CHAPITRE H
de prendre la fuile. Il fut près de deux ans à errer sur ces mers , les vents contraires et ses irrésolutions l'arrêtant tantôt dans un port tantôt dans un autre. Enfin Dieu, qui en voulait faire le chef des prédestinés de sa nation , permit qu'étant sur le. point de prendre terre au Japon , une tempête, après l'avoir mis en danger de périr, le repoussa au port de la Chine , d'où il était parti. 11 y rencontra Alvare Vaz,qui s'en retournait aux Indes. Ce marchand lui reprocha doucement son inconstance, le prit sur son vaisseau , et le ramena à Malaca , oi^i le P. Xavier était de retour des Moluques.
(loiS) Dès la première fois qu'Anger vit le Saint, il en fut charmé, et l'homme de Dieu, en l'embrassant, lui dit que pour obtenir ce qu'il souhaitait, il fallait rendre au Souverain du ciel et de la terre les hommages qui lui sont dus. Anger demanda qu'on l'instruisît au plus tôt des vérités chrétiennes ; il savait déjà un peu de portugais, et dans ses courses, les marchands de cette nation qu'il avait fréquentés lui avaient donné quelque connaissance de nos mystères. Le P. Xavier quitta tout pour achever de l'instruire ; mais une affaire de conséquence l'ayant appelé à la côte de la Pescherie , il prit le dessein d'envoyer son prosélyte et deux serviteurs qui l'avaient suivi au séminaire de Goa.
De la manière dont ils entrèrent d'abord dans toutes les pratiques qui étaient en usage dans cette sainte maison , d'oii sont sortis depuis presque tous les apôtres et une bonne partie des martyrs du nouveau monde , on s'aperçut bientôt que ce n'étaient point là des Indiens ni des barbares , et le P.Xavier, s'étant rendu au bout de quelques mois à Goa, fut extrêmement surpris des progrès qu'ils avaientfaits.il ne laissa pourtant pas de différer encore leur baptême, quoiqu'ils le demandassent avec les dernières instances ; le Saint jugea même à propos que Gôme de Torrez , qui venait de se déterminer à «[uilter le grand vicariat de Goa , pour entrer dans la compagnie de Jésus , recommençât à les instruire de nonveau. 11 avait remarqué, dans ce nouvel ouvrier, un des
plus grands esprits et des plus savants hommes de son siècle, des qualités fort propres i.\ la mission du Japon qu'il méditait dès lors. 11 voulut lui procurer un moyen d'apprendre la langue et les manières des Japonais , en l'obligeant de converser souvent avec ces trois catéchumènes. D'ailleurs , ce n'était pas assez d'une connaissance superficielle des articles de notre foi à des gens aussi éclairés et aussi spirituels que l'étaient ceux-ci , pour être baptisés: ils le furent enfin le jour de la Pentecôte, par les mains de l'évêque des Indes don Jean d'Alburquerque. La grâce du sacrement se rendit sensible dans l'âme d'Anger , et elle y produisit en un moment cette paix qui , depuis tant d'années, faisait l'unique objet de ses vœux. Il prit le nom de Paul de Sainte-Foi, en mémoire de la maison où il avait reçu tant de bienfaits du Ciel, et qu'on appelait indifféremment le collège de Saint- Paul et le séminaire de Sainte-Foi. De ses deux servileiu's l'im fut nommé Jean et l'autre Antoine. Aussitôt après leur baptême , le P. Xavier, trouvant dans le maître et dans les domestiques de grandes dispositions à une éminente sainteté , leur fit commencer à tous trois les exercices du P. Ignace sous la conduite du P. de Torrez.
Pendant cette retraite, qui dura trente jours, il est étonnant avec quelle profusion le Ciel communiqua à ces fervents néophytes ses faveurs les plus singulières. Le P. Xavier s'en exprime dans ses lettres avec admiration, et ne craint point de dire que par leur fidélité à correspondre aux grâces qu'ils recevaient d'en haut sans mesure, ils faisaient honte aux missionnaires, et lui donnaient à lui-même de la confusion. Paul de Sainte-Foi ne parlait et ne pouvait parler que de Dieu , aussi le faisait-il en homme inspiré; on l'entendait souvent , lorsqu'il était seul , témoigner tout haut avec des élans d'amour très-sensibles le désir qu'il avait de mourir pour Dieu, et le zèle dont il brûlait pour le salut de ses concitoyens. Le saint apôtre employait à le visiter tout le temps qu'il pouvait soustraire à ses occupations , et, pour étudier davantage le génie de cette nation, il s'informait en même temps des Portugais qui avaient été au Japon , si les Japonais étaient tous <lu