CHAPITRE XIX
s'occuper que de ses larmes elde l'amour divin qui les faisait couler. Aussitôt les deux enfants furent mis dans une litière avec leur aïeule, qui voulut être aussi bien qu'eux vêtue en deuil. Le peuple les suivait en foule, et remplissait les mes et les places. Enfin ils arri^èrent au lieu de l'exécution : les deux enfants, au sortir de leur litière, aperçurent un soldat , l'épée nue à la main , et coururent dans le moment se mettre à genoux à ses |iieds; puis, joignant leurs mains et prorïonçant à haute voix les noms sacrés Jésus et de Marie, ils attendirent tranquillement le coup delà mort. Le soldat commença par l'aîné, dont la tète, après avoir fait plusieurs bonds, alla tomber auprès du cadet, cet enfant , bien loin d'être ému de ce spectacle , parut dans un redoubletnent de joie extraordinaire , et se mil à prier avec une nouvelle ferveur. Le soldat , qui se sentait lui-même attendri , craignait apparemment de n'être plus maître de soi s'il différait davantage, et il se bâta d'immoler cette seconde victime, qui alla prendre sa place à la suite de l'agneau. Marthe cependant, à genoux au milieu d'une place publique et dans la situation d'une criminelle, conservait toute sa dignité, et montrait plus de joie de voir sa famille éteinte sur la terre que si elle l'eût vue élevée aux plus grands honneurs ; dès qu'elle s'aperçut qu'on allait venir à elle, elle tira deux reliquaires qu'elle portait au cou , en envoya un au prince François d'Arima, l'aîné de deux princes que le feu roi d'Arima avait eus de la reine Juste, sa seconde femme. Marthe avait été gouvernante de ces deux enfants , dont elle prédit la mort funeste et qui arriva bientôt après , comme nous le verrons en son lieu. L'autre reliquaire fut porté à Xangazaqui , à une fille de cette illustre martyre. Après avoir fait son testament, elle présenta sa tète au bourreau , et reçut le coup de la mort avec une fermeté digne de sa vertu et de la cause pour laquelle elle souffrait. Elle était âgée de soixante et un ans ; son fils aîné en avait quarante et un, sou second vingt-huit; pour les deux enfants , le plus âgé était dans sa douzième année , et le plus jeune dans sa dixième : leur mort arriva le 2S janvier 1613.