‹ Le Christianisme au JaponChapitre 71 sur 108 · CHAPITRE XiX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XiX

Marlyre de deux seigneurs et de leurs familles.

On commença par deux frères des plus qualifiés de la cour : l'un se nommait Thomas Onda-Fiebioie , et l'autre n'est connu tjue sous le nom de Malhias , qu'on lui avait donné au baptême. Lii jour que Fascengava et la reine d'Arima avaient i'orlement parlé au roi contre les chrétiens, ce prince, ayant rencontré Onda, lui dit ({iTil savait qu'il était encore chrétien , mais (ju'il prétendait que lui et toute sa famille changeassent incessarmnent de leligion. « Seigneur, reprit le gentilhomme, un hou soldat ne quille point l'étendard de son capitaine ; et , dût-il m'en coûter la vie, je ne perdrai point de vue la bannière de Jésus-Christ : ce serait inutilement que vous n)e lériez sur cela de nouvelles instances. » Après cette réponse, il se retira, et ne songea plus qu'à se disposer à la mort; ce n'était pas la première fois qu'il avait confessé Jésus-Clu^ist ; il avait déjà souffert deux fois le bannissement poui- la défense de sa religion ; mais il vit bien que pour cette fois il y allait de la vie, et il comprît (pie pour mériter la gra( e du marlyre, qu'il regardait comme la plus grande faveur (pTim el'.rétien pût recevoir du Ciel, il n'y avait point de vertu qu'il ne dût s'éludierà pratiquer; il pria un missionnaire de venir tous les jums dire la messe chez lui , autant (pie les besoins des auties chrétiens le pourraient permettre , et il ne mau(|ua jamais d'y recevoir le pain des loris , s'aticndaiil à diaipie inslanl à entrer dans

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la lice. Un de ses amis, élunt un jour allé le voir, l'avertit qu'il ferait sagement de se cacher, ou du moins de mettre ses enfants en lieu de sûreté. « Je m'en garderai bien , repartit le serviteur de [)ieu ; nous ne serons mieux nulle part, moi et mes enfants, que sous le glaive qui nous immolera au Seigneur : voilà toute la fortune que j'ambitionne désormais pour ma famille. » Son ami étant sorti de chez lui , le soir il se mit en prières, y passa la nuit et une bonne partie du jour suivant. Peu de tenips après , on lui envoya dire que le gouverneur avait quelque affaire à traiter avec lui , et qu'il le priait de l'aller trouver. Onda se douta bien de ce qu'on lui voulait ; il va trouver sa mère , qui s'appelait Marthe . et que l'on peut mettre avec les Perpétue et les Félicité parmi les héroïnes du christianisme; il se jette à ses genoux, et lui demande sa bénédiction. 11 appelle ensuite ses deux enfants, les embrasse, les bénit, et après avoir aveiti son frère Mathias qu'on ne tarderait pas à l'appeler aussi, il se transporte chez le gouverneur. Ce seigneur lui rappela d'abord ([uelques affaires qu'il feignait d'avoir h lui communiquer, puis il l'invita a manger avec lui. Tandis qu'on dressait les tables, le gouverneur se fait apporter un sabre, le tire du fourreau, et demande à Onda ce qu'il lui semble de ce cimeterre. Onda le prend, l'examine, le baise avec respect, et le rendant au gouverneur : « N'oilà , dit-il , un glaive qui coupera bien la tète d'un homme, et je vois bien que ce cimeterre sera l'imique mets que vous lui servirez, w Le gouverneur ne répliqua rien; mais, levant aussitôt le bras, il déchar.iïea sur son hôte un si grand coup qu'il le renversa mort sur la place.

Mathias ne fut pas long-temps sans vérifier la prophétie du saint martyr, et son sort ne différa en rien de celui de son frère aîné ; à peine le premier était sorti du logis, qu'un officier de la cour envoya chercher le second sous quelque prétexte : il y alla après avoir aus?i reçu la bénédiction de sa sainte mère , et y trouva ce que son frère avait trouvé chez le gouverneur. Sm'-le-champ un envoyé de la coui" fut dépêché à Marthe pour lui annoncer que ses deux tils

venaient de payer de leur lète leur rébellion aux ordres du prince, et qu'elle était pour le même sujet condamnée à mourir eon)me eux avec les enl'anls de son lîls aîné. Le premier mouvement qui se lit dans le cteur d«; celte adniirahle femme , l'ut un saisissement de joie en pensant qu'elle élail mère de deux martyrs : elle éclata en actions de grâces, et Taisant venir ses deux pelits-lils, dont l'un portait le nom de Jacques, et l'autre celui de Juste. « Mes entants , leur dit-elle, votre père et votre oncle sont morts pour Jésus-Christ ; il s'agit maintenant d'aller les retrouver. — Mourrons-nous aussi? reprirent ces petits innocents , dont l'aîné n'avait pas douze ans. — Oui , mes enfants, répondit la vertueuse dame, — Oh! quelle joie, .s'écrièrent- ils , de niourir martyrs ! » Leur mère, qui avait reçu an baptême le nom de Juste , ne faisait pas moins paraître d'allégresse dans la pensée qu'on ne l'épargnerait pas plus que les autres; nmis elle perdit bientôt cette espérance, l'arrêt de mort qu'on lui montra ne faisant nulle mention d'elle : alors, comme si on lui eût annoncé la nouvelle la plus affligeante, elle se mit à pleurer si amèrement qu'on ne savait de quelle manière s'y prendre pour la consoler. Elle fit pourtant quelque etîort sur elle-même, et voyant à ses pieds ses deux enfants qui , revêtus de robes blanches , venaient lui demander sa bénédiction , elle arrêta ses larmes pour les exhorter à se montrer jusqu'à la tin dignes du notn et de la (pialité de chrétiens : « Allez , leur dit-elle , mes enfants, rendre à Dieu la vie qu'il vous a donnée, et en échange de laquelle il vous prépare la couronne de l'immortalité; donnez-vous bien de garde de faire paraître la moindre frayeur à la vue d'un supplice qui sera pour vous l'instrument d'un bonbeur éternel : allez rejoindre votre père dans le sein de Dieu , et, quand vous y serez avec lui , n'oubliez pas que vous avez laissé dans cette vallée de larmes ne u)èi'e ipii jusfpi'à son dernier soupir ne cessera de pleurer, parce que jatnais lien ne la consolera de n'avoir point partagé avec le reste de sa famille la palme du martyre. » Llle les embrassa en disant ces mots , et se retira pour ne [dirs

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