CHAPITRE XVII
Mort du P. Valégnan. — Mort du P. Organtin. — Martyre de trois chrétiens et de leurs enfants. — Succès croissants du christianisme. — Les sciences employées au triomphe de la foi. — Héroïsme d'un enfant. — Combat naval entre les Japonais et les Portugais.
On coniplail dans le Japon, en 1605 , près de dix-huit cent mille chréliens, et ce nombre croissait Ions les jours. L'année suivanle, Dom Louis de Cerqneyra rendit visite au Cubo-Sama , qui le reçut avec une dislinction qu'il faisait à peu de personnes : cet accueil encouragea le prélat à visiter les plus considérables églises du Japon , et on lui fit partout des réceptions qui le dédommagèrent bien des fatigues d'un si long voyage. Les seigneurs païens semblèrent le disputer aux chrétiens pour lui donner des marques de leur estime et d'un véritable attachemeni -, mais personne ne se signala davantage que le roi de Bugen. Ce prince ayant su que l'évéque devait passer par Cocura, sa capitale , il s'y trouva une nombreuse cour pour l'y recevoir ; et le prélat lui ayant rendu de très-htmibles actions de grâces de la protection constante qu'il donnait à ses sujets chrétiens : « Cela ne mérite pas un remercîment , dit le roi ; je ne fais que suivre mon inclination, car je me regarde moi-même comme chrétien , et je vous prie de croire que je le .'^uis véritablement de cœur et d'affection. »
Dom Louis de Cerqneyra était à peine de retour à Nangazaqui , lorsque la nouvelle y arriva que le P. Valégnan
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était mort k Macao , le 20 janvier de celle même année ; il la communiqua aussitôt à toutes les églises, qui y prirent la part qu'avait méritée un des plus illustres ouvriers qui eussent travaillé dans l'orient depuis S. François Xavier et le P. Bar- /ée. Le P.Valégnan naquit à Chieti, dans l'Abruzzes, d'une lamille ancienne et illustre. A dix-neuf ans, il reçut à Padoue le bonnet de docteur en droit civil ; il espéra que Paul iv, qui tenait alors le saint-siège, et qui, étant évêque de Chieti , avait vécu très-familièrement avec son père, le mettrait dans la voie des dignités ecclésiastiques. Dieu, qui avait d'autres desseins sur le jeune docteur, permit que ses espérances fussent trompées. Il sentit au même instant une inspiration secrète qui lui disait au fond du cœur qu'il était fait pour des choses plus relevées (pie tout ce que le monde pouvait lui offrir de grandeurs et de richesses. S'étant rendu attentif et docile à la voix de Dieu cpii lui parlait, il connut bientôt plus distincteu.ient ce que le Ciel demandait de lui; il comprit qu'il était appelé à la compagnie de Jésus, et il ne différa pas d'un moment à suivre cette vocation. 11 alla ?e présenter à saint François de Borgia, pour lors général de la compagnie ; et ayant été admis sans peine , il entra au noviciat de Rome, le 29 mars 1566. Comme Dieu lui avait donné un cixur grand, rien ne lui parut diflicile dans la pratique de la vertu , et dès qu'il entra dans la carrière de la perfection évangélique, il courut à pas de géant. Le récit de ses austérités paraîtrait incroyable; il ne quitta presque point le cilice , même dans ses dernières années, que son grand âge et ses infirmités l'avaient réduit à une extrême faiblesse. Vne si grande mortitication n'était pas la principale vertu du P. Valégnan, comme elle est en quelques-uns (jui donnent tout à l'extérieur; il savait que l'humilité, l'abnégation , l'esprit intérieur sont les fondements sur lesquels les hommes apostoliques doivent élever l'édifice de la perfection à laquelle ils sont appelés. Ayant ainsi pris la voie la plus courte pour avancer dans la science des saints, il en parut mi grand maître dans un temps où les autres sont encore disciples : et à peine avait-il achevé son cours
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de théologie qu'on lui confia la conduite de jeunes religieux ({ui, sortant du noviciat, allaient faire leurs premières études au collège romain ; il trouva parmi cette jeunesse de grandes dispositions à la plus éminente sainteté; mais celui qu'il prit plus de soin de cultiver fut le célèbre Matthieu Hicci , qui lui servit depuis pour l'exécution d'un dessein qui a immortalisé ces deux grands hommes , et dont je parlerai bientôt.
Le P. Valégnan s'occupait ainsi à former des saints . lorsqu'il se sentit porté à demander la mission des Indes ; et ce qui ht juger que c'était une véritable inspiration, c'est qu'au même temps qu'il en fit la proposition au P. Everard Mercurien , successeur de saint François de Borgia, ce général reçut des lettres des Indes, par lesquelles on lui demandait, avec les dernières instances, un supérieur ([ui fût capable de gouverner toutes les missions de l'orient , dont le nombre croissait tous les jours. On marquait en particulier toutes les qualités que devait avoir le chef de tant d'ouvriers évangéliques . un génie supérieiu-, un courage à toute épreuve, une grande étendue d'esprit, un cœur généreux, intrépide, inébranlable, et surtout une sainteté consommée. Le P. Mercurien fut siu'pris de trouver dans ce caractère le portrait de celui qui lui demandait la mission des Indes ; il crut voir le choix de la Providence trop bien marqué pour ne pas s'y conformer, et il ne balança pas à nommer le P. Valégnan visiteur-général de la Compagnie dans toute l'étendue des Indes orientales, du Japon, de Macao et de toutes les missions que les Jésuites avaient dans l'Asie. Ce serait in'écarter de mon sujet que de rapporter tout ce que le zèle de cet incomparable ouvrier lui a fait entreprendre, pour la gloire de Dieu, dans tous les pays qu'il a parcourus l'espace de trente- trois ans. J'ai dit avec quel succès il travailla d'abord dans le Gotto , et la part qu'il eut à tout ce (jui se passa de plus grauil au Japon depuis qu'il y fut entré la première fois; sa dernière entreprise fut d'introduire l'Evangile dans le grand empire <le la Chine, et il eut le bonheur (Wm venir à bout; il n'y entra