CHAPITRE XI
firont en effet un si magnifique cortège , que l'on n'avait jamais rien vn de semblable au Japon.
De iMiu'o , le P. Valégnan prit la route d'Ozaca , où il fut reçu avec beaucoup de magnificence par les ordres de Coudera et d'un seigneur païen , qui servit le cbrislianisme dans cette importante conjoncture comme aurait pu faire le pbis zélé cbrétien ; il se nommait Maxila Yémondono; mais il s'en faut bien que, dans la suite, il ait toujours été aussi favorable au cbristianismc. D'Ozaca, \vs ambassadeurs allèrent jupipi'à Toba, qui n'est qu'à une Vume. de Méaco; ils firent ce voyage sur des vaisseaux que leur avait envoyés un frèn; de l'empereur, et ils trouvèrent à Toba de magnifiques lilières pour eu\ et des cbevaux pour toufe le\u^ suile. Dès l(^ lendemain de leur arrivt''e à Toba , ils parfirent en trèsbel ordre pour Méaco : les pri'senls étaient portés devant eux , et tout était disposé avec tant de magnificence que le bruit s'en étant répandu partout ; les campagnes furent en im moment couvertes d'un peuple infini , accouru pour voir une si belle marcbe.
L'empereur, à qui on en fit le récit, en fut si joyeux qu'on ne le n.'connaissait plus, et il donna ordre qu'on n'omît rien pour faire à rambassad(>ur du vice-roi des Indes toutes les distinctions possibles. Le Père , à son arrivée à Méac.o , fut logé dans le plus magnifique hôtel de la ville : on mit les ambassadeurs de Home dans le palais de Fingo; on choisit les plus belles maisons du quartier pour les Portugais , et l'on posa h toutes les avenues des corps-de-garde pour empêcher qu'on n'y causât le moindre désordre. L'empereur ordonna encore que toutes les rues fussent nettoyées avec un grand soin pour le jour qu'il donnerait audienc<i à l'ambassadeur, et il invita pour le même jour à un somptueux repas qu'il avait dessein de lui faire, tous les rois et les grands qui se trouvèrent à la cour.
Le premier dimanche de carême, on avertit l'ambassadeur que fojit était prêt pour son entrée. Alors Ions ceux qui devaient l'accompagner se rendirent à son palais, d'où la marcbe commença en cet ordre. On vovait d'abord un
loO LE CHRISTIANISME AU JAPON.
beau genêt d'Arabie, couvert de velours incarnat, le harnais garni d'argent et les élriers dorés; deux jeunes palefreniers, revêtus de longues robes de soie et le turban en tète , tenaient ce superbe animal des deux côtés par la bride, et le conduisaient entre deux Portugais , mon lés sur de bons chevaux et très-bien mis. Le vice-roi des Indes avait envoyé deux chevaux ai'al)es, mais il en était mort un en chemin. Les pages suivaien! , si richement velus et avec un air si noble , qu'on les eût pris pour des princes. Les pnges précédaient immédiatement les quatre ambassadeurs revenus de Rome, habillés à l'européenne, avec ces beaux habits de velours noir, garnis de larges passements d'or, (pie le pape Grégoii-e xin leur avait donnés ; ensuite venait le P. Valégnan , accompngné des PP. Diego de Mesquita et Antoine Lopez , ses interprètes, tous trois avec l'habit de leur compagnie, et portés dans une litière, la plus belle el la plus riche qu'on eût encore vue au Japon en de pareilles cérémonies. Les Portugais à cheval, tout couverts d'or et de pierreries, l'crmaient la marche. On alla .'linsi limtement jus([u'à la porte du palais impérial , où Dainangandono, neveu de Cambacundono, et qui, étant déjà déclarée héritier présomptif de la coiu'onne, reçut l'ambassadeur à la tète d'un fort grand nombre de princes el de seigneurs , et le conduisit dans la salle d'audience. L'empereur y était sur un trône extrêmement élevé et fort riche, tous les grands officiers de la couronne autour de lui, chacun dans son rang : le Père entra, précédé d'un gentilhomme portugais (pii portait la lettre du vice-roi , écrite sur un beau vélin enrichi d'or, scellée d'un cachet d'or, et enfermée dans un petit cotVre très-bien travaillé, [^'empereur commanda (pi'on lût tout haut la lettre, où le vice-roi n'avait rien négligé de tout ce qui pouvait flatter l'ambition de Cambacundono, et l'engager, par le motif de sa propri' gloire, à en user toujours avec les missionnaires comme il avait fait les premières années de son règne. Sur la fin de la lettre, le vice-roi avait marqué les présents dont il avait chargé son ambassadeur : à mesure qu'on les nommait,