‹ Le Christianisme au JaponChapitre 45 sur 108 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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mais tout le pays était chrétien, et le ministre des vices de l'empereur y fut si mal reçu , qu'il crut avoir beaucoup fait de s'en être tiré la vie sauve. Outré de ces mauvais succès, il arriva un soir, le 25 juillet, fort lard à Facata. Cambacundono avait bu excessivement ; Tocun entra chez ce prince en jurant contre les chrétiens d'Arima , et raconta les dangers qu'il prétendait avoir courus. L'empereur, à qui le vin était monté à la Icte , se leva en colère , et frémissant de rage, fit serment de faire couper la tête à toutes les femmes et les filles d'Arima.

Dès que Tocun et les courtisans virent ce prince si mal disposé à l'égard des clirétiens , ils soogèrent à profiter de celle occasion pour l'engager à se déclarer une bonne fois contre une religion qu'ils ne pouvaient soulfrir, parce qu'ils n'avaient pas le courage de l'embrasser. Ils n'omirent donc rien pour persuader à Cambacundono que désormais il ne devait pas se promettre beaucoup de soumission de la part des chrétiens; que cependant celle secte croissait tous les jours, et que, si sa majesté voulait conserver quel{|ue aulorilé dans l'empire, il fallait qu'elle se hàlâl d'exterminer une religion qui faisait autant de rebelles de tous ceux qui l'embrassaient. Tocun , qui haïssait personnellement Ucondono , ajouta beaucoup de choses contre ce soigneur, qu'il lâcha de rendre suspecta l'empereur; et coiume il n'y avait là aucun chrétien pour prendre la défense du généralissin)(! ni de la religion , on peut concevoir qu'il ne fut pas difficile à ce furieux de faire enlrer son maîire dans tout ce (\u\[ voulut lui suggérer. L'empereur y entra en eflet si aisément qu'avant la fin de la nuit les infidèles avaient obtenu tout ce qu'ils souhaitaient, cl [eut-ètte [dus qu'ils n'avaient o^é espérer.

Le premier coup de foudre tomba sur Li.on<Iono , qui était campé avec l'armée impériale \\u\ environs de Facala. Vn envoyé de l'empereur vint lui déclarer qu'il choisi! ou (VabjiH-er le christianisme ou d'aller siu' riieure en exil. Si Cambacundono eut été un homme de sang-froid , il eût pris des mesures plus jusles que celles qu'il prit dans celle oc-

casion. Le généralissime était aimé et estimé des soldats et des ofliciers , et il lui était fort aisé de faire repentir l'empereur de son imprudence et de ses emportements ; mais par bonheur pour ce prince , il avait affaire à un homme qui savait vaincre et qui ne savait pas se révolter. Ucondono reçut l'ordre de l'empereur sans paraître surpris ni déconcerté; il répondit qu'il ne balançait pas à choisir l'exil, ft qu'il choisirait même la mort plutôt que de manquer à la fidélité qu'il devait à Dieu , et sur-le-champ il se disposa à partir.

Dans le même temps, le P. Coéglio , supérieur des Jésuites, que l'empereur avait, l'avanl-dînée, honoré d'une visite de deux heures, et à qui il avait donné, dans la nouvelle ville de Facala , un fort bel emplacement pour y bâtir une maison , quoiqu'il n'eût pas permis aux bonzes d'y avoir ni temple ni monastère, reçut ordre d'assembler au plus tôt tous ses religieux à Firando, et de s'embarquer avec eux pour les Indes dans six mois. Ou peut juger quel fut l'étoniiement de ce missionnaire quand on lui signifia cet ordre ; il crut que le plus sage était de se mettre en devoir d'y déférer. Il le fît avec toute la promptitude possible , et ce ne fut pas une petite surprise dans les provinces lorsqu'on sut qu'il n'y avait plus de missionnaires au Japon , excepté à Firando, et que le généralissime était proscrit pour sa religion.

Tacayama, père d'Ucondono, n'apprit cette nouvelle que par Ucondono lui-même. Ce vertueux vieillard, qui, loin de la cour, menait une vie évangélique, fut plus charmé de voir son fds confesseur de Jésus-Christ, qu'il ne l'avait été de le voir en quelque façon la seconde personne de l'empire ; il l'embrassa tendrement, et il ne pouvait exprimer sa joie d'être lui-même, avec toute sa famille , réduit à chercher une retraite dans les forêts et dans les déserts. Enfin, après avoir rendu à Dieu de très -humbles actions de grâces d'un bienfait si signalé : « Seigneur, s'écria-t-il , il ne me reste plus rien à désirer en ce monde, sinon qu'après que je vous aurai fait le sacrifice de mu fortune et de tous mes biens , vous daigniez accepter encore celui de

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