CHAPITRE XI
sage sévère , et reprit brusquement : « Après tout j'ai fait ce que je devais. » Et tout le monde se tut.
Un autre jour ce prince , conversant avec Riusa , gouverneur de Sacai , lui demanda si les docteurs européens étaient partis du Japon : « Le vaisseau est encore à l'ancre, répondit Riusa. — Laurent , reprit l'emperein^, partira-t-il avec les autres? — lié quoi , Sire! repartit Riusa, il est si vieux que le moindre changement d'air le ferait mourir. — Vous avez raison, répliqua l'empereur; il ne convient pas qu'à son àgo il quitte son air natal. » Laurent avait été plus que personne daus la familiarité de Cambacundono , qui prenait plaisir, avant la persécution , à s'entretenir en particulier avec ce religieux; il lui disait même souvent en lui mettant la main sur l'épaule : « Je me fais chrétien tout-à-l'heure , si vous me voulez passer certain article : vous m'entendez. — Pourquoi non, reprenait en riant le missionnaire; gardez vos femmes et failes-vous baptiser. Mauvais chrétien ou adorateur des idoles, vous serez également damné ; mais les Japonais, qui vous verront adorer an moins à l'extérieur le Dieu des chrétiens, embrasseront tous le christianisme, et seront pour la plupart de bons chrétiens. »
Ce saint religieux mourut environ deux ans après : il avait, le prenuer des Japonais, embrassé l'institut de saint Ignace, et la compagnie de Jésus l'a toujours regardé , avec justice, comme un de ses plus dignes enfants. On peut dire qu'aucun missionnaire n'a travaillé au Japon avec plus de fruit : il fut toujours, même depuis la persécution, en une très-grande estime à la cour, où sa naissance, sa vertu , sou éloquence , les bénédictions que le Ciel répandait sur ses travaux , le faisait regarder comme un homme extraordinaire. 11 mourut en saint après avoir vécu en apôtre.
Dans le même temps arriva au Japon une ambassade solennelle que le vice-roi des Indes envoyait h l'empereur , pour traiter de ditlérentes affaires , et surtout pour réclamer sa bienveillance en faveur des chrétiens. C'était le P. Valégnan qui était chargé de l'ambassade , en même temps que de ramener au Japon les princes qui avaient fait le voyage
ii(J LE CIIUlSilAMSME AU JAPON.
de Rouio. On espérait que Canibacundoiio , apprenaul d'eux sur quel pied était le clu'islianisnie eu Lurope, coiubien les plus grauds priuees tcnioignaieul de zèle pour l'étendre partout, le plaisir qu'il ferait à tant de souverains, dont l'estime et l'amitié ne devaient pas lui être indifférentes , ce serait pour lui un nouveau motif de reprendre ses premiers sentinientsà l'égard de la loi ulirétienue.
Cependant le P. Valégnan écrivit à l'empereur pour savoir en quel temps Sa Majesté souhaitait lui donner audience, et ce prince répondit que l'ambassadeur du vice-roi des Indes serait le bien-venu en tout temps. Sur cela le Père se disposait à p;n'lir, lorsqu'il reçut avis des rois de Fingo et de Bugen de ne se point presser; que plusieurs grandes affaires embarrassaient l'empereur, et qu'il fallait qu'elles fussent terminées avant de se présenter devant lui , enlin qu'eux-mêmes étaient obligés de se transporter au royaume de Bandoue , et qne le succès de l'ambassade dépendant de leur présence, il semblait à propos qu'on attendît leur retour. Le Père suivit ce conseil. Il reçut, en même temps, des lettres de civilité d'un grand nombre de personnes de distinction : Riusa, gouverneur de Sacai , père du roi de Fingo, et la reine sa belle-lille, lui envoyèrent même de fort beaux présents et des provisions en abondance ; mais ce qui le consola plus que tout le reste, c'est qu'il apprit que le roi du Bungo était touché de Dieu , et désirait vivement rentrer dans le sein de l'Eglise , et cette nouvelle lui fut bientôt confirmée par le roi lui-même, qui lui demandait des missionnaires pour ses étals.
Le P. Valégnan se mit en marche, au commencement de Tannée i'>\)\ , avec les ambassadeurs de Rome et un train convenables à son caractère : dans tous les endroits oii il passa, il fut reçu des païens même avec des honneurs extraordinaires et une affection qu'il n'avait pas lieu de se protnellre. Il trouva sur h frontière de Chicungo un gentilhomme de Tongirondono , oncle du roi de ."S'augato • ce seigneur possédait une bonne partie du royaume de Chicungo , et il avait depuis peu reçu le baptême à la