CHAPITRE XXII
Missionnaires déguisés en matelots et en marchands. — Persécution. Supplices. Variété des tourments. Héroïsme des chrétiens.
Tandis que les Philippines et Macao profitaient avec joie de ce que le Japon rejetait, sans en connaître le prix, les ennemis du nom chrétien , se répandant de tous côtés dans les provinces de l'empire, allaient démolissant les maisons des missionnaires, renversant les églises et profanant les autels : m.ais , comme malgré les soins de Fascengava, il était resté au Japon un assez bon nombre d'excellents ouvriers , qu'il continuait à en arriver de nouveaux , soit d'Europe , soit des Indes , et qu'une bonne partie de ceux qui en étaient sortis avec l'habit de leur ordie , ne tardèrent pas à y retourner déguisés en marchands , en soldats , en matelots et en esclaves , on peut dire que jamais les fidèles Japonais ne furent moins destitués de secours spirituels, que les six ou sept premières années qui suivirent le bannissement de leurs prédicateurs.
Cependant le nouveau roi d'x\rima voulut avoir l'honneur de commencer la luine du christianisme , par la réduction des peuples qui lui étaient soumis , et il s'y prit de nmnière à faire croire qu'il aimait mieux n'avoir point de sujets, que d'en avoir qui fussent chrétiens. Dix mille hommes bien armés, divisés en trois corps , dont Fascengava commandait le principal, entrèrent en même temps dans le pays par trois différents endroits ; dès ipTils arrivaient dans une ville, les com-
2d4 le christianisme AU JAPON.
inis?aires royniix ^e faisaient dresser des tribsinaux dans les places pLibliL|iies ; on y citait les chrétiens les plus connus. L'appareil des supplices était capable d'intimider les plus hardis, mais rien n'ébranlait des gens qui comptaient les occasions de soutiVir parmi les événements les plus lieureux de leur vie. On passa donc des menaces à l'exécution; les tribunaux des commissaires étaient au milieu d'un grand espace palissade; à mesure qu'on appelait les chrétiens par leur nom, on les faisait entrer, on les prenait avec des crochets de fer par les oreilles, on les traînait par les cheveux, on les jetait par terre, on les foulait aux pieds , enlin on déchargeait sur eux de si cruelles bastonnades, que plusieurs en demeurèrent demi-morts : ce qui irritait les juges et les bourreaux , c'est que ces généreux chrétiens ne paraissaient pas sensibles à leurs coups , et que ceux qui étaient dans l'attente d'un pareil traitement, faisaient tout retentir de leurs chants d'allégresse et des louanges qu'ils dotmaient au Dieu des chrétiens. Parmi les divers supplices qu'on mit en usage pour ébranler ces invincibles soldats de Jésus-Christ, un des principaux , et celui auquel on s'attacha le plus, fut de leur fracasser les jambes entre deux pièces de bois. Tous demeurant constants, on en fit mourir quelques-uns dont les corps, hachés en pièces , et les tètes exposées sur le haut des palissades, furent laissées poiu' servir de pâture aux oiseaux du ciel. On choisit aussi les plus apparents , et après leur avoir mis des bâillons à la bouche pour les empêcher de parler, on publia qu'ils avaient renoncé la foi, et on les renvoya; mais ils eurent dans la suite grand soin de désabuser le public de cette prétendue apostasie qu'on leur imputait faussement. Les relations font surtout mention de deux frères, nommés Pierre et Louis Goto, qui, publiant partout qu'ils n'adoreraient jamais d'autre Dieu que celui des chrétiens, furent une seconde fois arrêtés, et comme ils persistèrent à confesser Jésus-Christ , ils eurent la tète tranchée.
Fascengava avait choisi son poste au port de Cochinotzu ; ce fut là qu'on porta les ]>lus grands coups , et que la vertu