‹ Le Christianisme au JaponChapitre 38 sur 108 · CHAPITRE VIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏI

Sévérité de l'empereur envers les bonzes. — Résistance de ce prince à la grâce. — Progrès du clirisiianisme dans tout l'empire. — Les rois de Bungo et d'Orima, et le prince d'Omura envoient une ambassade au souverain Pontife.

L.-v foi ne faisait pas de moindres progrès à Méaco sous la conduite du P. Organlin , jésuite vénitien , qui avait pris la place du P. Froez. Nobiuiaiiga se déclarait en toute occasion le protecteur des missionnaires et des chrétiens. Ayant achevé de bâtir la superbe ville d'Anzuquiama, qu'il voulait laisser aux siècles futurs comme nn monument de sa grandeur et de sa puissance , il y donna un collège aux Jésuites, et il accompagna cette grâce d'une marque de distinction qui valait encore plus que le bienfait même; car il assigna pour le collège un emplacement qu'il avait refusé aux plus considérables de sa cour. Il faut convenir que jamais la religion chrétienne n'avait été au Japon sur un plus beau pied. L'empereur, qui s'agrandissait tous les jours, ne semblait faire la guerre que pour établir le christianisme dans les royaumes qu'il subjuguait; il prévenait souvent les souhaits des fidèles, et il leur accordait toujours plus qu'il ne leur demandait; enfin il s'était fait comme nn point d'honneur d'exterminer les bonzes, et il se présenta alors une occasion , qu'il ne manqua pas , d'éteindre toute une secte de religieux infidèles, et la plus opiniâtre ennemie du nom chrétien.

Les xodoxins et les foquexus étaient depuis quelque temps

d22 LE CHRISTIANISME AU JAPON.

aux prises sur un point de religion ; leur animosité mutuelle Jes aveugla, de sorte qu'ils prirent Nobunanga pour arbitre de leur différend, et ils allèrent jusqu'à accepter une condition sans laquelle ce prince ne voulut point les écouter ; celle condition était que ceux qui auraient du dessous seraient punis de mort. Le jour marqué, les plus habiles des deux sectes se rendirent au lieu assigné avec un appareil et une pompe qui témoignaient de part et d'autre une grande assurance ; on disputa long-temps, et on le fil avec un acharnement qui convenait mieux à des soldats dans une mêlée qu'à des docteurs dans une conférence ; enfin les foquexus furent poussés si vivement par leurs adversaires que , n'ayant plus rien à répliquer, ils allèrent se jeter aux pieds de l'empereur pour le prier de ne point faire exécuter la sentence qu'il avait portée de leur consentement. Ils ne gagnèrent rien ; Nobunanga les fit sur l'heure dépouiller tous nus et fouetter publiquement ; ensuite , il les obligea à signer de leur sang qu'ils avaient été vaincus et qu'ils méritaient la mort, après quoi ils furent décapités. L'empereur ne s'en tint pas là ; il Cl trans[)orler dans une île déserte loul ce qu'il y avait parmi les foquexus de gens de mérite et en réputation, et condamna les autres à une amende si excessive, que, malgré tout leur crédit et leurs immenses richesses, ils ne se trouvèrent pas en étal d'y satisfaire , et prirent le parti de s'exiler eux-mêmes et d'abandonner tous leurs biens.

Mais si la conduite de Nobunanga à l'égard des bonzes avançait si fort les affaires de la religion, son aveuglement par rapport à son salut coûtait bien des larmes à toute l'Eglise du Japon ; l'accueil extraordinaire que ce prince faisait aux missionnaires, le plaisir (pi'il paraissait prendre à les entretenir en particulier de leur religion, la joie qu'il témoignait du succès de leurs travaux, tout cela lit quelque temps croire qu'il n'était pas éloigné du royaume des cieux ; mais celle opinion dura peu, et l'on fut enfin convaincu que Nobunanga n'avait point et n'aurait jamais de religion. Un jour, que la cour était forl nombreuse, on vint

Page 1