‹ Le Christianisme au JaponChapitre 81 sur 108 · CHAPITRE XXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIY

Conversions, — Bulle du pape Paul v. — Empn?onnpments des PP. Spinola . Morales et d'Avila. — Courage de Spinola et de ses compagnons. — Ussontoon- Jamués au bûcher . en même temps que trente-deux religieux de divers ordres et un grand nombre de fidèles. — Récit de leur martyre et circonstances mémorables qui l'ont accompagné et suivi.

Il sVn fallait birn que les fidèles des provinces septentrionales fussent aussi niallraiiés que ceux des autres parties de Tempire ; le royaume d'Oxii entre autres, était assez tranquille; aussi celle ferveur que prodail le sang des marlvrs n'y rt'^gnait-elle pas comme ailleurs , et même (pielques-un^i iie ceux qui avaient reconnu la vérité, différaient sans beaucoup de sujet de recevoir le baptême. Parmi ces lâches catéchumènes, il y avait un gentilhomme qui, à cela près, menait une vie irréprochable, et pratiquait toutes les vertus du christianisme. Dieu permit, pour le tirer d'une si dangereuse léthargie, qu'il \ît en songe une dame d'une rare beaulé, qui tenait à la main une croix liée avec un cordon de soie : il s'eflbrca de la saisir; mais ses efforts furent inutiles, et là-dessus il s'éveilla, 11 conçut bien, par la disposition où ce songe l'avait laissé, que c'était un averti.s-sement du ciel ; il demanda le baptême avec beaucoup d'instances, <'t Irois jours après l'avoir reçu, il mourut subitement.^ Sa femme, qui était chrétienne et qui craignait Dieu , fut dans l'inquiétude sur son sort éternel ; mais un petit enfant qu'elle avait , lui dit d'un Ion (pii marquait

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liiispiralion , que son père étail au ciol : il se mit ensuite à discourir de la gloire du paradis avec tant de grâce , qu'il ravit en admiration tous ceux qui étaient présents. 11 s'endormit en finissant; et, comme à son réveil on lui parlait des belles choses qu'il avait dites , il parut ne pas savoir de quoi il s'agissait ; ce qui confirma tont le monde dans la pensée que le Saint-Esprit avait parlé par sa bouche.

Les missionnaires visitaient alors ce royaume et celui de Déva avec des travaux incroyables : les chemins y sont atTreux , et à tout moment on court ris(pje de tomber en quelque précipice , parce que la neige en cache les ouvertures. La ferveur qui se nrit parmi les chrétiens de ces deux provinces, et les conversions qui s'y lirent en grand nombre, adoucirent beaucoup les fatigues des ouvriers de l'Evangile. Enfin Mazamoncy, roi d'Oxu , commença à persécuter vivement les fidèles de ses états, et bientôt loule cette contrée ne le céda à aucune , ni pour le nombre , ni pour la qualité des martyrs.

La persécution durait toujours dans le Ximo , mais il y avait quelques intervalles de relâche, dont \os missionnaires prolitaienl pour aller plus sûrement où les besoins des fidèles les appelaient. Le P. Sebastien Vieyra, qui avait succédé au P. Carvaglio, dans le gouvernement de l'Eglise du Japon , s'en était démis entre les mains du P. Mallhieu de Couros , et avait repris la route de l'Europe, pom* informer le Saint- Siège de l'état de cette chrétienté, et présenter au pape Paul V quelques lettres et quelques [)résents dont les fidèles l'avaient chargé pour ce souverain pontife. Avant de partir, il avait envoyé à Firando le P.Christophe Ferreira, son secrétaire et le compagnon inséparable de ses visites. Ce missionnaire inspira aux Firandais une si grande résolulion, que le roi aima mieux bîs laisser en repos , que de les inquiéter, au hasard de n'être pas obéi ou d'èlre obligé de se défaire de ses meilleurs sujets, l^e P. Sivte Tocuum , japonais , et le P. Julien Nacaura eurent le même succès , l'un dans le Saxuma , l'autre dans le BugtMi et dans le Clhicungo. Dans le même temps , le ï*. Benoît Fernandez visita toute

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la'Tenpe , alla ensiiile a Surunga , passa jusqu'à Jédo, el eut la consolation de trouver partout les chrétiens dans Tinnpatience de souffrir le martyre. Il y a apparence que ce qui procurait le peu de repos don! jouissait alors cette Eglise , venait en partie de Tabseuce de Gonzoco , gouverneur de Nangazaqui , lequel ne quittait presque jamais la cour , et le soin d'embellir .Icdo , devenu la ville impériale , qui occupait entièrenjent reuq)ereur. Le P. Fernandez dit bien que celte grande ville et le palais du Xogun-Sama étaient quelque chose de merveilleux , il n'en rapporte rien de particulier; et Ton conçoit aisément qu'un missionnaire, dans la situation où se trouvait alors ce Père , qui songeait plus k se déguiser et à se cacher qu'à contenter une vaine curiosité, n'avait pas beaucoup de loisir et n'était guère tenté de remplir de pareilles descriptions les lettres où il rendait compté a ses supérieurs et à ses amis des divers événements de ses voyages.

L'année suiNante, on reçut au Japon une bulle du pape Paul V, pour la i>ublication du grand jubilé, (|ue sa sainteté avançait de trois ans en laveur des Japonais. Cette attention du vicaire de Jésus-C.hrist à fournir à ces tidèles persécutés les arn)es spirituelles pour combattre dans les combats du Seigneur , les éloge? que le saint pontife donnait a toute cette Eglise, dont la ferveur jetait un si grand éclat dans toutes les parties du monde, les exhortations tendres et pathétiques que le père commun des chrétiens joignait à ses louanges , tout cela inspira à cette chrétienté une nouvelle ardeur pour le martyre : renouvelés , pour ainsi dire , dans le sang de Jésus-Christ, dont les mérites venaient de leur être appliqués avec tant de profusion, ils ne soupirèrent plus qu'après le moment de répandre le leur ])0ur la défense de son saint nom. On peut dire qu'en les honorant du privilège de puiser .ivanttous les autres à la source des grâces, le souverain pasteur travailla aux intérêts de tout le troupeau, tant de milliers de martyrs qui arrosèrent le Japon de leur sang, les années suivantes, ayant grossi considérablement les trésors de l'Lglise. La diflicullé était de l'aire savoir aux fidèles dis-

pet;és flans toutes 1ns parties de l'('!ii[»iie , les iiitenlions du saint père; inie!()iies Jésuites japonais, à qui il était moins difficile de SB déguiseï, prirent sur eux d'aller dans le? endroits les plus dangereux, el le P. Jacques Yubi eut le courage de publier le jubilé a xMéaco , a Ozaca , dans tous le? royaumes circonvoisins, à Surunga et jusque dans Jédo.

Le P. des Anges Taisait toujours sa demeure ordinaire dans le royaume d'Oxu , où Mazamoney continuait à publier des édits qui n'avaient pas beaucoup d'efîél : cela donnait lieu au missionnaire d'aller dans les royaumes voisins l'aire ses courses accoutumées. Le P. Carvailbo de son côté ne s'épargnait pas non plus , et ces deux grands ouvriers partageaient de telle sorte ces vastes contrées entre eux , qu'aucun canton n'étaitjamais un temps considérable sans voir l'un des deux. Mais tandis que ces piovinces reculées rournissaieul aux missionnaires de si grands sujets de consolation , et que les cbrétieus semblaient respirer un peu, il parut tout d'un coup de nouveaux édits, qui tirent répandre bien du sang, N oici quelle en l'ut l'occasion : nu Japonais cbrétien , nommé Joacliim Firaïama, bomme de condition et fort zélé pour la gloire de Dieu, s'était allé établira IVIanille avec sa femme et quelques-uns de ses amis; au bout de quelque temps, le désir de revoir sa patrie lui fit armer u\\ vaisseau , sur lequel il reçut deux religieux qui attendaient avec une extrênie im~ l)atience l'occasion de passer au Japon ; c'était un augusliri nommé le P. Pierre de Zugnica, et un dominicain appelé le P. Louis Florès. Leur voyage fut assez beureux , et ils croyaient avoir écbappé à tous les dangers, lorsqu'un armateur hollandais, d'autres disent anglais, les atta(pia à la hauteur de Firando, et les obligea de se rendre. Il lit plus, car, pour colorer son brigandage, il entra dans le port de Firando , et avertit le roi que ce navire portait deux religieux castillans : il ajouta que c'était ce (jui l'avait engagé à le traiter en ennemi, el qu'il ne pouvait pas douter qu'il ne fut armé contre les intérêts de l'empereur.

Sur la [>arole du pirate, le capitaine Firaïama et tous ses gens lurent mis en prison : mais les deux religieux étaient

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