CHAPITRE XVll. 20d
pas lui-mèiue , sa présence étant nécessaire à Macao ; mais il ouvrit la porte de ces vastes provinces au P. Ricci, son cher disciple, et il mourut à répo([ue où le succès qu'avait son zèle de ce colé-la le consolait des tristes nouvelles qu'il recevait du Japon.
Plusieurs autres missionnaires du Japon avaient Uni leur course avant le P. Valé|^nan ; le plus connu était le P. Louis Froez, Portugais, du diocèse d'Evora; il était allé aux Indes, sous la conduite du P. Gaspard Barzéc , avant même d'être prêtre. Il n'y avait guère d'églises au Japon que cet excellent ouvrier n'eût fondées ou cultivées avec des travaux et des fatigues incroyables , et c'est à lui que nous devons les plus fidèles mémoires que nous ayons sur le Japon.
Le P. Organtin alla aussi vers ce même temps recevoir dans le ciel la récompense d'une vie tout angélique et des plus laborieuses ; il était de Castodi Valsabbia , une des vallées de Brescia. Son père était de la famille des Guecchis, et sa mère de celle des Soldis , toutes deux fort illustres dans le pays. Sa mère, femme d'une vertu fort au-dessus du commun, étant enceinte de lui, disait qu'elle portait un martyr ou du moins un homme apostolique, qui serait jusqu'à sa mort dans un continuel danger de répandre son sang pour la foi. Organtin fut à peine en âge de faire connaître les inclinations de son cœur, qu'il justifia les pressentiments de sa vertueuse mère ; on l'entendait quelquefois s'écrier : Oh ! que je serais heureux si je pouvais mourir pour Jésus-Christ de la main des Turcs ! Une incommodité fort dangereuse qui lui survint l'engagea à faire vœu de visiter Notre-Dame de Lorelte , si celte Reine des anges lui obtenait la guérison de son mal. A peine eut-il formé ce vœu qu'il se vit dans l'obligation de l'exécuter; il le lit, se consacra au service de Marie, dans le lieu même oîi elle est devenue Mère de Dieu , et en sortit tellement inondé des faveurs et des consolations du Ciel , qu'il était tout hors de lui-même. Peu de tenjps après , il se sentit porté à entrer dans la compagnie de Jésus , dont jusqu'alors il n'avait presque point entendu parler; il comprit que si ses premiers désirs du martyre devaient jamais être accomplis,
ce serait en siiivjint la vocation que le Ciel lui inspirait ; il retourna donc c'.ioz lui pour mettre ordie aux affaires de sa maison, car il avait perdu sou père, et il était en âge de disposer de son bien. Il se rendit ensuite à Ferrare,on il entra au noviciat de la Comjtagnie, au mois de décembre de l'année 1356, cinq mois après la mort de saint Ignace. De Ferrare on ren\oya l'aire ses études à Rome; il les eut à peine terminées, qu'on le mit dans les emplois les plus distingués. Cependant son cœur était toujours dans l'orient; mais quelque instance qu'il lit pour obtenir la permission d'y aller travailler au salut des âmes , il ne put janmis rien gagner sur l'esprit du P. Laynez , général de la Compagnie. Saint François Borgia ayant succédé au P. Laynez, le P, Organtin recommença ses poursuites , les accompagna de larmes et de prières les plus touchantes, s'offrit à l'aire le voyage à pied , sans argent et demandant l'aumône; le saint général , ne pouvant s'opposer à une vocation si bien marquée , permit enfin au P. Organtin de partir pour les Indes. Le missionnaire s'embarqua l'an 1567, arriva à Malaca en 1569; et après avoir essuyé un des plus horribles typhons qu'on ait jamais vus dans les mers de la Chine , il prit terre au Japon comme par miracle. Nous avons vu de (juelle manière il a rempli jusqu'au bout la grande idée que l'on avait d'abord conçue de lui. Il mourut au mois d'avril 1609; et le P. Camille de Constanzo, entre les bras de qui il expira, écrivant en Europe la nouvelle de cette mort, dit que les larmes de tous les fidèles du Japon firent assez connaître combien ce saint homme était précieux à toute cette Eglise. Le roi de Fingo, depuis quelques années, donnait un peu de relâche aux chrétiens dans ses états. Je ne sais ce qui se passa alors ; mais comme on s'y attendait le moins , la persécution parut plus rallumée que jamais. Ce prince, quatre ans auparavant, avait fait mettre en prison trois gentilshommes , qu'une éminenle vertu et de grands travaux , entrepris pour la gloire de Dieu, avaient rendus fort recommandables ; ils se nommaient Michel Misuisci Faciémon , Joachim Girozaiémon et Jean Tingoro : ils étaient à la tête