‹ Le Christianisme au JaponChapitre 68 sur 108 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

d'une conlVérie de la Miséricorde, qu'on avait érigée dans le Fingo , sur le modèle d'une autre , qui avait été établie à ?Sangazaqui , et c'est par cette raison qu'on les appelle gitiaques ' dans les relations du Japon. La prison où on les mit était si infecte , et la nourriture qu'on leur donnait était si malsaine, que, malgré les soins du P. Louis INiabaro , Jésuite japonais, qui les visitait souvent, déguisé tantôt d'une manière et tantôt d'une autre , (Jirozaiémon mourut de misère. Cependant, tous les tidèles, non-seulement du Fingo, iiiais même de tout le Ximo, s'intéressaient à la délivrance de ces illustres captifs, qui , depuis la mort du feu roi Augustin Tsucamidono ( les missionnaires ayant été bannis du Fingo j, maintenaient toute cette chrétienté dans une ferveur merveilleuse; mais il en avait trop fait pour que le roi leur pardonnât , et pour que Dieu ne couronnât pas leurs services par le martyre. LU jour qu'un des premiers officiers de Canzugédono, voulant obtenir leur élargissement, parlait à ce prince de ce qu'ils souffraient depuis si long-temps , il reçut ordre de les faire décapiter avec leurs enfants. La nouvelle leur en ayant été jxtrtée sur-le-champ , ils la reçurent avec joie , et dirent à celui qui la leur apprit, qu'ils ne souhaitaient plus qu'une chose, c'était que les bourreaux leur tissent souffrir tous les tourments dont ils pourraient s'aviser. Le commandement du roi pressant, on mena les deux prisonniers hors de la ville , la corde au cou , et deux soldats furent détachés pour aller chercher leurs enfants dans la maison paternelle. Les martyrs avaient chacun un fils; celui de Faciémon se nommait Thomas, et celui de Tingoro s'appelait Pierre ; le premier était âgé d'environ douze ans , et l'autre n'en avait que six. Thomas semblait n'avoir apporté en naissant d'autre passion que le désir du martyre, et dès le berceau , pour l'apaiser lorsqu'il criait , il ne fallait que le menacer qu'il ne serait point martyr. Au premier bruit qui se répandit qu'il avait été condamné , sans attendre qu'on le vînt prendre, il courut, paré de ses plus riches

' On appelle qifiaque au Japon , un homme qui exerce la charité envers les autres.

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habits, aii-flevaiil de ceux (|iii le Jiereliaient, cl rencontrant !?oii pèie a la [toile de la ville, il l'embrassa avec un hatisport de joi(; qu'on ne pourrait covu^evoir : ils attendirent quelque temps l'autre enfant ; mais comme il laidait trop, rofticier (pji devait présider rexéculion , les lit décapiter à l'endroit même où ils s'étaient arrêtés. L'enlant était che:^ son aïeul , ce qui tit (pi'ou eut ((uchpie peitu; à le tiouvcr. 11 dormait; on l'éveilla, et on lui dit qu'il fallait aller mourir avec son père, à qui on allait couper la tète. J'en sin's bien aise, dit le petit innocent, d'un ton fort gai. On l'babille fort proprement, et on le donne au soldat, qui, le prenant par la main, le mène au lieu où son père était mort. On le suivait en foule , et la plupart ne pouvaient retenir leurs larmes : il arrive, et, sans paraître étonné du spectacle qui se présente à ses yeux, il se meta genoux auprès du coips de son père , abaisse lui-même le collet de sa robe , joint ses petites mains et attend tranquillement le coup de la mort. A celle vue , il s'éleva un bruit confus de sanglots et de soupirs : le bourreau, saisi, jeta par terre son sabre et se retira en pleurant. Deux autres, qui s'avancèrent successivement pour prendre sa place , en tirent autant : il fallut avoir recours à un esclave coréen , lequel , après avoir déchargé plusieurs coups sur la tète et sur les épaules de ce petit agneau qui ne jeta pas un cri, le hacha en pièces plutôt qu'il ne lui trancha la tète. On avait sauvé une tille de Michel Faciémon ; on la fit secrètement sortir du royaume , et on l'envoya à Arima. Elle se trouva là sans connaissances et sans appui ; mais elle ne demeura pas long-temps dans celte fâcheuse situation : un homme de qualité, qui cherchait à marier son tîls, jeta les yeux sur cette pauvre orpheline, et préféra la fille d'un martyr, étrangère et sans biens, aux plus riches partis auxquels sa naissance pouvait donner droit à son fils de prétendre.

Les rois de .\augato et de Frando tirent aussi mourir alors quelques personnes dans leurs états ; mais ces petits orages n'empêchaient pas que l'Eglise du Japon ne jouît dans tout l'empire d'un assez grand calme, et ne servaient qu'à rc-

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lever 8;i gloire, l^es rclalions dv. lellc .iiiuéc cl des ?nivaiifes sont leiuplies d'un grand nond)ie de traits d'une, singulière protection de Dieu sur les lidèles , <|ui le servaient avec un /.èle , une ferveur, une innocence, dont certainement on ne \oyait point d'exemples dans tout le reste de la chrélienlé , et il faudrait des vohunes entiers pour raconter tout ce cpii se passait d'édiliant et de merveilleux: dans les dirt'érentes contrées de l'empire.

C'était surtout à 0/aca que le christianisme était (dus florissant. Les Jésuites y ayant dressé un observatoire, les Japonais , (pii ne sont pas savants en mathématiques , étaient surpris de voir prédire les éclipses et rendre la raison de plusieurs phénomènes (pi'ils avaient toujours crus inexplicables ; on allait en foule chez les missionnaires pour examiner les astres et apprendre l'usage de quantité d'instruments (|u'on n'avait jamais connus : les Pères profitaient de cette curiosité et de cette surprise pour inspirer à ceux qui les visitaient l'estime de notre sainte loi , et l'on entendait souvent les infidèles se dire entre eux qu'il n'était pas vraisemblable qu'avec des connaissances si élevées, des mœurs si pures, une conduite si sage et un si rare désintéressement , on fût dans l'erreur sur le fait de la religion. On n'a jamais bien su quels avaient été les sentiments de Fidéiory, ni quels étaient alors ceux de l'impératrice sa mère par rap- [)ort au christianisme, car il y a assez d'apparence (pie c'était cette impératrice (jui , les premières années du règne de Tayco-Sama, avait en plusieurs rencontres comblé d'amitiés les missionnaires ; il paraît seulement (pie ces l'eligienx étaient , au temps dont je parle , en quelque considération dans celte cour; c'est ce (jui nous donne lien de croire une chose assez singulière qui arriva alors.

Deux enfants au-dessous de douze ans entrèrent dans l'église des chrétiens, et y ayant rencontré un missionnaire, ils l'abordèrent et le prièrent instamment de les baptiser. Le Père crut d'abord que ce n'était qu'une curiosité et un empressement d'enfant; il leur demanda s'ils étaient bien instruits de nos mystères : ils répondirent qu'ils croyaient en

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savoir assez pour recevoir le sacreiiienl. Il les interrogea , el trouva qu'ils disaient vrai : il leur dit qu'il manqtiait encore une chose , le consentement de leurs parents. Ils assurèrent que leurs parents consentaient à ce qu'ils lussent « hrétiens ; et , se jetant à genoux , ils prolestèrent les larmes au\ yeux qu'ils ne sortiraient point qu'ils n'eussent été baptisés. I.e Père, attendri et eliarmé , leur accorda enfin leur demande , et il ne douta point, eu voyant la manière dont ils se conqwrtèrent pendant la cérémonie de leur baptême , que le Saint-Esprit n'eut pris d'une j'aron toute particulière possession de ces cœius innocents.

Quelques jours -après, ce même religieux rencontra le plus jeune de ces deux néophytes, et l'onrant le pria instamment de lui donner (juehpie image de dévotion devant laquelle il put faire ses prières. Le Père lui dit qu'il la lui donnerait bien volontiers ; mais qu'il appréhendait qu'on ne lui fît quelque otitrrge dans une maison toute renqdie d'idolâtres. L'enfant, n'ayant pu rien obtenir de ce côté-là, s'iidressa à un jeune ecclésiasti([ue (]iii était élevé dans la maison des pèi'es , et en eut ce qu'il souhaitait. A peine l'image fut-elle exposée dans la chambre où couchait l'enfant, (pie son père, l'ayant aperçue , lui demanda tout surpris s'il était chrétien. L'enfant répondit qu'il l'était : « et il me semble, ajouta-l-il , que vous m'en avez donné la permission. — Ouoi , perfide ! reprit le père, je t'aurais permis d'abandonner nos dieux ! Si tout-à-l'heure tu ne les adores , je vais te fendre la tête. — Mon père, répondit l'enfant sans s'étonner, ma vie est entre vos mains, vous ferez de moi tout ce qu'il vous plaira; mais je suis résolu de vivre et de mourir chrétien. ■» A ces mots le père, entrant en fureur, prend ce petit innocent, lui met ses habits en pièces, et l'ayant suspendu tout nu par les aisselles il le mil en sang à coups de fouet. «Adores-tu le Dieu des chrétiens ? » lui disait-il de tenips en temps. L'enfant ne répondait autre chose sinon . k Je suis chrétien, je veux vivre et mourir chrétien. » Enfin ce petit corps n'étant plus qu'une plaie , le barbare père en eut lui-même horreur; il cessa de frapper,

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