‹ Le Christianisme au JaponChapitre 90 sur 108 · i LE ClDiloTIAMSME AT JAPON · texte numérisé non relu

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chcco fit à Vincent Gafioïe , compagnon du P. Zola , et à Michel Tozo , compagnon du P. de Torrez , la même graco qu'il avait faite h ses trois dogiques , et il reçut leurs vœux dans le lieu même de leur supplice. Cependant les gardes de la prison, après avoir (pieUiue temps traité leurs prisonuieis avec beaucoup de dureté , charmés de leur patience et de leur douceur , sentirent d'abord leurs cœurs s'amollir : ils eurent ensuite lacuriosilé de savoir comment des personnes qui paraissaient assez faibles pouvaient, parmi tant de misères, conserver une si grande gaieté; ils se rendirent donc affables. On les instruisit des principaux articles de notre religion : ils furent convaincus, et déclarèrent (jue si les temps devenaient meilleurs, ils se feraient chrétiens. Un seul surmonta toutes les diflicullés ([ui arrêtaient ses camarades, et reçut le baptême ; les autres eurent pour les prisonniers tous les égards possibles , et ne se lassaient point de pidilier la douceur de leurs mœurs et la sainteté de leurs lois. Tanga- Mondo, en étant averti, envoya poiu* commander les gardes un gentilhomme, son parent, l'homme du monde qu'on eût le moins soupçonné de d(>venir i hrétien : c'était la brutalité même, et il disait d'ordinaire qu'il fallait être bêle pour embrasser le christianisme. .Néanmoins, dès la première fois qu'il vit les prisonniers , il se trouva changé; il continua de les voir, et au bout de huit jours, on fut assez surpris de l'entendre dire qu'on n'était pas homme si, connaissant la religion chrétienne, on ne l'embrassait pas, ou si, après l'avoir embrassée, ou l'abandonnait par la crainte des tourments et de la mort. Nondo n'épargna ni reproches ni menaces pour le rameuei' à ses pi'emiers sentiments; le néophyte lui répondit toujours (pi'on pouvait lui ôler ses biens, ses emplois, la vie même, mais non pas changer soîi cœur. Cette conversion ne rendit pourtant pas meilleure la condition des prisonniers ; on changea leurs gardes toutes les lois qu'on s'aperçut (pTiis en étaient bien traités. A la fin, le P. Pachéco toud)a dans \[no paralysie, qui fut bientôt suivie d'un continuel tnmiblement de tout le corps; mais tant de ïouiîrances lie suffisaient pas encore aux confesseurs de

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Jésns-Chrisl; ils y njoutèreiil de Irès-grandes auslérilés. H paraissait néanmoins que Mondo avait entrepris de lasser leur patience , et voulait se faire un mérite à la cour de les avoir vaincus ; désespérant enfin d'en venir à bout, il résolut de les tourmenter, mais séparément, de peur qu'ils ne s'animassent les uns les autres à la constance; et, parce que Vincent Cafioïe était étranger, il crut qu'il serait plus aisé à réduire; il le lit venir chez lui , le combla d'amitiés et de caresses , lui promit tout ce qu'il crut capable de le tenter , et en même temps, il lui représentait les horribles supplices auxquels il allait être exposé, s'il ne consentait à ce qu'on souhaitait de lui. Tout cela n'ayant eu aucun effet, Mondo lit étendre le saint novice tout nu sur le pavé; c'était pendant l'hiver, et il faisait un fort grand froid; mais l'inhumanité du gouverneur ne se borna pas là; il se mit lui-même à tenailler par tout le corps le serviteur de Dieu, qui ne faisait (jue rire d'un si horrible supplic(^ Mondo commanda ensuite qu'on lui fît avaler quantité d'eau , et qu'après on la lui fit rendre avec le sang. Ce tourment épuisa le martyr, et il tomba en défaillance; mais tout-à-coup il revint à lui, recouvra toutes ses forces; et, dès ce moment, il ne sentit plus d'autre mal qu'un peu d'engourdissement aux pieds et aux mains. On continua de le faire soufVrir pendant quelques jours-, mais comme on vit (pie c'était inutilement , on 1<^ renvoya dans une prison ouverte à tous les vents, où, durant l'espace de vingt- quatre jours, on le laissa manquer absolument de tout.

Mondo eut appareinment j>o»issé plus loin ses cruautés, mais il recul ordre de Midruma Cavaccidono, cpii venait de succéder à Gozonco dans le gouvernement de Nangazaqui , de lui envoyer tous ses prisonniers. Ils partirent donc , et à leiu' arrivée , ils apprirent qu'ils étaient condamnés au feu , et que leurs poteaux étaient dressés sur la Sainte-Montagne. Cavaccidono n'était pas cruel , mais il avait des ordres précis ; d'ailleurs il soulagea les martyrs autant qu'il put. Un renégat , domestique de Feizo, iHant allé visiter le lieu de Texécution , \il (|\r<>n avait laissé un grand espace t'nije le

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bois et les poteaux; U en demanda la raison , et on lui dit que c'était pour prolonger le supplice : Cela est inhumain , reprit -il ; c'est tout ce qu'on pourrait faire contre les plus grands scélérats. 11 fît aussitôt rapprocher le bois, et en alla rendre compte au gouverneur, dont il reçut de grandes louanges.

Les prisonniers de Ximabara traversèrent toute la ville de iNangazaqui , et joignirent sur la montagne le P. de Torrez et Michel Tozo , qui les y attendaient : le P. de Torrez n'eut pas plus tôt aperçu son provincial, qu'il courut à lui, et le tint long-temps embrassé. Un moment après, Cavaccidono arriva, et les martyrs furent liés à leurs poteaux : dès que Cavaccidono eut pris sa place, on mil le feu au bois: c'était quelque chose de nouveau pour ce gouverneur, de voir mourir avec tant de joie des personnes déjà affaiblies par une longue prison et beaucoup de mauvais traitements ; il en fut surpris au dernier point , el cela augmenta de beaucoup le chagrin qu'il avait de se voir dans la nécessité de faire périr si indignement des hommes dont il ne pouvait se dispenser de publier hautemenl les vertus.

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