‹ Le Christianisme au JaponChapitre 73 sur 108 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Constance d'une jeune fille, — Discours perfides dn roi d'Ânma. — Trois familles chrétiennes sont condamnées au supplice du feu. Gloire qui accompagne leur mariyre. — Mort édifiante de deux jeunes princes. — Mort de l'évêque du Japon. — Edit qui rend la persécution générale. — .arrestation des missionnaires. — Joie des fidèles qui se préparent au martyre. — Enfants , confesseurs de Jésus- Christ. — Constance inébranlable de plusieuis sc'gneurs.

Le roi d'Arima et le gouverneur de Nangazaqui, après avoir donné Tordre dont nous venons de voir rexécution , partirent pour Surunga, oïl ils furent reçus du régent avec tout Taccueil imaginable. Ils avaient amené avec eu\ à Arima nn fameux bonze, nommé Banziii , un des docteurs les plus célèbres du Japon. La réputation de Banzui , jointe a la consternation où ils croyaient trou\er les chrétiens, leur lépondait prestpie du î^uccès de leur entreprise; mais ils furent bien étonnés, lorsqu'en arrivant à .\rima, ils apprirent qu'il n'y avait eu de larmes versées dans la famille dont ou avait prétendu faire un exemple, que par ceux qu'on a\ail épargnés , et que tous les fidèles soupiraient après mi semblable sort. Ce fut encore bien pis, lorsque la reine ayant fait venir le bor)ze Banzui en présence de toute sa maison , elle ne put jamais, ni par j>rières ni par menac( s , obligei- personne à a\oir avec ce faux prêtre le tnoindre commerce, ni à lui rendre aucun de^oir de civilit(\ Une iille d'Imnneiu' de la leine, qui s'appelait .Maxime, osa même en pré.a'uce de !a princesse jeter a la tèlo de ce prcUc idoiàife une es[)L'cc de

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cliapelet qu'il lui avait ruis milre les mains; on Tenvoya surle-champ en prison ; elle \ demeura douze jours sans qu'on lui donnât aucune uourriluro, et même les sept premiers jours, elle élail si étroitement liée à une colonne qu'elle ne pouvait se mouvoir. Outre cela, des personnes apostées par ht reine ne Cf^ssiiient de lui l'aire les pro|»ositions les plus séduisantes pour l'engager a se rendre aux volontés de cette princesse. Maxime soulinl celle attaque avec une constance qui charma jisqu'aux ennemis du christianisme ; mais ce qui causa à toute cetle cour un grand étoimement , c'est qu'après une si excessive abstinence celte généreuse fille sorh'I de sa prison avec tout l'eud^onpoint qu'elle avait en y '.Mitrant. Tout cela pouilaul ne lit qu'irriter la reine. ÎVJaxinie fut chassée du palais et mise au rang des esclaves dans une (uisine, où la perte de sa lib(.n'fé la consola de n'avoir pas répandu son sang pour Jésus-Christ , et où , ay;mt fait vœu de chasteté perpétuelle , elle ne songea plus qu'à plaire à Telui qu'elle venait de choisir pour son époux.

Un page du roi montra encore plus de hardiesse; c'était un enfant de neuf ans. Suchendono lui ayant voulu donner luiniême un de ces chapelets que le bonze distribuait, il dit au roi qu'il ferait bien mieux de reprendre celui des chrétien? qu'il avait quelquefois porté cpie de vouloir rendre les autres < omplices de son intidélité. Il ne s'attendait à rien moins qu'à la mort, après une telle réponse; mais Suchendono se contenta de le bannir. Cependant tant de constance lassa encore plus ce prince qu'elle ne l'irrita ; et, soit qu'il ne fût pas capable d'une résolution suivie, soit que la honte d'une (onduite dont il sentait tout le ridicule l'arrètit , on fut quelqu(.'S mois sans inquiéter beaucoup les chrétiens.

Le gouverneur de Nangazaqui ne put souffrir ces lenteurs ; mais il vit bien qu'à moins de réveiller Suchendono par les plus puissants n.iolil's, il ne viendrait jamais à bout de l'engager c.^mme il souhaitait : il s'avisa d(î lui mander qu il était échappé au tuteur de dire que , selon toutes les appal'cnces , le roi d'Arinni élut encore chrétien , puiî-ipje fou* ses sujets, jusqu'à ses principaux officiers, faisaient publi-

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quement et en toute libelle profession du christianisme. Le jeune prince, dont la passion dominante était de régner, donna dans le piège , cl résolut de démentir hautement cette prétendue calomnie. Il commença par assembler quelquesuns des principaux seigneurs de sa cour, leur déclara les avis qu'il avait reçus; après quoi il leur parla de la sorte : « Il ne lient qu'à vous de me rendre le plus heureux des rois du Japon , et il ne vous en coûtera presque rien pour mettre le comble à mon bonheur. On ne voit dans aucune cour tant de zèle pour le souverain , ni tant de vrai mérite qu'on en trouve dans celle-ci ; l"aul-il qu'une bagatelle nous empêche de goûter la douceur d'une lelieilé si digne d'envie ? Les malheurs des temps m'ont obligé à dissinuiler ma religion ; j'ai eu le chagrin d'apprendre qu'on me taisait passer pour en être le persécuteur, moi qui suis chrétien plus que jamais, etipii en convaiuci'ai un jour les plus incrédules 1 Pour avoir puni du dernier supplice des brouillons qui ti'oublaienl la paix de mon royaume , doit-on se pt^rsuader que j'aie entrepris d'externiiner le christianisme par le fer et par le feu ? Les chrétiens sont-ils donc impeccables , et les lois ne soutelles pas pour eux comme pour les autres ? Les monarques du grand Occident, dont tous ks sujets professent la véritabje religion , ne condamnent-ils pas tous les jours a la mort ceux qui sont trouvés rebelles à leurs ordres? et qui s'est jamais avisé de leur en faire un crime ? Vous voulez de,s preuves de ma religion : j'en donnerai , mais le temps n'en est pas venu ; et à (pioi bon , par des éclats hors de saison, mettre le christianisme en danger d'être détruit sans ressource? Ce que j'en fais, c'est pour le conserver : secondez-moi si vous avez un véritable zèle; dissimulez pour un peu de temps, et par une opiniâtre résistance à des édits dont le régent se repent peut-être déjà, ne m'obligez pas à vous perdre et à me perdre moi-même. »

Suchendono sortit après avoir acheNé de parler, et l'on remarqua qu'il lui était échappé quelques lai mes. Des seigneurs qui composaient cette asseinblée les uns se retirèrent sans rien dire, d'autres promirent de faire ce ([ue souhaitait

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