CHAPITRE I
l'empire était celle de cubo-sama; cuhu veut dire chef de la milice , et sama signifie seigneur. Celte addition au titre de cubo ne s'était pas faite d'abord , et elle avait mis le généralissime à la tête de tous les conseils et de toutes les afTaires. Une grâce ne manque jamais d'en faire souhaiter une plus grande, et l'ambition est un torrent qu'il est aisé d'arrêter dans sa source , mais dont il n'est pas possible de modérer le cours; celle de cubo-samas et la facihté des empereurs allèrent toujours croissant , et insensiblement le sujet et le souverain n'eurent plus que le nom de ce qu'ils devaient être, le ministre donnant des ordres auxquels le prince n'osait refuser de souscrire. Les cubo-samas n'avaient plus qu'un pas à faire pour monter sur le trône; mais il fallait une occasion pour le franchir. Le temps et les conjonctures l'amenèrent. Un dairi efféminé se rendit méprisable : le cubo-sama, qui gouvernait sous son nom, crut voir les peuples assez dis[)Osés à ne pas trouver étrange que portant tout le poids de la souveraineté il en eut aussi les honneurs; et il se jugea d'autant plus autorisé à s'emparer du sceptre que personne ne s'y opposa. Il se fit donc proclamer empereur ; mais il laissa au dairi , en considération de son origine céleste , et peut-être pour ne pas rendre son usurpation trop odieuse, il lui laissa, dis-je, toutes les prééminences extérieures de sa première dignité. Cette ombre de majesté contenta un prince qui ne connaissait que cela de la souveraine puissance ; et la distribution des grâces purement honoraires , qu'on lui abandonna encore , ayant laissé sa cour aussi nombreuse qu'elle était auparavant, parce que les Japonais sont extrêmement avides des moindres marques d'honneur , à peine s'aperçut-il qu'il y avait un autre maître que lui dans l'empire.
Cependant le cubo-sama ne fut pas universellement heureux : à la vérité il s'empara de la Tense ; mais au-delà des cinq cantons ou provinces, (pii soiTi comprif-es sous ce nom et qui font le domaine impérial , il ne fut pas reconnu. Les gouverneurs des autres provinces, prévoyant qu'il lui faudrait du temps pour affermir sa domiualion, se firent
autant de petites souverainetés de leurs gouvernements , de sorte qu'on en compta jusqu'à soixante -huit ou soixantedix qui portaient presque toutes le nom du royaume; néanmoins ces petits rois ne furent jamais si dépendanis de la cour impériale que le cubo-samo ne fût à leur égard à peu près ce qu'était l'empereur d'Allemagne , par rapport aux princes électeurs.