‹ Le Christianisme au JaponChapitre 89 sur 108 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

reni des poteaux dressés : les (jiialie piè'res avaient cbaoïn une croix à la main ; coiiinu.' en allait les attacher, ils levèrent lenrs croix et parlèrent au |>euple. Ensuite on les lia , mais fort légèrement , et on mit le le'u au bois : aussitôt on les entendit qui récitaient linéiques prières; un moment api'ès , le bourreau, vonliint accommoder quelque chose au poteau du P. V.isqnez, (|ui était fort élevé, lui monta brutalement sur les épaules, ce que le saint religieux soutVrit avec une patience qui charma tout le monde. La flamme s'approchant , et ayant brûlé les liens du bon frère Louis, on le vit aller se mettre à genoux aux pieds des quatre prêtres , et leur baiser la main ; après quoi , il retourna à son poteau, où il acheva son sacrifice. Le P. Sassandra voulut aussi aller saluer les compagnons de son martyre ; mais le feu lui avait brûlé les pieds, et il lui fut impossible de faire un seul pas. Enfin ils expirèrent tous après trois heures de souffrances, laissant les spectateurs fort étonnés d'un si grand courage.

11 arriva alors nue chose dans le royaume de Déva , qui donna à tous ces peuples une grande estime pom- le christianisme : une jeune femme , nommée Monique Oïva, avait été répudiée par son mari, qui était un des principaux du pays. Elle fut à peine retournée chez son frère , qu'elle apftrit qu'on l'avait accordée à un idolâtre : elle déclara aussitôt que, pour toutes choses au monde, elle ne consentirait jamais à un tel mariage. Il lui en coûta la vie. Ses parents s'assemblèrent pour essayer de vaincre sa constance , et ils tirent pour cela bien des efforts inutiles. Enfin on lui déclara (pi'il fallait se rendre ou mourir : à cette proposition la servante de Jésus -Christ se jeta à genoux et présenta sa tête , qu'un de ses parents lui trancha dans l'instant. On enterra le corps, et on eut grand soin de cacher aux chrétiens le lieu de sa sépulture. Au bout de ipielques mois, un fleuve s'étant débordé d'une manière (pii n'avait point encore eu d'exemple, le cercueil où était le coi ps de la sainte nuu'tyre fut entraîné par les eaux et trouvé dans im temple. Les bonzes , fort surpris et s'imaginaid (pie ce cercueil renfermait quel-

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que trésor , l'ouvrirent , et n'y trouvant qu'un corps de femme parfaitement sain , la couleur vermeille et les habits même dans leur entier, ils prirent le parti de l'enterrer dans un jardin qui joignait le temple. La nuit suivante quelqu'un aperçut que toutes les branches d'un pin, sous lequel reposait le saint corps, se pliaient jusqu'à terre, et que tout l'endroit était couvert d'une multitude d'enfants parfaitement beaux, et dont les habits jetaient un fort grand éclat: les bonzes , ne sachant à quoi attribuer cette merveille , qui se renouvelait toutes les nuits, tirent à leurs faux dieux quantité de sacritices, qui n'aboutirent à rien. Enlin le li février, qui était l'anniversaire de la mort de Monique , im feu s'éleva tout-à-coup de terre, et léduisit en cendres le temple et la maison des bonzes : un reconnut en même temps que le corps qui était caché dans cette terre intidèle était celui de Monique , et le nom du Dieu des chrétiens devint plus célèbre que jamais dans toute cette contrée.

Sur ces entrefaites, 1(!8 fidèles du Japon perdirent, dans l'espace de \\eu de mois, une bonne partie de ce qui leur restait de meilleurs ouvriers. Il y avait trois ans que le Père François Pachéco gouvernait cette église avec toute la prudence que connnandaient les temps difticiles où il se trouvait. Son séjour ordinaire était à Cochinotzu , et quoiqu'on eût une attention toute particulière à le chercher, on fut très-long-temps saur découvrir sa retraite : enhn il fut trahi par un apostat qui , faisant le zélé chrétien, avait gagné sa confiance ; il fut arrêté le ^8 décembre , avec quatre de ses catéchistes, son hôte et toute sa famille , et on les conduisit prisonniers à Ximabara, oi^i le P. Jean-Baptiste Zola fut encore amené.

Le P. Matthieu de Courus , (pii venait de re^irendre pour la seconde fois le gouvernement de l'Kglise du Japon , n'était pas à vingt'pas du P. Zola, lorsqu'on arrêta ce missionnaire; et Tanga-Mondo , que l'empereur avait chargé de la recherche des chrétiens dans le royaume d'Arima , avait été averti qu'il n'était pas loin. Un moment même après que le P. Zola fut saisi , la maison où était le P. de Courus parut investie :

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le serviteur do Dieu crut qu'il n'y avait plus aucun moyeu d'échapper à un danger si pressant ; il mit son rosaire à son cou , et se préparait à sortir de la maison , lorsque son hôte , l'arrètani par le luas . lui dit qu'il ne s'agissait pas de lui , et que les cavaliers qu'il voyait allaient saisir les biens de Jean Naïsen, chez qui le P. Zola venait d'être arrêté. 11 disait vrai ; les soldats passèrent plus avant, et le Père eut le loisir de se retirer sur un(; montagne , où il d(.'?neura six semaines dans ime étable abandonnée.

Ces nouvelles étant portées à Nangaza(|ui , Feizxj , qui y commandait en l'absence du gouverneur, voulut avoir part à de si heureux succès : ses diligences ne furent pas inutiles, et il fit faire à cette chrétienté luie perte qu'elle ne répara jamais depuis. Le P. Ballhazar de Torrez gouvernait celte église depuis la bataille d'Ozaca , et dans un corps usé de travaux conservait tout son zèle et l'ardeur de ses premières années. H s'était retiré dans un pelit village, où il demeura un mois : il y disait la messe d'abord eu secret, mais dans la suite les chrétiens ne purent se tenir d'y aller par troupes , et firent découvrir sa retraite. Deux .soldats se présentèrent à la porte comme chrétiens ; ou les admit : quelques moments après ils sortirent, sous je ne sais quel prétexte, et revinrent avec un renfort; comme le Père finissait sa messe, ils se jetèrent sur lui , le lièrent étroitement , le conduisirent comme eu triomphe dans la ville , et le traitèrent fort mal.

Feizo n'en usa pas de même : il lit conduire en prison tous ceux qui avaient été arrêtés avec le inissionnaire; et, pour le Père, il le lit garder dans une chambre de son logis, et l'entretint plnsiems fois assez l'amilièremenl. Au bout de quelque temps, il reçut ordre d'envoyer sou prisonnier à Omura, ce qu'il exécuta asec beaucoup de répugnance.

D'un autre coté, les prisonniers de Ximabara menaient une vie plus angélitiue qu'humaine , et étaient l'admiration de tout le monde. Le provincial avait reçu dans la Compagnie trois de .ses catéchistes , Pierre Piinxi, Paul Kinzuqui et Jean Kisacu; pour le quatrième, Gaspard Sandamatzu , i! y avait déjà quebptes années (pi'il était jésuite. Le P. Pa-

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