CHAPITRE NV. |9i
qu'il y fit paraître presque tous les vices qui rendent la tyrannie odieuse.
Quelques soins qu'on apportât pour caclier la mort de l'empereur, la nouvelle s'en répandit sur-le-champ; mais les régents nu'rent si bon ordre à tout , qu'il n'y eut point de trouble ; la première chose à laquelle ils pensèrent , fut de rappeler de Corée les troupes qui y taisaient la guerre: et, sous la protection des chefs de cetlc armée ; qui étaient tous chrétiens, le christianisme conunença à respirer. Le gouverneur de Nangazaqui, et lieutenant-général du Ximo, qui , de chrétien caché, était redevenu zélé païen , voulut à la vérité l'aire de la peine aux missionnaires; mais le P. Valégnan , qui était retourné au .Japon avec un nouvel évêque , et qui avait de bons amis aiq^rès du tuteur , trouva moyen de taire cesser ce conmiencement de vexations.
Les choses ne s'accommodèrent pas facilement dans le Firando : le roi , qui n'avait jamais aimé notre religion , se trouvant à Méaco , manda à son tils, à l'occasion de quelque cérémonie païenne qui se devait célébrer , de contraindre tous les chrétiens d'y assister, et de faire sortir du royaume tous ceux qui refuseraient d'obéir, sans épargner la princesse sa fenmie. Un ordre si précis mit le prince dans une étrange perplexité : il aimait tendrement la princesse , et il était convaincu que la mort, encore moins l'exil, ne lui ferait jamais abandoimer sa religion; il lui rappela néanmoins les ordres du roi; il lui représenta que ce prince était fort résolu dans ce qu'il avait une fois déterminé; enfin, il la pria de faire de bonne grâce ce qu'on souhaitait d'elle; et de ne le point réduire à user de rigueur contre la personne du monde qu'il aurait plus de regret de chagriner. La réponse de la princesse fut telle que le prince son époux l'avait prévue ; elle le conjura de faire réflexion qu'elle était tille de Sumitanda, le premier des souverains du Japon qui eût embrassé la loi pour laquelle il avait si souvent exposé sa vie et ses états , et qu'il faudrait qu'elle s'oubliât bien pour consentir à ce qu'on demandait d'elle. Elle fit plus , car se voyant tous le*: jours exposée à de pareilles persécu-
lions, elle (.onsiilhi Tévèque du Japon cl le prince d'Omura son frère, (mur savoir ^i elle ne t'er.iil pas mieux de se retnor une bonne fois d'une eoui" oii sa leligion n'était pas en sûreté; mais le piinee son mari, qui la vil piesque résolue a le quitter, cessa de Tuiquiéter, et lui promit tpie jamais il ne lui parlerait de sa religion.
Il est vrai ipi'il déchargea son ressentinienl sur les chrétiens, et entre autres sur la famille du feu prince Antoine : cette illustre maison était composée de six princes; les relations ne nomment que le prince Jérôme , faîne des quatre frères, le prince Thomas son tils , et le prince Ballhazar leur cousin. Le prince de Firando lit donc publier un édit par lequel il était ordonné à tous les chrétiens ou de sortir du royaume, ou de se rendre aux dieux tutélaires de l'empire les honmiages souverains qui leur étaient dus. Il avait cru que rallernalive embarrasserait les hdèles; il reconnut bientôt qu'il s'était trompé. Dès le lendemain, les six princes dont je viens de [»arler , et plus de six cents chrétiens de tout âge, de tout sexe et de toute condition s'embarquèrent secrètement , et prirent la roule de ISangazaqui , sans avoir inème pensé à faire aucune provision. Térazaba, qui était ami intime du roi de Firando et son allié, n'eut garde de leur permettre l'entrée de ce port; mais ils allèrent aborder sur les terres d'un tono, vassal du prince d'Omura, qui eut ordre de les recevoir et de les bien traiter; ils manquaient de tout, et néanmoins ils étaient dans un contentement parfait d'en être réduits là pour la cause de Dieu. Enhn, le roi de Fingo et le prince d'Omura les retirèrent chez eux , et fournirent à tous les besoins avec une libéralité qui hit d'un grand exemple. D'un autre côté , le roi de Firando, de retour dans ses états , fut bien surpris de ce qui était arrivé ; il ne s'était pas attendu , sans doute , qu'on obéirait si exactemeut à son ordre : craignant donc que ce qui restait de chrétiens dans le royaume ne suivît les autres, il prit le parti de les laisser en repos. L'apothéose de Ïayco-Sama , qui fut alors célébrée , ne contribua pas peu à donner aux peuples et aux grands de l'estime pour la religion chrétienne , et du
CHAriTIiK XV. 193
mcpi'i: [.'OUI ki ceclcs du Ja|'OM ; aii£;i y cul-il tant (riiifidùlcs qui se coiixci tirent dans les deux ou liois années suivantes , qu on en cunq>la dans la seule année séculaire plus de (rente mille. L'année précédente, le roi de Fingo avait ^oulu lecevoii les sacienienls de TliULliai islie et de la Conlii niation de la main de ré\é(iue du Japon , cl Teflét de la grâce fut ti prompt et si abondant dans ton cuuur, que, s'élant retiré aussitôt dans ses états , il eut le bonheur de faire entrer dans le sein de l'Eglise au moins vingt-cinq mille personnes, tant de ses sujets que de ses voisins. On ne travaillait guère moins elficacement dan;? les autres royaumes, et surtout dans celui de .Mino, [»ar le zèle et sous la protection du roi Samburandono.