‹ Le Christianisme au JaponChapitre 86 sur 108 · CHAPITRE XNV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XNV

compagnons furent d'abord entérinés dans des cachots, d'où on les tira le 16 février pour les mener au supplice.

On avait creusé de grands trous sur le bord du lleuve , et on y avait fait entrer l'eau à la hauteur de deux pieds ; on obligea les serviteurs de Dieu à s'y asseoir tout nus , et dès qu'on s'aperçut que le froid commençait à les saisir , on en- Aoyaleur dire que s'ils voulaient renoncer à Jésus-Christ , on les délivrerait d'un si cruel supplice ; mais que s'ils persistaient dans leur opiniâtreté , on allait les brûler vifs. Tous s'étant écriés qu'on ne pouvait leur faire un plus grand plaisir, on les laissa encore quelque temps dans l'eau , et après qu'ils y eurent été trois heures, on les en retira : ils étaient tellement saisis, que tous tombèrent sur le sable; il y en eut même deux qui expirèrent dans le moment. Le P. Carvailho fut le seul qui , s'étant assis sur la grève, commença à faire oraison , mais avec une fort grande tranquillité. On les reconduisit en prison, et le 22 février, sur le midi , on les remit dans l'eau : d'abord on les tit tenir debout, ensuite on les obligea de s'asseoir, de sorte qu'ils avaient de l'eau jusqu'à la poitrine; cependant ils ne cessaient point de chanter les louanges du Seigneur, tandis que leurs parents et leurs amis leur faisaient mille instances de se rendre aux volontés du prince , et chargeaient" de malédictions le P. Carvailho, qu'ils regardaient comme l'auteur de tout le mal. Sur le soir, ils expirèrent tous, les uns après les autres. Le missionnaire eut la consolation de voir qu'aucun n'avait donné le moindre signe de faiblesse : il mourut le dernier de tous, vers minuit ; comme il était d'une coraplexion fort délicate , on regarda comme un miracle qu'il eût si long-temps vécu , et que dans tout le cours d'un supplice tel que celui-là , on ne l'eût pas même vu trembler.

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