‹ Le Christianisme au JaponChapitre 88 sur 108 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

et la persécution devint si générale et yi sanglante, qu'il semblait que tout reinpire fût armé pour exterminer le christianisme.

La chrétienté de Firando se distingua encore en cette occasion, selon sa noble habitude. La première famille qui lut déférée au roi fut celle d'un gentilhomme nommé Michel Fiémon : il avait une femme qui portait le nom d'Ursule , un fils appelé Jean , âgé de treize ans , et deux petites tilles , Claire et Madeleine, dont l'aînée n'avait que sept ans. Après qu'on eut lait passer Fiémon par plusieurs supplices , on le renvoya chez lui ; mais connue on le vit aller de ujaison en maison pour exhorter ses frères à la constance , on le saisit une seconde fois. Des voisins enlevèrent son tils, et n'omirent rien pendant deux jours, qu'ils gardèrent cet 'înfant, pour l'engager à sacritier aux idoles; mais tous leurs efforts furent inutiles; ils le laissèrent donc aller, et il courut aussitôt se joindre à sa famille. La sentence étant portée par laquelle ils étaient condanmés à avoir la tête tranchée, quelques idolâtres prièrent Ursule de leur donner ia plus petite tille , et lui promirent de l'élever avec tout le soin possible. La généreuse dame leur répondit que , pour lous les trésors de la terre , elle n'exposerait pas sa tille au danger de se peidre. Mais rien ne fut plus touclfant que la manière dont ils allèrent au supplice : .Jean Fiémon marchait le premier, portant nu cierge à la main; le père et la mère suivaient, chacun une petite tille entre ses bras, et ayant aus^i un cierge à la main. Quand ils fuient arrivés au lieu où se devait faire l'exécution, Ursule pria qu'on l'exécutât la dernière : «Je suis bien aise, dit cette admirable femme, de voir avant de mourir tout mon monde en sûreté. » On cofnmînca donc pur le mari , qui tenait toujoni's sa petite Claire entre ses bras : le premier coup abattit la tète du père, et blessa l'enfant, qu'un second acheva sans peine. Le tils suivit de près, et comme on s'approcha de Il mère , « Seigneur, s'écria-t-elle, les >,eux élevés vers le ciel et baignés de pleurs, Seigneur, Dieu des miséricordes, soyez béni à jamais de m'a voir rendue témoin d'un spec-

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fade qui ;i ravi vos saints auges d'allégresse -, je n'ai plus d'aulre graco à vous doiuauder, (jue d'accepter ce sacrifice (|ue je fais de moi-uièuie et de tous les biens que vous m'avez donnés. » A ces mots , elle embrassa sa petite Madeleine, et le coup de sabre ipi'on lui décbargea dans l'instant l'ut si violent, qu'il consomma le martyre par une vie toute sainte, cl l'on assure que Jean Fiémon jeûnait déjà tous les samedis de l'année en l'honneur de la sainte Vierge, quoiqu'il n'eut pas quatorze ans.

Le gouverneur d'une ville qui n'est pas loin d'Omura , avait l'ait comparaître devant lui un grand nombre de chrétiens, et les menaçait des plus elTroyables supplices, s'ils persistaient dans leur rébellion contre les édils de l'empereur : le plus jeune de la troupe prit la parole pour tous, et lit concevoir au gouverneur qu'ils avaient un souverain mépris pour toutes ses menaces. Cet officier, indigné de la hardiesse d'un jeune homme, se fait apporter du feu, et s'adressant à celui qui paraissait si résolu : « Je veux , lui dit-il , confondre ta vanité : peux-tu tenir un moment le bout du doigt sur ce brasier ? et si tu ne le peux pas , comment te résoudras-lu à être brûlé à petit feu ? » Le jeune homme, sans dire mot, s'avance à l'instant, enfonce tout le doigt dans la braise, et le laisse brûler d'un air aussi tranquille que si son doigt eût été dans de l'eau tiède. Le gouverneur, tout hors de lui-même, ne put proférer une seule parole : il embrassa le généreux chrétien, et se retira, laissant à chacun la liberté de professer telle religion qu'il lui plairait, sans se mettre en peine des suites.

Cependant il y avait , depuis plus d'un an , quatre religieux dans les prisons d'Omura : c'étaient les PP. Louis Solélo , et Louis Sassandra , du même ordre ({ue le P. Sotélo; le P. Michel Carvailho, jésuite, et le P. Pierre Vasquez ou de Sainte-Catherine, dominicain. Les deux Pères de Saint-François avaient avec eux un domestique japonais , nommé Louis, qu'ils admirent dans leur tiers-ordre.

Le 2o août, on les tira tous cinq de prison, et on les mena la corde au cou à un lieu nommé Faco , où ils trouvé-

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