‹ Le Christianisme au JaponChapitre 36 sur 108 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

?eins, fil nn paquet dos vases sacrés el Jes ornements d'église , et voulut les envoyer par un clirélien an P. Démonté, qui était à Funai ; mais il ne trouva perFonne qui voulût s'en charger, chacun craignant de perdre la couronne du martyre s'il s'ahsenlait de Vosuqui. 11 les fit porter chez une dame de qualité ; elle répondit qu'elle l(?s mettrait volonti(!rs chez elle , mais qu'elle n'en répondrait pas ; qu'elle était résolue de s'en aller à l'église et d'y attendre qu'on vînt l'égorger pour sa religion. Klle appela néanmoins ses filles de chambre, et leur commanda d'avoir soin de ce dépôt; aucune n'y voulut consentir, et toutes protestèrent qu'elles ne quitteraient point leur maîtresse.

Sur le soir, on ferma l'église. Le P. Cabrai , le P. Froez, quelques jeimes religieux (ju'ils avaient avec eux , et les gentilshommes dont j'ai parlé se mirent en prières , persuadés qu'ils ne seraient pas long-temps sans apprendre des nouvelles de Cicatondono. Au bout de quelque temps on entendit un grand bruit à la porte : chacun se lève; les cîievaliers prennent biurs armes : on ouvre, et l'on est bien surpris de voir une troupe de femmes de qualité avec leurs filles et leurs suivantes, qui venaient, disaient-elles, mourir avec les Pères. Il y en avait une qui, appréhendant que ses parents ne l'arrêtassent s'ils la voyaient sortir à une heure indue, avait fait abattre une muraille pour se rendre avec les autres par des quartiers détournés. Pour concevoir quel était le désir du martyre dans ces fenuues , il faut se rappeler ce que j'ai dit au commencement de cette histoire, qu'il est très-rare de voir les dames du Japon sortir de chez elles, et que quand elles paraissent dans les rues ce n'est qu'en grand équipage ; qu'elles sont portées dans de superbes litières, et toujours suivies d'un magnifique coitège.

Les femmes chrétiennes ayant donné cet exemple , il fut bientôt suivi de tous les fidèles non-seulement de Vosuqui , mais même dans tout le pays d'alentour. On les vovait arriver par troupes des extrémités du royamne, et lorsipi'on leur demandait ce qui les amenait h Vosuqui , ils faisaient réponse qu'ils venaient mourir pour la foi. Mais ce qui fit plus

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de bruit que loiil le reste , c'est que le prince Sébastien déclara qu'avant de faire la moindre insulte aux missionnaires il fallait qu'on vînt cà lui; et parce que Ciçalondono avait menacé de tuer quiconque irait parler <à Cicatora de la part de son neveu , ce jeune prince lit dire à son oncle qu'il pensât bien à ce qu'il voulait faire, et que s'il faisait le moindre outrage au dernier de ses domesti(|nes, celle insolence ne demeiuTrait pas impunie ; ensuite, pour faire voir ipi'il ne reculait pas , il counnença par aller tous les soirs coucher au logis des Pères. I^'églisi! ni la maison ne désemplissaient point ni le jour ni la nuit : les dames , qui n'y pouvaient rester avec bienséance parmi tant de monde , furent longtemps sans se résoudre à retourner chez elles; mais elles demeurèrent assemblées à (]uel(pies pas du collège, chez une nièce de la reine , jeune princesse , qui dans cette troupe d'héroïnes se distinguait aulant par sa ferveur et le désir qu'elle avait du martyre , (pi'elle était au-dessus des autres par sa naissance.

Un si grand mouvement donna beaucoup h penser à la reine et au prince son frère : ils craignirent ou feignirent de craindrf^ une sédition, et comme ils profitaient de tout pour perdre les lidèles , ils s'avisèrent de mander au roi qu'il y avait une conspiration formée contre sa vie par les chrétiens, (jui ne pojivaient plus souffrir un souverain d'une autre religion que de la leur; que le prince Sébastien et Cicatora étaient à leur tête, et qu'il y avait tme résolution prho de mettre Tun des deux sur le Inuie. Cette intrigue ne put être si secrète qu(^ le P. Cabrai n'eu eut avis , et ne fût assez à temps pour prendre ses mesures • il écrivit au roi pour l'inslrtn're de tout. I^e prince Sébaslit>n prit la poste pour appuyer la lettre du Père, et le roi, informé des emportements de Cicatondono et de la reine , gagna enfin sur soi d'écrire à l'un et à l'autre que depuis vingt-sept ans les docteurs étrangers et les chrétiens étaient sous sa protection ; qu'il ne les avait jamais reconnus ni brouillons ni rebelles; qu'il était bien assuré qu'ils seraient toujours ce qn'ils avaient été jusque-là à son égard , pleins de zèle et de fidélité , et que de son côté

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