‹ Le Christianisme au JaponChapitre 61 sur 108 · CHAPITRE XiV. 18u · texte numérisé non relu

CHAPITRE XiV. 18u

rieurs de la compagnie. Le P. Dapliste , de son côté, après s'êfre entretenu (|uelL|ue temps avec le P. Rodriguez , lui dit, d'un air fort touché, ces paroles , qui tirent bien voir que le charme était levé; que ce saint religieux était alors bien convaincu qu'où l'avait trompé et prévenu fort mal à propos sur bien des choses , et qu'il envisageait les objets tout autrement qu'il n'avait fait d'abord : « Mou père , il pourra bien arriver qu'on nous fasse exécuter si promplement que nous n'avions pas le loisir de faire tout ce que nous souhaiterions; en ce cas-là, je vous conjure d'assurer le révérend Père provincial et tous les Pères de votre compagnie, que je suis Irès-moriilié de tous les chagrins que nous leur avons causés, et que je les prie instamment au nom de tous mes religieux de nous les pardonner. « Le P. Rodriguez répondit que ni lui ni aucun de ses confrères n'avaient pas douté un seul moment de la droiture de leurs intentions : il ajouta que, si, de la part de la compagnie , on leur avait donné quelque sujet de peine, il le conjurait de l'oublier. Après ces civilités et ces excuses réciproques, les deux Pères s'embrassèrent avec beaucoup de larmes. Le P. Pasio , pendant ce temps-là, était retourné en diligence à Nangazaqui pour sommer Fazembure de sa parole. Ce gouverneur lui dit qu'il aurait l)ieu souhaité donner aux prisonniers toute la salisfaction qu'il leur avait promise ; qu'il avait même déjà retenu une maison dans la ville où ils pussent traiter en toute libellé avec leurs amis, mais que, tout le pays d'alentour s'étant rendu à Nangazaqui sur la nouvelle de ce qui s'y devait passer , il y avait lieu de craindre une sédition , et que , s'il y arrivait (juelque malheur, il en répondrait sur sa tête : ipie cela même lui avait fait changer de pensée sur le lieu de l'exécution , et qu'elle se ferait hors de la ville. Il choisit effectivement une des collines dont Nangazaqui est environnée, et comme dans la suite un nombre prodigieux de fidèles arrosèrent ce lieu de leur sang, on l'appela le mont des Martyrs, ou la Sainle-Monligne. Fazembure ajouta au P. Pasio que lui et le P. Rodriguez pouvaient se tenir en un endroit qu'il mnr([ua , cl qui se trouvait sur le passage des prison-

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niers; que là il leur serait encore permis d'entrelenir quelque temps Paul Miki et ses compagnons avant qu'on le conduisît au supplice. Le P. Pasio, sans perdre de temps, se rendit avec un domestique de Fazembure au lieu qui lui avait été marqué , et fit avertir le P. Rodriguez de ce que lui avait dit le gouverneur. Le 5 février, qui était un vendredi, les serviteurs de Dieu arrivèrent par mer à un port qui n'était pas éloigné de l'endroit où le P. Pasio les attendait, et où ils allèrent à pied : le P. Rodriguez, qui s'était avancé pour, leur apprendre qu'ils devaient mourir ce jour-là, ne les quitta point. Ils marchaient avec une allégresse qui étonna Fazembure; il en demanda la cause au P. Rodriguez , et, ce Père la lui ayant dite, il répondit qu'il trouvait tout cela fort beau dans la spéculation , mais que la pratique ne lui en paraissait pas aisée.

Dès que les martyrs furent arrivés au bourg où le P. Pasio les attendait, Paul Miki entra dans une chapelle qui n'en était pas éloignée , et lit au même Père une confession générale de toute sa vie; les deux novices en firent autant, et le Père reçut leurs vœux [BoUandus, Àcta sanctorum, 5 feb. ), non pas les vœux simples qu'on fait dans la compagnie de Jésus après les deux années de noviciat, et qui constituaient religieux ceux qui les font , mais des vœux de dévotion , tels qu'on permet aux novices Jésuites d'en faire pendant le cours de leur premier noviciat. Ainsi Jean de Gotto et Jacques Kysaï moururent novices et non pas religieux , et il faut en dire autant de la plupart des autres dogiques ou catéchistes , que nous verrons dans la suite reçus dans la compagnie, quel |ues jours ou quelques mois avant leur martyre, et admis à faire des vœux presque aussitôt après leur réception. Tandis que le P. Pasio était ainsi occupé à préparer à la mort ses trois confrères, les Pères de S. François se confessaient les uns aux autres, et le P. Rodriguez disposait au combat les séculiers. Enfin , on leur vint dire que Fazembure les attendait sur la colline : ils s'y transportèrent dans le moment, suivi d'un peuple infini, et ils allaient si vile qu'à peine pouvait-on les suivre. Du plus

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