CHAPITRE XX
offres marqiièrenl lo mémo désinléressemfint , ce qui fut pour les Espagnols d'un grand exemple.
Il n'y avait guère qn'itn mois que les confesseurs de Jésus-' Christ étaient à Manille, lorsque la joie publique, qui durait encore , fui enfin troublée par la maladie d'Ucondono. Ce grand homme fut d'abord saisi d'une fièvre continue, qui en peu de jours fil désespérer de sa vie: dès qu'il sut 1»; danger on il était, il fit appeler son confesseur, et , après lui avoir témoigné la joie qu'il avait de mourir exilé pour Jésus- Chrisl, il lui ajouta: « Je ne recommande ma famille à personne : ils ont l'honneur aussi bien que moi d'être proscrits pour la foi ; cela peut suffire. « 11 parla de la même manière à sa femme et à ses enfants : « Quelle comparaison , leur dit-il , du service des hommes au service de Dieu ! J'ai, toute ma vie et dès l'enfance la plus tendre, fait la guerre pour le service des empereurs, j'ai blanchi sous le casque, j'ai plus souvent endossé la cuirasse qne je n'ai vêtu la robe de soie ; mon épée n'est pas demeurée dans le fourreau, tant qu'il y a eu occasion de la tirer : (piel a été le fruit de tant de travaux ? vous le voyez. Mais au défaut des hommes , Dieu ne m'a pas manqué ; dans le tem[»s de ma haute élévation, me suis-je vu plus honoré et dans une plus grande abondance que je suis ici ? Et ([u'est-ce encore que cette prospérité passagère au prix de ce qui nous attend dans l'éternité! Que je ne voie donc point couler de larmes, si ce n'est de joie : il y a plus de raison de me féliciter que de me plaindre; et moi-même je ne saurais vous plaindre, vous laissant à la garde d'un Dieu dont la bonté n'a point de bornes, y> Le malade fit ensuite son lestamenl , qui fut comme celui du saint homme Tobie ; aussi n'avait-il comme cet autre chef d'une famille exilée que des vertus et de grands exemples à laisser à ses enfants, fl conclut tout ce qu'il avait à leur dire par déclarer qu'il désavouait dès à présent pour être de sa race , quiconque dans la suite se démentirait de la fidélité qu'il devait à Dieu. Il mourut dans ces sentiments le 5 février l6io, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise avec une piété et dans des transports de
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ramoui divin, qui donnèrent à connaîlie jusqu'à quel point le feu de la charité embiasait son cœur.
Sa mort, qui fut annoncée parle son de toutes les cloches de la ville , mit en deuil les grands et les petits : il semblait que chaque particulier eût perdu son père, et Ton n'entendait de tous côtés que des gens qui disaient en gémissant : Est-il possible que le saint soit mort ! Ah ! nous ne méritons pas de le posséder ! Le gouverneur surtout [)araissail inconsolable. Pour charmer un peu sa douleur, il s'appliqua à faire à cet illustre défunt les plus magnifiques obsèques qu'il put imaginer : on l'exposa d'abord dans une grande salle sur un lit de parade , où le commissaire du saint office , suivi de tous les religieux de la ville, vint lui baiser les mains : le peuple y courut ensuite en fouie, et il n'y eut personne qui ne voulût lui baiser les pieds. Le jour marqué pour les obsèques étant venu , le gouverneur el les auditeurs du roi levèrent le corps et le portèrent jusqu'à la rue , où ils le livrèrent aux confrères d<^ la miséricorde , parce qu'lJcondono avait été de cette société à Méaco et à Nangazaqui. En approchant de l'église du collège , qui était toute tendue de soie et ornée d'emblèmes et de devises, le coumiissaire du saint office et les supérieurs des religieux reçurent le corps , et le portèrent sur leurs épaules jusqu'au grand autel , devant lequel il lut placé comme confesseur de Jésus-Christ. Ce fut le chapitre de la cathédrale qui lit le service, et le recteur du collège prononça l'orai.son funèbre. Quand il bit quesh'on du le mettre en terre, le clergé ne voulut point souffrir qu'aucun laïque y mît la main , et ce furent les chanoines qui lui rendirent ce dernier devoir. On lui fit ensuite dans la cathédrale et dans toutes les communautés des services solennels: les PP. Augustins en fireni nu second au collège des Jésuites, et partout on prononça l'éloge du défunt. On ne pouvait se lasser d'entendre parler de ce grand homme, et pour contenter la piété des tidèles , il fallut imprimer tout ce qu'on put recueillir des actions de sa vie.