CHAPITRE XI. Ml
sollicitation de la princesse Maxence de Bungo, que l'enipeieui' lui avait lait épouser. On peut aisénjcnt juger des inarques d'auiilié que le P. Valégnan et les quatre ambassadeurs reçurent en celte cour : on eût bien voulu les y retenir plus long-temps; niais le I^ère était pressé de se jendre auprès de renq)ereur; néanmoins , étant arrivé au port de Muro,qui n'est qu'à quatre ou cinq journées de Méaco, il apprit que les rois de Bugen et de Fingo, Condéri et l'sucamidono, n'étaient point en cour, ce qui lui fil prendre la résolution de ne point avancer davantage ([u'ii n'eut reçu des nouvelles de ces deux princes.
C'était sur la lin de janvier, justement dans le temps auquel tous les rois et les grands seigneurs s'acheminaient à II cour pour y rendre leurs hommages à l'empereur. Ces piinces, apprenant que les andjassadeurs, revenus de Home, étaient à Muro, eurent la curiosité de les voii'; plusieurs même qui n'avaient point affaire en coin* tiient exprès le \o\age de Muio, et pendant deux mois que le 1*. \ alégnaii tut obligé d'y rester, il s'y fil un concours extraordinaire de gens de la première cpialilé qui s'y rendirent de toutes les extrémités de l'empire. On ne se lassait point d'entendre les jeunes ambassadeuis parler des aventures de leurs voyages, de la magnificence d(!s princes chrétiens de l'Kurope , de ce qu'ils avaient vu en Kspagne et en Italie, de ce (pi'on leur avait dit de la cour de Fi'ance et de celle de l'empereur, de la majesté du sou\erain pontife des chiétiens , de la Uianière auguste dont le service divin se fait à Home et dans toutes les grandes églises ; et comme tout cela donnait occasion à ces jeunes seigneurs de diie quelque chose de nos sacrés mystères , ils en parlaient avec tant de grâce et de force, qu'ils en j>énétruient les cœurs les plus durs et les plus insensibles. Morindono, roi de ISaugato , entre autres, ne les pouvait quitter; mais celui (|ui leur marqua un attachement plus sincère , l'ut Damien Caynocami , fils de Simon Coudera , et déjà pourvu du royaume de Bugen : c'était un prince qui, à l'âge de vingt-trois ans, le disputait aux plus grands capitaines du Japon, non -sculejnent en
bravoure, mais encore en sagesse et en habileté dans le métier de la guerre. 11 avait été baptisé pendant la conquête du Ximo; et comme, dès sa plus tendre enfance, il n'avait presque pas quitté les armées, il n'avait pu avoir la connaissance de bien des choses qui regardent la religion, et il profita de cette occasion pour s'en instruire.
Constantin Joscimon , roi de Bungo, se rendit, aussi bien que les autres, au port de Muro; mais il parut devant les ambassadeurs plus pénitent que roi, et dans un état d'humiliation qui toucha tout le monde. De si grandes marques d'un retour sincère, les instances {|ue fit ce prince pour recevoir l'absolution de ses péchés, et la mémoire du saint roi François Civandono, qui sans doute avait obtenu à son tils la grâce de sa conversion , déterminèrent le P. Valégnan à le réconcilier à l'Eglise. Enfin Ucondono vint du royaume de Canga à Muro pour saluer les ambassadeurs. Ils furent surpris de voir reluire sur son visage un air content que n'avaient point ceux à qui la foitune ne refusait rien. Ce grand homme leur protesta que le jour le plus heureux de sa vie avait été celui auquel il avait tout perdu pour Jésus- Christ : il proposa même alors de quitter le monde, et de se donner tout entier au service de Dieu; mais, parce qu'il avait encore sa femme et une famille ([ui demeureraient sans ressource, ([n'étant plus jeune de beaucoup que l'empereur, il y avait apparence que sa disgrâce ne durerait pas toujours, et qu'il pouvait rendre à Dieu des services bien plus essentiels en restant dans le monde qu'en le quittant, on lui conseilla do ne point penser à exécuter son dessein.
Ce qui retenait si long-temps le P. Valégnan ài\Iuro, était la mort d'un fils unique et d'un frère de l'empereur; car, outre que le deuil oii était toute la cour impériale ne permettait pas qu'on y parût avec tant de pompe, Cambacundono avait conçu un si grand chagrin de ces pertes , qu'on n'osait l'aborder ; enfin, après deux mois de retardement, on avertit le Père qu'il était temps de partir. Pendant son séjour à Muro, un grand nombre de Portugais y étaient accourus pour rendre son ambassade plus célèbre, et ils lui