‹ Le Christianisme au JaponChapitre 46 sur 108 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ma vie. » 11 se mit aussitôt en marche sans avoir de terme fixe, et se laissa guider à la Providence, Tous les vassaux de celte illustre faiTiille,et beaucoup d'officiers qui avaient long-temps servi sous le père et sous le lils , les suivirent, et aimèrent mieux abandoruier leurs biens et renoncer à leurs charges , que de manquer à ce qui leur semblait que rhonneur et la religion demandaient d'eux.

Les missionnaires , de leur côté , avaient cru qu'en montrant une prompte obéissance aux premiers ordres de l'empereur, ils l'adouciraient; mais ce prince se fit un point d'honneur de sontenir ce que l'emjjortement lui avait fait commencer. On <>spéra quelqiu^ temps que l'impératrice , (|ui avait promis de lui parler en faveur des Pères, et que la douceur et la vertu des dames chrétiennes de sa cour avait rendue la protectrice déclarée du christianisme , lui ferait prendre des sentiments plus modérés; mais cette espérance se dissipa bientôt. Alors les Pères songèrent à ce qu'ils devaient à Dieu et au troupeau qui leur était confié, et ils résolurent de mourir plutôt que d'abandonner leurs églises, et de ne pas continuer à s'acquitter, comme auparavant, des fonctions de leur ministère.

Pour comble de malheur, deux des plus zélés protecteurs des chrétiens venaiiuit de mourir. Le premier, Sumitanda, prince d'Omura , expira après une fort longue maladie, qui acheva de le purifier, et qui donna un nouveau lustre à ses vertus. I^a première chose à laquelle ce religieux prince pensa dès qu'il se sentit attaqué, ce fut de se demander à luimême un compte exact de toute sa vie. Il appela ensuite le P. Alphonse Lucena , son confesseur , et fit sa confession avec des sentiments de componction si vifs et nue si grande abondance de pleurs, que le Père, au sortir de la chambre, ne put s'empêcher de s'écrier : « Oh ' que l'Eglise serait heureuse si elle avait un grand nombre de pareils pénitents ! » Le malade songea ensuite à quelques actions de charité et de justice/, elles furciut si agréables à Dieu, que le prince en fut sur-le-champ récompensé d'une confiance très-sensible en la bonté divine, qui lui répondait en quel-

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que façon de son salut. Comme il ne souhaitait plus entendre parler que des choses du Ciel , le P. T^ucena et deu\ autres religieux eurent ordre de ne le point quitter, et de l'entretenir continuellement de la passion du Sauveur des hommes. Ces discours pénétraient le malade jusqu'au fond de l'âme , et ne manquaient jamais de lui faire verser de? torrents de larmes.

Mais ce n'était point encore assez de tant de vertus pour \m prince qui, depuis son baptême, avait presque toujours été en un danger évident de perdre sa couronne et sa vie même pour la conservation de sa foi , et il paraissait convenable, pour la consommation d'une éminente sainteté, pour l'honneur de la religion , que Dieu acceptât entin le sacrifice volontaire que Sumitanda lui avait si souvent offert , dans la sincérité de son cœur. La maladie du prince d'Omura était une langueur qui l'avait rendu étique; on lui parla d'un médecin fameux qu'on prétendait avoir un remède infaillible contre son mal; mais pour la seule raison que les médecins idolâtres, tels qu'était celui qu'on lui ventait si fort avaient accoutumé d'user de magie dans l'usage de leurs remèdes, le malade ne voulut jamais souffrir qu'on le fît venir. Dès qu'il sentit sa fin approcher, il fit appeler la princesse son épouse et les princes ses enfants ; il leur recommanda la fidélité envers Dieu , les conjura de réparer le tort que son peu de zèle, disait-il, et ses mauvais exemples avaient causé à l'Eglise, et après leur avoir donné sa bénédiction , il leur ordonna de se retirer. Il ne voulut plus ensuite penser qu'à Dieu , et ce fut dans les entreliens amoureux qu'il avait sans cesse avec son Créaleur, qu'il lui rendit sa grande âme le 24 mai 1587. Il eut en mourant la consolation de laisser, en la personne du prince Sanchez, son fils aîné, un successeur qui s'était, en tontes les rencontres, montré digne d'occuper sa place, et qui avait même confessé Jésus-Christ dans la cour deFirando, où le prince son père s'était vu obligé de l'envoyer en otages

Le roi Civandono suivit de bien près le prince d'Omura ; ce fut le 6 juin que ce prince alla recevoir dans le ciel la

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