‹ Le Christianisme au JaponChapitre 37 sur 108 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

il ne changerait point non plus de sentiments ponr eux.

Quel(|ue temps après , le roi revint à Vosuqui, l't l'on ne parla plus de rien. Mais enfin , il céda lui-même à la grâce , et se déclara chrélien. Ce fut le 28 août , jour consacré dans l'Kglise en riionneur de saint Augustin , (|ne Civandono fut enfin solennellement mis au rang des fidèles, dans la quarante-neuvième on cinquantième année de son âge , vingtsept ans après après qu'il eut commencé d'èlre éclairé de la lumière de rp]vangile ; et, en l'honneur du hienheureux Père Xavier , il choisit le nom de François, f^e même jour le P. Cahral donna au roi et à sa nouvelle épouse la hénédiclion nuptiale.

Au reste on peut dire de Civandono ce qui a été dit de saint Augustin , sous les auspices de qui il reçut le sacrement de la régénération , qu'en faisant profession (\\\ christianisme il l'avait faite de la j>crfeclion chrétienne ; en effet , ce prince prit dès lors une si forte ré.'îolution de regagner par sa fervem" le temps qu'il avait perdu par ses irrésolutions , qu'il parut toul-à-coup changé en autre homme, et qu'il tint la parole (ju'il avait donnée à nu des missionnaires peu de jours après le baptême de la reine; car, ayant pris ce religieux en particulier, il lui parla confidcmment de la sorte: <( Je ne sais pas trop ce que vous autre? chrétiens el prédicateurs pensez de moi. Vous me croyez sans doute bien léger et bien inconstant : vous vous trompez ; il n'y a nulle incon.<5équence dans ma conduite. Dès que j'ai eu connaissance de votre religion j'ai conçu pour elle une estime que je n'ai jamais perdue, et si j'ai diiïéré si long-temps h l'embrasser, c'est que j'étais bien aise de ne me déclarer qu'après ni'ètre procuré du repos, et avoir remis à nion fils le goijvernement de mes états ; d'ailleurs j'ai voulu voir jusqu'oui les sectes du Japon portaient la perfection de leur morale ; c'est pour cela que j'ai bâti tant de monastères de bonzes, et quejiMes ai remplis des plus habiles docteurs de l'empire. Mais plus j'ai approfondi leurs mystères , moins j'y ai trouvé de quoi m'assnrer ; je n'y ai découvert (pie ténèbres , qu'incertitude , qu'extravagance. Votre loi seule dis«;ipe mes

doutes , me rassure , nie contente , me tranquillise -, enfin , je suis résolu de l'embrasser : t'aites-moi venir le P. Cabrai; je veux recevoir le baptême de sa main , et vous verrez que plus j'ai eu de peiue à prendre mon parti, plus je serai ferme quand une fois je me siM'ai déclaré. »

La grâce du sacrement, ayant trouvé un cneur si bien disposé, y produisit d(^s fruits surprenants; ce prince, qui pondant viugt-sepl ans n'avait pu se déterminer entre la vérité dont il avait été lant de fois convaincu , et l'erreur qui de jour en jour lui paraissait plus visible, ne concevait pas comment on pouvait connaître Dieu sans l'adorer ; et au sortir de la cérémoni(î de son baptême, retournant à son palais, la vue des infidèles qu'il rencontrait sur son passage lui tirait des yeux des larmes de com[)assion. Au reste, il n'est pas possible d'exprimer l'effet que (it celte conversion <lans tout renq»ire; car, outre qu'il y avait au Japon peu de souverains aussi puissants que Civandono, ce prince était d'ailleurs dans une si grande réputation de sagesse et de doctrine que les païens, apprenant cpi'il avait été baptisé , disaient que ce cbangement était le plus bel éloge qu'on pût faire de la religion chrétienne.

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