CHAPITRE XXI
Exil de plusieurs pimces. Lettres de deux de ces princes. — Martyre de deux chrétiens par le feu. lue femme est exécutée par le glaive. — Punition du lo d'Ânma. — Les missionnaires sont expulsés et transportés aux iles Philippines. — .Mort d'L'condono.
L> aulre édit, qui lut porté dans le iiièine temps et exécuté avec la dernière rigueur, priva l'Eglise du Japon de presque loul ce qui lui restait de personnes de la haute noblesse ; il portail que Juste Lcondono, le roi de Tamba, le prince Thomas, son lils, la princesse Julie, sa sœur, toutes leurs familles, Thomas L'quinda, un des plus grands sei- * gneurs du rovaume de Bugen , et beaucoup d'autres personnes , seraient menés à .Méaco , et livrés par le gouveneur de cette ville au gouverneur de Xangazaqui, pour être ensuite embarqués et transportés hors des terres de Tempire. Depuis les dernières années du règne de Tayco-Sama, Ucondono avait mené une vie tranquille auprès du roi de Canga, son ami, et ne s'était point du tout voulu mêler des alîaires de l'état : sa famille était composée de la princesse Juste , sa femme , de c'nu\ petits princes , dont le plus âgé n'avait que seize ans, et d'une fille, mariée à un grand seigneur du royaume de Canga et très-fervent chrétien.
Jean Xaytondono, roi de Tandja, avait été dépouillé de son royaume par Xobunanga, apparemment lorsqu'il suivit le parti du malheureux Cubo-Sama m, sur lequel Nobunanga usurpa renj[»irc,et il s'était retiré dans le Fingo a\ec le
prince Thomas, son (ils, qui passait pour un des plus braves cavaliers du Japon ; ils y vivaient en grands seigneurs, et y honoraient la religion par une vertu vraiment héroï'jiu; et toujours soutenue. Ils sui\ii'ent à la guerre de Corée le eélèbre Tsucaniidono, roi de Fingo, et eomhaltirent loujoiu^f' sous sa bannière en (pialité de simples volontaires. Ou [iroposa à .Xaytondono d'aller à la cour de Chine , en cpialité de plénipotentiaire de Tayco-Sama, pour y traiter de la paix, il répondit qu'il y consentait dans l'espérance qu'il ferait connaître Jésus-Christ à l'empereur chinois et aux grands de ce vaste empire. Les relations n'eu disent pas davantjge sur cette négociation. Le roi Tsucaniidono étant mort, et Can- /iugédomo, son successeur, ayant allumé le l'eu de la persécution dans toutes les parties de ses états, on ne peut dire de quel secours le roi et le priuci.' de Tamba lurent a cette chrétienté persécutée , pour la niaintenii' dans sa première ferveur. Canzugédono osa bien U^s tiicnacer; mais il trouva qu'il avait atVaire à des princes que rien n'était capable d'ébranler, et à qui on ne pouvait faire un plus grand plaisit que de les pousser à bout. « La persécution va toujour.s croissant, écrivait le saint roi au P. Pasio, et nous sommes en fort grand nombre disposés à donner noire sang pour la cause de Dieu. Quant à moi, je crois que ceci ne liuira pas si tôt , et je pense (pie le Seigneur veut que nous ayons ([uelque occasion de soutVrir pour son saint nom : si cela arrive, nous aurons la consolation de marcher sur les pas de ces anciens martyrs , qui ont fait la gloire de l'Lglise et qui l'ont cimentée de leur sang. Pliez pour nous , mou cher Père, alin que nous persévérions jusqu'au bout. Qui l'eut cru que notre chère patrie dût être assez lieureuse pour donner des martyrs à Jésus-Christ, et (pie de misérables p(jcheurs comme nous dussions entrer les premiers dans la lice! Cette seule pensée me remplit d'une allégresse extrême, et me fait verser des larmes en abondance dans le souvenir des bontés iueti'ables de Dieu à mon égard. »
Le bruit de cette nouvelle proscription d'Ucoudouo et de la maison royale de Tamba, surprit bien du monde; m;ris
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In joie avec lai|ucllc ais princes quilUiicul leurra grands éUihlisseinents , iréloium (Hit.' ceux (|in rie les connaissaient point , et qui ue savaient |)as ce (jue c'était (lue les chrétien!'. Le roi de Buiieii , Jecumlono , disait un jour (ju'l condono ne lui avait jamais paru plus ^raud que dans les deux oeca- ^iotis où il ;i\ait tout sacrifié à. sa religion : il lui écrivit môme une lellre dans laquelle il ue semblail phiindre <[ue 1(.' régent, qui se perdait d'hoiuienr eu traitant de la sorte une personne de ce mérite, il ajoutait à la louange des missionnaires bien des choses (pii l'aisaienl voir qu^il était entièienient revenu en leur faveur.
Cependant ttiule la troupe des conî'esseurs de Jésus-Christ ;<'éianl réunie, ils marchèrent vers Méaco : ils étaient à pied = (;t la saison était très-rude; les princes allaient l(!S premiers pour reconnaître les chemins et découvrir les précipices que Il neige leurcacha.il. L<; gomerneur de Méaco, apprenant qu'ils étaient à Sacomoto, el a|)|iréheudaut in»e émeute de? < hrétiens de la capitale, leur en\o\a dire de n'aller pas plus loin , et d'attendre dans ce hourg les ordres du régent : il s'y rendit lui-même eu diligence , el conmieuea par leur déclarer qu'il était encore temps de se garantir des mal- I:eu!"s qui les menaeaient ; (pi'ils se consultassent et qu'ils lépondissent nettement s'ils ne voulaient pas adorer les dieux (ie l'empire, [^es piinces , les regardant de travers, lui demandèrent s'il savait bien à qui il taisait une pareille propo- : ition : le gouxeineiir [)arul interdit, et se retira. Au bout de trente jours, l'ordre arriva de les envoyer tous à ^»angazaqui : on oITrit aux femmes de les laisser à Méaco ; mais il n'y en eut pas une (]ui accepta cette offre, et tontes pai'tirent avec leurs pères et leurs maris. On assure que, quelques jours après leur départ, un com-rier de l'empereui' arriva à Sacomoto avec un ordre secret de proposer à l condono de s'aller enfermer dans Ozaca ; car Fidéïory s'eimuyail fort de sa longue minorité, qui dégéiiérait tous les jours de jdus en plus en esclavage, el il se promettait qu'ayant Lcondono à son service, il ne lui serait pas difficile de ranger son tuteur à la raison. .Mais le courrier arriva trop lard, et l'empereur
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manqua son coup : d'ailleurs, il n'y a nulle apparence qu^Ucondono eùl nouIu s'enga|^er dans une guerre de celte nature; de[>uis plus de xingl ans , il ne pouvait plus goûter que les allaii'es de son salut, et le lilsd'un usurpateur irélant guère un prince plus légitime (prun autre usurpateur, il y y bien sujet de croire qu'il les eùl laissés vider entre eux leur querelle. (Ji'^i ^Iii i' t'u ^♦^'t , l^'s exilés lurent reçus a Mangazatpii , où le culte chrétien était encore assez toléré, avec toute la magnilicence et la solennité doiit les tidèles de celte grande ville [>urenl s'aviser , et l'on peut dire tpie le séjour (pi'ils lirenl parmi ces chrétiens ne servit pas peu à leur inspirer ce courage et cette constance (jui a produit tant de héros. Poin* donner à juger ijuels hommes c'étaient que ces illustres hannis, je rapporterai deux lettres (pu nous sont restées du prince Thomas de Tatnha : il écrivit la prennère aux chrétiens de Cumamoto tandis qu'il était enfermé dans une forteresse du Fingo, où Ton mettait sa constance à toutes sortes d'é})reuves. On ne peut la lii'c sans se représeiiter un S. Paul dans les fers écrivant aux premiers liilèles.
a J'eus bien du chagrin, mes très-chers frères, lorsque j'appris que la persécution avait fait quelques infidèles; ujais la fidélité du plus grand nombre me consola. Oh I que j'aurais de joie d'être parmi eux s'ils ont le bonheur de mourir martyrs ! Je baiseiais le sang qu'ils verseraient pour Jésus- Christ, et je les prierais de demander au divin Sauveur la même grâce pour moi. Je vous fais à tous cette prière , mes très-chers frères, et c'est avec d'autant plus de confiance que je reconnais (dus visiblement mon indignité. Je suis ravi que ces généreux confesseurs aient quitté toutes leurs possessions ; mais je n'en suis point surpris : se peut-il trouver des hommes assez insensés pour préférer à un Dieu de vaines richesses î Que ceux qui nous en dépouillent nous rendent un grand service ! car eidin que nous ôtent-ils que nous ne devions quitter un jour? et n'est-il pas certain que ce sont ces biens périssables qui sont le plus grand obstacle à notie salut? Je regarde ceux qui sacrifient leurs trésors temporels à l'acquisition des éternels, comme de sages usuriers, les-
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quels ilounenUle i;i btxie pour de Toi' : aulrcl'uis je lâchais (f exLMcei" ce salutaire Iratic eu lu'occupunl tout eutiei de la prière et de la rréijueulaliou des sacietneuls , ?uais cela ne sultisail pas, el je j:à(ais ukmuc IouI par uia tiédeur : auiourd'hui , i'espèie su|)pl('('r a ce défaut par le inarlyi'e. Ou dil i|ue vous ii'èles pas assiv, l'erveuls pour uiéi'iler (pj(! Dieu accepte le sacrilice de votre Nie; ipie sera-ce doiic de UJoi "pii suis bien plus làclie que vous tous ! J'ai pourtant u\\ secret presseulinieut (jue Dieu ne rejettera pas mes désirs, et que je serai niaityr.
» Ce n\'st pas à moi à vous domier des avis; mais je vous conjure , comme mes frères et nos cliers tils en la foi , de metlie sous les [tieds tout ce «pii est terrestre : vous pouvez vous souvenir de ce (jue nous avons souvent dit dans nos coiilérences , (pie, de négliger les biens du ciel pour courir a[irès ceux de la terre, c'est renverser l'ordre natuiel des choses ; or l'homme sage , encore plus le chrétien , est amateur de l'ordre. Songez aussi (pie nous voici au temps de l'épreuve : c'est a coiq)S de ciseau que d'une pierre' brute on lait une pierre propre à bàlir ; c'est par le feu et par le moyen du marteau qu'on donne au fer la forme qui lui C(jnvient : Jésus-Christ, pour construire l'édifice spirituel de son tglise, en a usé delà même manière; c'est par le feu des tribulations cpi'il a éprouvé et sanctifié ceux cpi'il a voulu y faire servir de base et de fondement. >Joulrons-nous dignes, mes chers frères, d'être de ce nombre : Dieu n'aurait point permis (jue nous fassions attaqués s'il n'avait dessein de nous couronner. Quant à moi , on ne peut avoir plus d'assaut à essuyer que j'en ai eu depuis que je suis ici : on me représentait ma jeunesse , ma naissance , mes services, ce que je devais à mes enfants, les allVeux périls aux(piels je m'exposais; jugez si, n'ayant personne a\ec moi [)our m'animer et pour me fortifier , je n'ai pas eu besoin d'une protection toute particulière du Ciel 1 Knfin , depuis quelque temps on me laisse plus en repos , et je vois bien qu'ils désespèrent tous de me vaincre ; aussi celui (jue Dieu secourt si puissamment est-il invincible. Mais ce n'est pas assez d'être
sorti une on deux fois victorieux du L'oinbat ; la récompense n'est donnée <|tr;'i celui <jui piusévérera jiisnu'à la tin : ne >oiis lassez point de demander [►our vous et pour moi cette sainte persévérance. »
La seconde lettre du prince de Taml)a , n'est pas moins édiliante (pie la première ; elle est adressée au provincial des Jésuites :
K J'ai reçu de votre paternité plusieurs lettres remplies d'une sagesse toide divine, et nous en avons tous été mer- >ei!lensement animés à la constance, (iraces intinies soient rendues au Souverain du ciel et de la terre ! Rien jusqu'ici n'a été capable d'ébranler ma loi ; c'est du meilleur de mon cœur (]ue je lais à mon Dieu le sacrifice de mes biens , de ma t'enime, de mes (îni'ants , de ma vie : je reconnais même avec sincérité tpie ce sacritice <|ue je l'aisde tout ce que je suis et de tout ce que je possède, est l'un^raye de la grâce beaucoup plus que le mien ; et , bien loin de vouloir que le Seigneur m'en sacbe aucun gré , je lui en suis obligé connue d'une des plus grandes faveurs que j'aie reçues de sa libéralité. Quelle langue, mon cher père, peut exprimer, quelle imagination peut se représenter une si excessive miséricorde envers de misérables créatures comme nous, et smlout envers moi,(pii l'ai otVensé de tant de manières, et (pii l'ofTense encore dans le tenq.«s même qu'il me piodigue ses biens ! Il va long-temps que , faisant réflexion sur la multitude de nies péchés, je me disais à moi-même (pi'il n'est presque pas possible «pie je sois sauvé, si ce n'est par la voie du martyre, drace au Dieu éternel , m'y voici dans cette voie, la |>lus sûre pour albir au ciel , et depuis tant d'année? l'objet de tous mes vojux ! Je vous conjure, mon très-cher père, au nom de notre commun Roi et Seigneur, enseignezmoi ce que je dois faire pour me préparer comme il faut au combat ; aidez-moi encore à le remercier d'une grâce dont la seule pensée me tire les larmes des yeux ; c'est de m'a voir délivré des embarras et des écueils de la cour : (piand la perte de mes biens, ne me procurerait que ce seul avantage, je serai assez récompensé. Il ne faut ipi'avoir été quelque
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Ifinps commo moi à la cour do Siirniiga, pour roooiinaîtiP tjiie ju.^f|ne dans Irs iVrs ou csl plus librequ'auprès des grands lie la terre. »
Voilà quels élaient les senlinieuls d'un priuee élevt' dans les armes, à la vigiKMir de Tàge , chargé d'une nondirense lamille, d'une l)ravour(^ et d'ini mérile à pri'lendre aux |)lus grands honneurs.
Le Cuho-Sama ayant, par de si ofrands ('t-lals , montré qu'il ne voidait (dus rien mt'uager avce les i-hré-tiens, les prinee? idolâtres crurent pouvoir donner une lihre carrière à l'animosiié qu'ils avaient conçue contre; le christianisme ; toutefois Taydono, roi d' \(]ui et de Bungo, et seigneur de Firoxima , lil alors <piel(pies actions qui firent connaître tjiie la politique avait plus de part à son procédé qu'une vérilahie haine couhe la religion : ce prince avail à sa cour un gentilhomme qu'il aimait , et (pi'il espéra d'abord engagei' j>ar doticeui- à dis^iuuder du moins sa religion ; il le combla de caresses, et lui lil les promesses les plus séduisantes; mais ce hd inutilement, r.uliii , il (,'ul lecouis à ce stratagème : Il lui fit dire (pi'il eût à envoyer le plus jcime de ses deux eni'anis pour élie contraint par la rigueur des supplice? à obéir aux édits. Quelqiu; temps aprè'S, on lui demanda son aîné, el puis sa leuuiie; on lui déclara ensuite (pae tous avaienl porté la peine de leur opiniâtreté , et qu'il était temps qu'il pen.sàt sérieusement à lui-même. Cette nouvelle, bien loin de l'intimider , ne lit qu'augmenter l'impatience iju'il avait d'aller au ciel , où il espérait rejoindre sa lamille : il se rendit au palais dans ces sentiments; mais il fut bien étonné de n'y riîcevoir que des louanges, et d'y retrouver .^a feniBie et ses enfants, (pii , ayant témoigné une fermeté égale à la sienne , n'avaient reçu (pie des traitements dignes de leur vertu.
Un aulre courtisan ne fit pas moins paraître de constance, et n'éprouva |ias de moindres eOéts de l'équité du prince. H y avait long-temps que Taydonol'exhorlail à changer de religion : un jour il lui lit dire qu'il irait dans peu le trouver, et qu'il songeât à le satisfaire sur ce qu'il savait
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ipfil souhaitait <J(' lui. \a' chrétien déclara (juc sa rcponsp était loiilp prête : dès qu'il lut averti que le roi venait, il se mit à Tentrée de sa maison , seul , sans armes , et, du plus loin (pTil aperçut le princi', il si- jeta à ses genoux en s'écrianl : « Seigneur, je suis chrétien , je V(!u\ vi\re cl mourir chrétien ; vous êtes le maître de m<'S hiens et de ma vie , mais vous n'avez auiuu pouvoir siu' ma religion. » Te gentilhomme avait un lils âgé de neuf ans : ccl enl'anl n'eut pa ? plus tôt aperçu son père dans la posture (|ue j'ai dit, ipi'il vint le rejoindre en criant (h; toute sa l'oice (pTil élail aussi chrétien. Ce spectacle, (pii commençait à allendrir U- mond(% devint encore hien plus touchant par la vue de la mère et de la femme de ce fervent chrétien , ipii courun-nt si^ jeter aux pieds du prince, et faire la mèuu! protestation. Taylonii, tpii s'était heaucoup contraint , ne put alors rtdenii- s»\^ larmes; il les releva tous avec hofité, leur donna mille 1(^rnoignages d'estime, et se retira, linlin ce prince, trouvant partout dans ses pi'incipanv officiers la même résistance auv volontés du régent, prit le parti de les laisser en repos; il dit même un jour (pt'il s'estimait heureux d'avoir à son service de si bi'aves gens.
t jMix qui commandaient poui' Taydono dans le Bungo , v tirent cependant quelques martyrs. Une femme de condition, nommée Maxence, y tit surtout admirer son courage. Après qu'elle eut soulVert avec son mari et son beau -hère hien des tourments et hien des aflronls, les d(Hix frères ayant été condamnés au feu, on la n'ena la corde au cou pour assister au supplice, afin de voir si l'horreur de ce genre de mort ne rintimiderait point; mais tout le contraiie arriva. Maxence ncî put voir les deux martyrs chanter au milieu des llanmies les louanges du Seigneur, sans se sentir émue juscpi'au fond de l'àme , et il fallut la retenir de force pour Tempêcher d'aller embrasser ces illustres martyrs mourants à travers les brasiers ardents qui les consmnaient. Après (ju'ils eurent expiré, comme on vouhd encore h'uter sa conscience, pour toidc; réponse, elle se lit un bandeau de ses cheveux , se jeta à genoux aux pieds des soldats qui la
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conduisaient, et leur j>i('s(Mila ?a ItMo , (jui lui coniuc dans linstanl. On réduisit les trois corps en cendres; mais, à la faveur des trois brillantes étoiles (jui parurent la nuit sur le lieu de l'exécution, les fidèles recueillirent (|uelr|ues ossements (jui avaient échaj)|)é aux gardes. Ce ne fut pas le seid prodige tpie Oieii opéra pour alVermir la foi de ces chn'tiens persécuté'S : pliisiiurs eurent des avertissements du Ciel pour se préparer au martyre; d'aidres , après avoir été décapités , furent entendus prononçant distinctement à diverses fois les noms sa( n'S de Jésus et de Marie; quelquesuns furent honorés du don de prophétie. Le feu roi d'Arinia en mourant avait prc'dit bien des choses touchant la persévérance ou rintidf'lilé de ses sujets, et révènement vérifia en tout sa prédiction ; mais la plus grande merveille était de voir dan? des iK'ophytes celte ardeur de mourir et cette feimelé au milieu des supplices.
Le roi dWrima continuait la j)erséculion ; mais entin , après av(^ir fait moiuir et dépouillé de lems biens les |»remiers de la cour , il désespéra de \enir à bout de son entreprise. Alors Dieu permit (|u'il commençât à se faire justice à Ini-méme de tant d'excès abominables, dans lesquels il s'était laissé entraîner : il écrivit au rc'gent (|u'il ne pouvait S(^ résoudre à ^ivre, le reste de ses jours, parnn les ennemis irré<'onciliables des dieux de l'empire , et (pi'il le [)riait de le transférera un autre royaume. Il ne iloulail pas que son alliance avec ce prince et son zèle pour les camis et les foto- (pies, ne lui fissent obtenir un des plus beaux royaumes du Japon : mais il se trompa; le sien fut donné à Fascengava , qui, par là, se vil de simple artisan devenule plus puissant d<' l'empire, après la famille du (àd)o-Sama. Suchendono n'eut en dédommagement que le Fiunga , petit état , si on le compare à ce fpi'il perdait : il l'accepta néanmoins, dans la crainte de n'avoir rien du tout. Il s'embarqua peu de temps après avec tous ses trésors , dont une partie périt sur mei-. On ditcpj'il sentit bi(Mi alors (pu; Dieu le frappait ; mais on ti'ajoute point rpi'il se soit converti, et s'il reconnut qu'il était pécheur, il y a ajiparence que ce fut comme Caïn
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et comme Saiil, pour commencer dès celle vie son enfer. Sur ces enlrel'aites, im navire |»oiiiigais étant entré dans le port de Xangazaqni, le capitaine' crut qu'en faisant quelque présent au Cubo-Sama il ohtiendiail la graci' des exilés: mais Fascengava fit manquer le coiq) , et le :25 octohie tous ceux qui devaient sortir du Japon eurent ordre de se tenir prêts à s'emliar([uer. i.e roi de Tamba et IJcondono avec leurs familles s'y étaient disposés par les exercices spirituels de S. Ignace et par quantité de bomies œuvres , (pii laissèrent dans Tesprit des lidèles une grande idée de leur vertu : pour les missionnaires , se voyant stu' le point d'abandonner leui troupeau , et ne jiouvaid sortir de iNanga/aqui , où ils étaient gardés à vue, tout ce qu'ils purent l'aire ce lut de prendre des mesiu'cs pour retourner au .lapon dès Tannée suivante, comme ils lirent la plupart, déguisés en mille manières différentes ; il y en etd même près de trente de la compagnie de Jc'sus et (piebpies-uns des nidres ordres, qui écbappèrent <à la recherche des commissaires, et qu'on ne put trouver pour les conduire à Nangazaqui. D'un autre cùté, les chrétiens de cette grande ville, par ini zèle un peu iurlisrret, ne coutribuèreni pas pcMi à presser l'embarcpiement de « eux dont ils auraient voulu empêcher le départ , au prix de- tout ce qu'ils possédaient; car, sans faire r(''llt>xion ((u'on examinait toutes leurs démarches , et que le moindre soupçon suffisait pour les rendre criminels, ils tinrent de fré- (juentes assemblées pour déhbérer sur h'S moyens de conserver la religion , tirent des ]»roc<>ssions générales poiu' apaiser la colère du Ciel, et dressèrent des règlements où la prudence ne fut pas toujom^s consultée. Fascengava , cpron avait soin d'informer de loid, n'eid garde de se taire sur une conduite si peu fage ; il dépeignit au régent Nangazaqui comme une ville dont les chrétiens étaient absolument les maîtres , et où ils se trouvaient en état de tout entreprendre. Le régent prit feu à ce récit , et sur l'heure l'ordre hd donné d'embarquer sans délai tous ceux contre qui l'édit deltannissement avait été porté : cet ordre leur hd signifié , comme je l'ai déjà dit , le 25 octobre , et le 27 on les conduisit loiis sm^
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le bord du rivage, où , en attendant rembar([iiemenl, on les logea dans de méchantes cabanes de jonc. Le P. Diego de Me^qnita, y étant tombé malade , on demanda permission de le porter à la ville pour y être traité; mais elle fut refusée , et ce missionnaire mourut là sans aucun secours, mais dans des transports de joie qui, ne pouvant venir que de TEsprit t'onsolateur , furenl legardés comme un avant -goût du bonheur qui l'attendait dans le ciel. Nous ne savons rien de particulier de la vie de ce religieux , sinon qu'il fut le conducteur de l'ambassade de Rome ; mais les relations du Japon n'en parlent jamais que comme d'un des ouvriers de cette Rglise qui y avaient rendu les plus grands services.
(Je qni relaidait le départ des confesseurs de Jésus-Christ, c'est qu'il ne se trouvait point assfz de bàtinnaits pourtant de monde; enthi on les obligea de monter trois jonques delà Chine assez mal équipées. Le roi de Tamba et Ucondono avec toutes leurs suites, tous les religieux auguslins, dominicains, franciscains et vingt-trois Jésuites s'embarquèrent sur un de ces bâtiments , et jtrirenl la route des Philippines; soixante et treize Jésuites et beaucoiq» de Japonais sur les deux autres navires, tournèrent du coté de Macao, où ils arrivèrent heureusement en peu de jours. Les Portugais auraient fort soidiaité f(ue Us princes eussejit choisi leur ville pour le lieu de leur retraite: mais, quelque envie qu'ils en eussent, ils convinrent eux-mêmes que cela n'était pas à propos. Macao avait de grands ménagements à garder avec l'empereur de la Chine, et ce prince n'eût pas volontiers vu à la porte de ses états tant de braves Japonais , et surtout ce fameux Ucondono , qui passait pour le plus grand capitaine qu'eût alors le Japon , et dont le Cubo-Sarna disait hautement qu'il valait lui seul dans une armée plus de vingt mille hommes.
11 s'en fallut bien au reste que le vaisseau qui avait fait voile du côté des Philippines eût le vent aussi favorable et la mer aussi tranquille que ceux qui étaient allés à Macao. Il ne peut guère y avoir de voyage plus traversé que le fut celui
des premiers: d'ailleurs ils manquaient, de bien des choses ; en un mol , il y eut dans tout le cours de cette longue et périlleuse navigation, de quoi contenter les cœurs les plus avides de souffrances : quatre Jésuites moururent, et lorsqu'on eutmis à terre pour leur rendre les derniers devoirs, quelques Castillans en prirent occasion de faire savoir à Manille de leurs nouvelles. Entin toute la troupe parut à la vue de cette capitale des Philippines, où on les attendait avec impatience : dès que le gouverneur, don Juan de Sylva, en fut averti , il tit partir un officier de marque sur une magnifique galère pour aller prendre les princes le plus loin qu'il serait possible. Dans le même temps tout le canon des vaisseaux qui étaient à l'ancre et celui de la place tirent leurs décharges-, le gouverneur recul les princes et les princesses sur le rivage, suivi du conseil, des officiers royaux, d'un peuple infini et la garnison sous les armes : après les premiers embrassements, où il y eut départ et d'autre bien des pleurs répandus, on alla en cérémonie à la cathédiale au bruit des acclamations du peuple.
Le lendemain , après les visites du gouverneur et de Tarchevêque , les princes allèrent dans les carrosses du gouverneur visiter les religieuK de Manille , et furent reçus partout au sou des cloches et processionnellement. On fit aux autres exilés toutes sortes de bons accueils , et de plus de mille qu'ils étaient il n'y en eut pas un qui ne fut défrayé avec une espèce de profusion aux frais du roi. Don Juan de Sylva fît, au nom de sa majesté catholique, offre aux princes de tout ce qui serait le plus à leur c/invenance; mais Ucondono répondit au nom de tous qu'ils ne voulaient pas reprendre ce qu'ils avaient quitté pour Dieu ; qu'ils regardaient la pauvreté à laquelle ils se voyaient réduits comme leur gloire; qu'ils ne ihangeraient pas leur exil pour tous les empires du monde , et qu'ils voulaient vivre et mourir en exilés, afin que, n'ayant jamais rien fait pour le service du roi d'Espagne , il n'était pas juste qu'ils possédassent ce qui devait être la récompense de ceux qui auraient bien servi leur prince. Tous les autres exilés auxquels on fil les mêmes