il estimait les chrétiens , les bonzes fortifiés de la protection de ses frères parlaient fort haut; quelque parti qu'il prît il ne voyait que des malheurs.
Enfin le P. Valégnan l'alla trouver, et lui dit qu'il savait un moyen de le tirer de la peine , et de contenter tout le monde : « Ce moyen , seigneur, ajouta-t-il, c'est d'aban-