‹ Le Christianisme au JaponChapitre 41 sur 108 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Orgueil de l'empeieui- qui veut se faire adorer comme un dieu. — Il suspend par un édit tout culte religieux. — Résistance des chrétiens. — L'empereur est assassiné par des rebelles. — Règne de Fraxima. — Conversion d'un médecin célèbre — Mort du P. Louis Almeida.

La [»ioleclion conslaiite qiu! Nobtinanga donnait aux missionnaires, cl surtout les dernières marques d'estime dont ce prince avait honoré le P. Valégnan , avaient fort accrédité le christianisme. Araqui, roi de Bomi, et la reine son épouse s'étaient déclarés chrétiens peu de temps après, et l'on apprenait tous les jours quelque conversion éclatante ; d'ailleurs la conduite de l'empereur faisait espérer à ceux (jui jugeaient des choses selon les apparences , qu'il n'était pas fort éloigné de se rendre lui-même à la vérité ; mais ceux (jui le connaissaient étaient persuadés qu'il n'avait jamais eu et qu'il n'aurait jamais de religion. Ce qui trompa également les uns el les autres, ce fut la folie qu'eut ce prince de vouloir être adoré comme un Dieu , lui qui s'était moqué toute sa vie des honneurs divins qu'on rendait aux camis. 31ais ce n'est pas la première fois que la passion a fait donner les plus grands hommes dans des travers que leur propre conduite avait par avance rendus inexcusables et qu'ils avaient le plus hautement condamnés dans les autres.

rs'obunanga se tlt donc construire un superbe temple sur une colline qui regardait Auzuquiama : au milieu de ce temple il commanda qu'on mît une pierre où ses armes fus-

sent gravées et ornées de quantité de devises, et que tout autour on plaçât les plus belles idoles qu'on pourrait trouver dans le Japon. Ensuite parut un édit qui suspendait fout culte religieux dans l'empire , et qui ordonnait , sous de trèsgrièves peines, aux Japonais de venir sacrifier à l'empereur dans son temple. ()u vit bien par la promplitnde avec laquelle on obéit, que tout pliait devant ce prince ; les chrétiens seuls se moquèrent de l'édit, et l'empereur ne fit pas semblant de s'en apercevoir; mais Dieu ne laissa pas long-temps impunie une si grande impiété, et la justice divine parut d'autant plus manifeste dans la vengeance qu'elle en tira , que l'instrument dont elle se servit était plus méprisable.

Pendant une guerre , Aquéchi , général de ses armées, se révolta contre lui. C'était un homme de basse extraction que l'empereur avait élevé par caprice, et qui n'avait point d'autre mérite que la faveur de son maître. Bientôt la reconnaissance devint un fardeau trop lourd pour cet ambitieux. Il cherchait toutes les occasions de perdre son bienfaiteur; il saisit celle que l'empereur lui fournit lui-même. A peine eut-il pris le commandement des troupes , qu'il gagna les principaux officiers qui étaient sous ses ordres, les uns par l'espérance du butin , et les autres en les flatlant d'être les vengeurs des bonzes égorgés, des rois opprimés et des dieux déshonorés ; et, pour ne leur point donner le temps de rétléchir entre les mains de qui ils s'abandonnaient, il prit sur-le-champ la route de Méaco ; il marcha droit au palais, qu'il investit de toutes parts. Nobunanga , entendant le bruit des chevaux , mit la tète à la fenêtre, et dans le moment on lui tira une flèche qui le blessa. Cela ne l'empêcha point de sortir le sabre à la main avec le roi de Mino , sou fils aîné : ils ne savaient encore à quels ennemis ils avaient affaire , et peut-être l'ignorèrent-ils jusqu'au bout , car un coup mortel que reçut l'empereur un moment après , l'obligea de se retirer. Le roi de Mino rentra avec lui dans le palais , et les rebelles y ayant mis le feu, ces deux princes furent en un instant réduits en cendres le 22 juin. Telle fut la fin tragique du superbe Nobunanga : il mourut dans la force de l'âge et

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