CHAPITRE II
Navigateurs portugais poussés sur les côtes du Japon. — Païen louché par la grâce. — Premiers japonais baptisés à Malaca par les soins de saint François Xavier. — Saint François Xavier, le P. de Torrez et le frère Feruandez abordent au Japon. — Le Saint est présenté au roi de Saxiuna. — Commencements de la prédication évangélique parmi les Japonais. — Miracles de saint François Xavier. — Opposition des bonzes. — Voyages de saint François dans le Japon. — Succès de sa mission. — Belle action de Fernandez. — Saint François Xavier présenté au roi de Bungo. — Conversion d'un bonze. — Fureur des ministres des faiiK dieux et troubles qu'ils excilenl. — Fermeté do saint François. — Conférence entre le Saint et les bonzes.
En 1542, trois marchands portugais, nommés Anloine Mo(a , François Zeimot et Antoine Pexot , allant à la Chine , furent jion.ssés par la lempèle sur les côles du Japon , et prirent terre à Cangoxima , la même ann«'e que don Martin Alphonse de Sousa, vice-roi des Indes, fit son entrée dans Goa , menant avec lui François Xavier , un des dix premiers prêtres de la compagnie de Jésus , et que le pape Paul m envoyait aux Indes avec la qualité de légat du saint -siège. Les trois marchands ne lurent pas long -temps à Cangoxima sans contracter des liaisons qui nouèrent assez promptement le commerce entre les deux nations ; mais ils firent une connaissance qui dès lors, si elle eût été hien ménagée, eût introduit le christianisme dans le Japon.
(1544) Un homme de trenle-cinq ans appelé Angeroo, et que nos historiens français nomment Anger , fort
riche et d'une des meilleures maisons du ro^faume de Saxuma , où est situé Cangoxima , se lia d'abord avec les trois Européens , et ceux-ci , étant insensiblement entrés dans sa confidence , apprirent de lui que le souvenir des péchés de sa jeunesse lui causait de violents et continuels remords de conscience; que pour les apaiser il s'était retiré dans une maison de bonzes , dans la pensée que l'entretien et les bons avis de ces ministres des dieux pourraient calmer ses inquiétudes ; mais que ce remède au lieu de le guérir n'avait servi qu'à augmenter sa peine , et que de jour en jour il sentait son mal empirer.
Ceux à qui il s'ouvrit de la sorte firent apparemment ce qu'ils purent pour le soulager ; mais ils le quittèrent sans y avoir réussi. Deux ans après , un autre Portugais , nommé Alvare Vaz , étant allé trafiquer à Cangoxima , Anger lui communiqua ses peines intérieures comme il avait fait aux trois autres marchands. Vaz , qui avait connu le P. François Xavier à Malaca, et qui était plein de ce qu'il lui avait vu faire de merveilleux, voulut engager le japonais à aller trouver aux hides le saint apôtre : ce C'est un homme chéri du Ciel , lui dit-il ; je ne doute nullement que par les charmes de sa conversation et la sagesse toute divine de ses conseils, il ne dissipe en un moment cette humeur noire qui vous dévore. » Anger se sentit véritablement pressé de suivre cet avis; mais la pensée qu'il fallait abandonner sa famille , s'exposer sur une mer qui tous les jours devenait fameuse par les naufrages qu'on y faisait , et s'exiler en ([uel([ue façon dans un pays inconnu, l'empêchait de se résoudre; lorsqu'ayant tué un homme dans une rencontre , la crainte d'être recherché l'obligea de s'embarquer sur le premier vaisseau qui fil voile Yers Malaca.
Il arriva en 1546; mais ayant appris en débarquant que le P. Xavier venait d'en partir pour les Moluques , il se remit en mer sur-le-champ, et reprit la route du Japon, sans faire aucune attention au sujet f[ui l'avait contraint