‹ Le Christianisme au JaponChapitre 74 sur 108 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

le piitice , trois seiileme.nt déchueieiil (ju'ils ne voyaienl point clt- milieu entre lialiir sh loi et bi dissimuler dans une ^^el7llJl;^ble lencontre , (ju(î le |)remier souverain était Dieu , et qu'ils lui seraient tidèles juscju'a la mort. La docilité du plus grand nombre lit croire à Suchendono qu'ayant du premier coup si fort avancé sou eutrepiise, il viendrait fort aisément à bout du reste : il le manda au gouverneur de .Nangazaqni. Mais Fascengava lui lit réponse que , pour ce qui regardait les obstinés, il n'en devait pas avoir le démenti, quand ce ne serait que pour convaincre le Cubo-Sama de Aéritables sentiments; qu'il devait donc faire des coupables un exemple qui inspirât de la terreur ; en un mot, qu'il était d'avis qu'on les condamnât au feu avec leurs femmes et leur? enfants. Celte proposition parut dure à Sucbendono; mais la reine son épouse, étant du sentiment de Fascengava, il fallut se rendre. Le o octobn^ , le gouverneur d'Arima eut ordre d'arrêter les trois seigneurs, et de leur signilier qu'ils étaient condamnés au feu avec toutes leurs tamilles en cas (ju'ilè? persistassent dans leur désobéissance. De ces illustres conlesseurs, l'un se nonniiait Adrien Tacafati Mondo , un autre Léon Faïuxida Lugniémon, et le troisième Léon Taquendonii (]aniémon. Moudo avait une femme (|ui portait le nom de Jeanne, ime tille de vingt ans, rpii avait été nonnnée Madeleine . et un fils Agé de douze ans, (pii avait reçu le nom de .!ac(jues. Faïuxida avait aussi nue femme appelée Martbe , el Caniémon un tils de l'âge de vingt-sept ans , qui se nounnait Paul : des amis mirent sa femme en siii'eté.

Par égard pour la (pialité des prisoufiiers, on ne les mit point dans les prisons pnblitpies ; on les enfernui dans une maison particulière, où la femme de Caniémon, s'étant l'cbappée des mains de ses amis, vint trouver son mari et son tils pour mourir avez eux ; mais on ne l'y laissa pas long-temps , et malgié tous ses etlbrts on la reconduisit au logis d'où elle s'était sauvée. Cependant la nouvelle de ce tjui devait se passer à Arima s'étant i^épandue de toutes parts, il y eut un si grand concoiu's de clnétiens attirés à la c;qiitale par l'espérance d'un sort [)areil, ([u'on en

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compta jusqu'à viiigl mille. Celle miillitude donna d'abord quelque alarme a la cour : on leur envoya l'aire eommandemenl <\v !^e retirer; mais quand on eut appris qu'ils étaient sans ainies, et qu'ils ne désii'aienl que la mort, on prit le parti de les laisser en repos : ils demeurèrent campés hors des murs; aucun d'eux ne coucha dans la ville, et pendant trois jours qu'ils furent là, les chrétiens d'Arima les nourrirent. Ceux des courtisans (pii avaient été infidèles, et qui de la dissimulation avaient hientôt passé a une idolâtrie ouverte , ne purent voir tant île ferveur et un si extraordinaire désir de la n)ort sans se re()roèher leiu' lâcheté : ils la pleurèrent avec des larmes si amères qu'ils convainquii'enl tout le monde de la sincérité de leur conversion. ()n exigea d'eux une profession puhliipie de leui' foi : ils la tirent. Ils passèrent par heaiicoup d'autres épreuves; après quoi on les reçut à la pénitente chrétienne, [^a première chose ({u'ils firent après leur réconciliation à rKglise, ce fi/t d'aller enibrasser les j)risonniers , qu'un tel changement combla de joie. Les nouveaux convertis conjurèrent le gouverneur d'.Xrinta de les joindre à leur's frères , puistpie la cause était la même ; maison ne fit pas semblant de s'aperce>oir de ce qui était arrivé. Après bien des instances, ces généreux pénitents, n'ayant plus d'espérance de rien obteuii-, et se trouvant indignes d'une grâce qu'ils considéraient dans les autres comme la récompense de leur fidélité, renoncèrent à tout ce qu'ils possédaient dans le monde, et s'exilèrent avec toutes leurs familles.

Le 7 octobre au matin , les confesseurs apprirent que leur tondamnation était signée ,^et on leur signifia leur sentence dans les fornjes : ils la reçurent avec joie, et l'on vit bien qu'ils attendaient avec impatience l'heure de l'exécution. II manquait une chose a leur bonheur; c'était de recevoir le pain des forts avant que d'aller au combat : ils prièrent Dieu que cette grâce ne leui- lût point refusée, et ils furent exaucés; deux Pères jésuites trouvèrent moyen de s'introduire chez eux, les confessèrent , les communièrent; et, ne pouvant rester plus long-temps avec eux sans s'exposer à être

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reconnus, ils les laissôrenl comblés lie la pins |>ure joie qu'ils eussent encore ressentie. Ijilin le moment de leur sacrifice approchant, on vit commencer une espèce de triomphe , qui depuis la naissance de TKglise n'aN ail jamais eu d'exemple. Les vingt mille chrétiens de la campagne, au signal (ju'ils en ncnrent , entrèrent dans la ville . ornés de guirlandes et tenant leur i ha|ielet à la main ; ceux de la ville, dont le nombre; iHail pour le moins aussi grand , ornés aussi de guirlandes et im cierge à la main, les allendaicnt , et dans l'instant on les maityis paiineid, tons se mirent en marche dans le lang (|ni avait éli' martpié à chacun : les huit confesseurs de .lésus-tlhrisl étaient an milieu; leiu's bourreaux les suivaieid a\ec une compagnie de soldats , faible défense eonlie ijuaiante mille honnnes, mais plus (jue sufti:-ante coidie (piaranle nulle chrélicns , dont ruuiipie regret était de ne pouvoir suivre à la nioil ceu\ qu'ils accompagnaient au lieu de leiu' supplice. Les [dus proches des piisomiieis les feiicilaieul , les aidres pliaient j)Our eux ou «hantaient les louanges du SeigiU'ur, et toultîs les cam|>agnes \oisines retentissaient de leurs chaids d'allégresse. Quand on fut ariivé au lieu du sup[»lice , chacun piit sa place sans lonfusion , et les niaihrs coururent (Mubrasser leurs poteaux; c'étaient huit colonnes, soufiMiant im l(jit de charpente au riiilieu il'nue espèce d'esplanade sons les fenêtres du château. Taudis (pu' tout se disposait poui' conuuencer Texéculion , Laniémon le père monta sm- le (oit de charpente, (pii était assez bas, et, ayant fait signe de la main, il parla en ces termes: c Mes hères, admirez la force de la foi dans de faibles créatures; la vn<'d'mi supplice aIVreux , vous le voyez, ne nous inspiic tpie de la joie , et ce sei'a bien autre cliose li>ut-à-rhetue au nnlieu des tlammes : je laisse iuix infidèles a considérer (piidle doit éhe la sainh'té d'un*' religion cpu nous élève si foil au-dessus de la nature; oi', si (die est véritable, tontes les aidres sont iK'cessairemeul fausses. Pour vous, nu'S frères, (pu ces fen\ ne vous eflVaient point; ils passeront en im in.sl.ani , et la réconqiense dont ils seront suivis sera éterneUe. » A ces mois il hd inlerrompn par les

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cris fil les sangloU do9, lidèlp^. Voyant donc qu'il n'tMait plus écouté , il descendit, cl alla pc ranger à sa colonne, où il tVit lié ; aussitôt on mil le feu an bois, qui était éloigné de trois pieds des poteaux. Un chrétien qui s'était placé expiés assi?/ proche des martyrs leur lit une courte exhortation , et , leiu' montrant une bannière où était l'image de Jésus-Chrisl attaché comme eux à une colonne , il les avertit de jeter souvent la vue sur cet Ilomme-lJicu , qui avait fait le premier pour eux ce (pi'ils allaient faire pour lui.

La flamme ayant paru dans ce moment avec la fimiée , on fut quelque temps sans rien voir; ensuite la vue de ces illustres mourants occiq)a de telle sorte l'assemblée (|u'il s'y fit un fort grand silence. Tous témoignèrent ju.îqn'à latin une constance vraiment héroïque; mais, la pliqiart parais • sanl mortson expirants, il arriva deux ou trois choses i'|iii causèrent bien de radmiralion. Les liens qui aliachaienl h^ jeune Mondo étaient brûlés; on aperçut cet enfant qui courail au travers des llannins : on crut quelque temps qu'il <"herchaitcà s'évader; mais on cessa de craindre lorsqu'on le vit chercher sa mère, et après l'avoir trouvée, la tenir étroitement embrassée comme pour mourir entre ses bras. Ce fut pour celte sainte dame un spectacle bien touchant que l'état où elle vit son fils : elle oublia ses propres douleurs, et ne parut plus occupée que du soin d'exhorter ce petit innocent à consommer courageusement son sacrifice : il tomba enlin à ses pieds-, un moment après, elle tomba elle-même sur lui, el ils expirèrent tous deux presque dans le rnème instant. D'un autre côté Madeleine Mondo donnait un spectacle pour le moins aussi capable de toucher : elle restait seule debout, et(pioi(iue tout embrasée, elle paraissait encore pleine de vie. On eût dit (pi'elle était insensible, à la voir immobile elles yeux élevés vers le ciel , lorscjne toul-àcoup on l'aperçut (jui ramassait des charbons ardents, et s'en faisait une couroniKi : il s<'mblait (pie, sentant approcher son dernier monitMil , elle se parait pour aller au-devant de son époux. Cependant elle se consumait peu à peu; mais à mesure que ses forces dimimiaieni, sa ferveur paraissait se

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raninipr, o[ l'on np rossa Hc IVnlfiiidre Ioikt Dion qu'an moment où on la vil toir.l«n' lioiicenu'nt , se coucher sur le brasier dont elle était environnée, et rendre Tespril. Alors les soldats qui gardaient la barrière n'en lurent plus les maîtres , et les eîiréliens enlevèrent sans résistance les corps des martyrs, qui liirenl trouvés entiers et sans odeur : on les porta à Nangazaqui , et on les présenta à l'évèque, qui, après avoir examiné les aeles qu'on avait dressés deleiu' précietise mort, entendu canouiiiuement les témoins et gardé toutes les formes que prescrit le saint concile de Trente, déclara jiiridiquement qu'autant ({u'il lui appartenait il reconnaissait martyrs de Jésus-flbrist ces huit personnes. 11 fit rendre ensuite à leurs reliques tous les honneurs possibles, et envoya à Rome le proci's-verbal de loutcecpii s'était passé. Plusieurs exécutions particulières suivirtMit celle-ci : quel(]ues princes xoisins imitèrent le roi dWriiua ; le prince d'Omura voulut même chagriner la priuces.'^e Marine, sa sœur; quelques seigneurs particidiers de la cour d'O/aca maltraitèrent leurs vassaux , et le roi de Ouanto lit mourir un assez grand nombre de chrétiens à .hVlo. Partout les fidèles firent paraître la même fermeté; tous lissages et toutes les conditions fournirent d'admirables exemples de cette constance qui fit tant d'honneiu'aux premiers siècles du christianisme; mais toutes ces petites persécutions n'avaient encore rien de décisif, et jusqu'à la fin de cette année il ne parut pas qu'on eût tout-àlait perdu l'espérance de voiries choses changer encore ime fois de face.

Il n'y avait que dans le royaume d'Arima que la persécution ne se ralentissait point. Suchendono n'avait plus besoin des remontrances de sa femriie, ni (\o?^ instances de Fascengava [tour sigU(M" des arrêts de moit; mais le gouverneur de .\angazaqui l'engagea encore dans une alTaire qui le rendit bien odieux. Le feu roi n'avait eu ([ue lui d'enfant de la reine l^ucie, sa première fennne, et il avait laissé de la reine Juste, 5a secomle ('pouse, ((uatre enfants eu bas-àge,deu\ princes et deux princesses, f^a reine, après la mort du roi, avait fté envoyée à Méaco, cl les enfants était^nt demeurés dans le

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royaume, où , pnr uik^ providence loule particnlièro du Ciel, on les avait laissés entre les mains de personnes fort attachées h la véritable religion ; il est vrai que réducation qu'on donnait ne devait [»as faire naître le moindre ombrage : d'ailleurs ils étaii nt si jeunes (|ue de long-tenq>s ils ne pouvaient être en état de remuer; car le prince François , l'aîné des deux frères, n'avait pas plus de huit ans, et le printi' Matthieu , le second, n'en avait (lue six. Mais ni un âge si tendre ni la manière dont ils étaient élevés ne purent les soustraire à la fureur du gouverneur de Nangazaqui , (jui, s'imaginant déjà voir dansées jeunes enfants les vengeurs (ie la mort du feu roi lem* père , dont il avait été un des principaux auteurs, ne cessa |)ointde solliciter Suchendono qu'il ne l'eut défaitde ces fâcheux objets ; et ce malheureux prince, après s'<ilre rendu parricide, à sa persuasion, n'eut pas beaucoiq) de peine à lui saciitier ses frères : étant donc à la cour de Surunga , il en\oya l'ordre au gonveiueiu' d'Arima de faire secrètement jnoiuir les deux jeunes princes; mais il lui recoujmanda (pie , pour (''\iter la haine et Tindignalion pub!iqiu;s , il counnencàt par les fain.' enfermei- pendant quelque temps; qu'il (îl courir \t bruit (pTon les avait envoyés à Méaco , à la reine; h tu' mère , et qu'en elfet il lit partir les deux petites princesses poiu' la capitale de l'empire. Le gouverneur d'Arima exécuta ponctuellement tout ce (jui lui avait été conunandé : il lit mettre les deux princes dans une chambre fort obscur(\ ne leur laissa qirim page pour les servir , et mit des soldats à toutes les avenues »lu logis, pour empêcher (pui personne en approchât. On s'était bien donné de garde d'avertir ces enfants du dessein qu'on avait eu les retenant ainsi captifs; il est assez étonnant néanmoins qu'à jwine se virent-ils comme prisonniers , qu'ils se disposèrent à la mort avec autant de soin qu'auraient pu faiie des honnnes faits et des chrétiens consonmiés dans la vertu. Leui |»age, (jui s'appelait Ignace, ( t qui était un jeiintî hounne extiémement sage l'I fort accompli , avait Ixvau les détourner de la pensée de la mort, ils en revenaie-ul toujours là, non point par cette

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inqniéliide , ([iii serait vonin" à des personnes plus raisonnables en pareille occasion , mais comme par nne espèce <! inppiialion , (pii faisail croire (piils avaient snr cela des ( onnaissances snrnafurelles. Ils avaient ienrs pénitences , leurs prières réglées, et leurs jours de jeune : ils passèrent de la sorte six semaines , au boid d(^S(}uelles on avertit Ignace ijue, la nuit suivante , on devait les égorger. Ignace s'efforça de paraître plus gai (jue jamais ; cependant les dt-ux petits princes curent comme im pressentiment de lem- mort prochaine. Sur le soir , le couvert étant mis , Ignace les pria de se mettre à table : le prince François lui dit qu'il avait, à i'C fpi'il croyait, donné (jiielque petit sujet de mécontentement à un de ses gardes , et qu'il voulait en taire pénitence et jeûner ce soir-là. Ignace tlt tout ce quMl put pour lui p(M"suader que Dieu ne deniandait pas cela de lui ; tout ee qu'il obtint l'ut que le saint entant se mît un moment à table pour tenir compagnie à son frère, et prît par complaisance , un peu de nourritiue.

Après le sou|>er , Ignace coucha le plus petit de ces deux princes, et l'aîné se retira à son oratoire pour s'occuper de quelque action de piété. Comme il y (l(>meurait longtemps, Ignace l'avertit qu'il se faisait tard. « Ah ! mon cher Ignace , reprit le jeune prince , je pensais , Jl n'y a qu'un nioment , à la Passion de notre aimable llédempteur , et je ne pouvais retenir mes larmes : quelle bonté à Dieu de mourir poiu' sauver de misérables créatures ! que j'ai compassion de ceux qui ne connaissent pas un si aimable Sauveur 1 11 I.e page s'imaginait entendre parler un ange ^ tant cet admirable enfant s'énonçait avec onction ; et, la pensée du sort qui l'attendait lui revenant à l'esprit, il fondait en pleurs. Le prince crut que c'était de dévotion que son page fileurait , et lui voyant entre les mains, un grain bénit et une médaille , il lui demanda ce qu'il fallait dire pour gagner les indulgences qui y étaient attachées : Ignace le lui apprit, et aussilot il se mit en devoir de les gagner. Ignace lui dit ensuite qu'il lui conseillait de se mettre sous la protection de la sainte Vierge : il le fit par nne très-fer-

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vente prière h celle Reine des anges ; il répéta plus fie trente lois les noms sacrés de Jésus tsl de Marie; et Ignace l'ayant couciié, lui jeta de Teau bénite, et se retira dans une chambre voisine pour prier. Vers minuit, Ignace étant encore en oraison, un soldat du gouverneur entra dans la chambre où étaient les deux princes : il les trouva dormant d'un profond sommeil , et tirant un poignard , il l'enfonça dans le cœur du plus jeune; puis le retirant, il le plongea dans la gorge de l'ahié , et s'en alla. Ignace rentra aussitôt, et les voyant tous deux morts ri nageant dans leur sang , son premier mouvement fut de vénération pour ce qui restait de deux enfants qu'il regardait comme dcMix saints. Il donna ensuite avis de tout aux chrétiens, qui , n'ayant plus de ressource après la perle de ces deux princes, le plus pur sang de leurs derniers rois , furent , à cette nouvelle , dans nne consternation qu'il n'est pas possible d'exprimer. Le confesseur de la reine Juste fut chargé de lui apprendre celte nouvelle : la généreuse princesse ne put refuser quel([ues larmes à des enfants qu'elle chérissait tendrement: mais enfui elle otï'rit à Dieu ces deux innocentes victimes avec nne résignation héroïque : elle protesta ([u'elle aimait mieux les voir moris avec leur innocence ; car elle était continuellement dans la crainte que, malgré tous ses soins, et les principes de religion qu'elle avait taché de leur inspirer par elle-même , tandis qu'elle les avait eus près de sa personne, et par ceux à qui elle les avait confiés, ils ne suivissent un jour le pernicieux exemple de leur frère ahié. Ensuite cette admirable princesse se retira plus que jamais du commerce du monde , et linit ses jours dans la pratique des plus excellentes vertus du christianisme.

Voilà de quelle manière se passa l'année 1613. Enfin , la persécution devint générale, et ne discontinua plus. Pour surcroît de malheur, le Japon perdit son pasteur: don Louis de Cerqueyra mourut à Nangazaqui, au commencemenl de l'année 1614, de douleur de voir les alTreux périls auxquels son troupeau allait être exposé. Ce fui un i)rélat d'ime inno-

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cencn d<^ mœurs doiU il y a peu d'cxeinph'S; le.; vorlus qui brillèrent le plus en lui fuienl celles que Noire-Seigneur a li' [ilii^ reenuuuaudées à ses apoires , c'esl-à-dire rhuniililé et la douceur; aussi , avait-il gagné tous les cœurs , et l'on peut dire cpril fut j)resque également regretlé des fidèles et des idolâtres. Il eut pour successeur le P, Diego Valens , jésuile ; mais ce nouvel évêque , qui l'ut le dernier du Japon , ne put jamais visiter en personne TF^glise c|ui lui était confiée, et demeura toujours à Macao. Avant qu'il fût nommé, le P. \ alentin (larvaglio, provincial di'S Jésuites, en vertu d'un href (Ju pape, fut déclaré vicaire-général et administrateur de l'évèclié ; et depuis et; temps-là les provinciaux de la compagnie turent toujours chargés de ce double emploi , qui leur fut atîeclé par une bulle de Paul v, du 31 janvier 1618, et confirmé par uneautre d'Urbain vui , du 25 janvier 1G32.

Plusiems choses contribuèrent au renouvellement de la persécution ; mais le gouverneur de Naugazaqui fut celui (pli porta les plus rudes coiqis. On avait été assez sm'pris «|ue le roi d'Arima eût fait publiquement brûler vives des personnes de la (>reniicre qualité , et conune Ton savait que Fascengava était tout le conseil de Suchendono , presque tout l'odieux de celle action retombait sur ce gouverneur : pour se disculper, il publia que les chrétiens n'étaient pas ce (ju'on pensait , et que quiconque les connaîtrait ne trouverait pas étrange qu'on passât à leur égard par-dessus les lois ordinaires ; que non-seulement ils ne craignaient point la nmrl . mais que les plus infâmes supplices étaient ceux qu'ils and)itionnaient davantage ; que c'était assez d'avoir été puni par ordre de la justice , pour devenir l'objet de leur culte ; qu'on les avait vus à Méaco adorer un chrétien mori en croix pour un crime, et que les huit personnes qu'on avait brûlées vives à Arima étaient regardées par tous ceux de la même religion comme autant de dieux; que tout cela ne pouvait venir que d'un esprit de sédition : que des gens 'de ce caractère étaient infiniment dangereux, et que si l'on ne se pressait d\'n purger l'empire avant que le nombre en

^7)C, i. )•: CHlilSTIAMSMi: Al JAI'ON.

Jiit [>kis grand , on s'exposait à voir arriver de grands malheurs. Fascpngava ajonla, pour forliiior son raisonncmonl , tout ce qu'il crut capable de faire impression sur l'esprit du régent et des principaux seigneurs idolâtres, <'t sut si bien colorer ses impostures, ([u'on vit peu de temps après paraître un fklit du Cubo-Sama, par lequel tous les ouvriers de Ti^vangile étaient chassés du Japon : il y était de plus ordonné que toutes les églises seraient rasées , et Ton y taisait commandement, sous peine de mort, à tous ceux qui avaient embrassé le christianisme , de retourner incessammeni au culte des dieux du pays.

Des ofliciers furent aussitôt envoyés de tous côtés pour faire exécuter ces ordres, et tout ce qu'on put découvrir de missionnaires fut conduit à Nangazaqui pour y être embarqués H la première occasion. L'oflicier qui fut envoyé à Méaco commença par faire publier à son de trompe que ce»i\ qui n'abjureraient pas la religion des Européens seraient brûlés vifs ; et son secrétaire ajouta, apparemment pour se divertir , que les rebelles n'avaient toujours qu'à préparer leurs poteaux. Le lendemain , tous les quartiers de la ville se trouvèrent remplis de poteaux , chat|ue chrélien en ayant dressé devant sa porte autant qu'il en était besoin poiu' toute sa famille; on sut môme qu'un pauvre homme avait vendu son habit , et une femme sa ceinture , pour avoir un poteau. Comme on vit que par les menaces on ne gagnait rien , on eut recours aux prières et à la persuasion , et l'on engagea les parents idolâtres des fidèles à les ramener au culte des dieux par les promesses les plus spécieuses et par toules les raisons que l'amitié leur ferait imaginer. Ceux-ci ne voulaient rien d'abord de leurs parenis ou de leurs amis , sinon qu'ils souffrissent qu'on rayât leurs noms de dessus une lisle où les chrétiens étaient marqués. Quelques-uns y consentirent par ignorance ou par surprise; d'autres, sacliani qu'on avait effacé leurs noms, demeurèi'ent tranquilles; mais le plus grand nombre fut de ceux qii'on trouva inilexibles. Alors l'officier qui avait fond('; toute l'espérance de sa fortune sur le succès de son entreprise, lit ressentir à ces fer-

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venis cliiéliens (uut ce que la bnilalilô J'uii homme furieux est eaptible d'inventer: on exposa les clames les plus qualifiées dans des élals à les couvrir de confusion ; on remarquait parmi ces illustres matrones une |>rincesse, Julie de Tamba, sœm- du roi Jean Naylondono, laquelle, s'élanl exercée dans toutes les pratiques d'un long et saint veuvage , pendant lequel Dieu l'avait éle\ée à une très-sublime contemplation, bénit le Seigneur de lui avoir enlin fait trouver l'occasion , qu'elle désirait depuis tant d'années , de lui donner des preuves de son amour. L'officier ne lit [)ourtanl mourir personne, soif qu'il n'en eût "pas l'ordre , soit qu'il voulût se taire bonneur d'avoir , sans elï'usion de sang", fait changer de religion à une partie des chrétiens.

De Méaco le même officier alla à Ozaca, où , a son arrivée, ayant fait publier (pie le lendemaiîi il ferait main-basse sur tous ceux (pii ne se soumettraient pas aux édits, on lui vint dire de grand matin que plus de trois ceids personnes attendaient dans une place qu'on les fît ntourir, et qu'a leur tète était un jeune prince de la maison d'Arima avec la princesse son épouse, il crut que s'il venait à bout des enfants, le reste obéirait peu à peu ; il en lit enfermer et fouetter cruellement un grand nombre : mais ni ces mauvais traitements , ni la faim qu'on fit soullrir k ces petits innocents , ne fuient capables de les ébratder.

Cependant on transporta plusieurs familles des plus considérables d'Ozaca , de Sacai et de Méaco dans le nord du Japon, soixante et treize seigneurs ou gentilshommes, a la tète desquels était un roi d'Ava , dont je n'ai pu rien découvrir de particulier, et un frère aîné du saint martyr Paul Miki. Ce fut pour l'empire un grand spectacle de voir tant de seigneiu's et de gentilshommes, tout couverts d'or et de soie, menés comme une chaîne de galériens de ville en ville, et condamnés à n'avoir pUis d'autre demeure que les bois et les montagnes , ni d'autre compagnie que les bêtes sauvages. On pourra juger de ce qu'ils eurent à soufirir durant ce voyage par une lettre tpi'im chrétien , (pii les vit à Surunga , écrivit a un jésuite ([ui demeurait déguisé a ()zaca : « Le

vingt-cieiixiènie (le la troisième Itinc ce qui revient iui 30 avril) , j'allai voir les exilés , et je ne saurais vous dire combien leur vue m'inspira de dévotion et de confusion de moimême. Ils l'ont leurs prières tous eui^emble, et ils ne manquent pas un seul jour de l'aire en commun une heure d'oraison -, ils ont l'ormé entre eux une (;s[)èce de république , et chacun a son emploi et son ot'lice marqué. En arrivant ici, ils couchèrent la première nuit sur la terre nue, dans un grand magasin où on les entérina sous ciel"; la nuit suivante, ou leur donna à chacun une natte. La nourriture répondait à la manière dont ils étaient couchés; mais ils se consolaient eu s'entrelenant continuellement des soutVrances des saints martyrs. Un jour, nn des ofticiers qui les conduisaient leur avoua qu'il n'avait accepté son emploi qu'avec bien de la répugnance , sachant qu'ils étaient tous vieux guerriers et en réputation de bravoure; mais qu'il reconnaissait qu'il n'y avait rien à t raindre de gens qui ont plus d'envie de sonIVrir (pi'on en a de les maltraiter; que leur conduite prouvait invinciblement la vérité de leur religion, et que, si les temps devenaient plus l'avorables, il ne tarderait pas à l'embrasser. »

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