CHAPITRE III
Tandis que je suivais, avec une attention émue, le récit de la dernière période de Thistoire de notre chère Université, un souvenir de Fapologétique de TertuUien me revint en mémoire : « Si nous désertions TEmpire, disait le vigoureux apologiste aux magistrats de Garthage, si nous quittions voscités^ vos îles, vos forteresses, vos municipes, vos assemblées, les camps, les tribus, les décuries, le palais, le Sénat, le forum, ne vous laissant plus que vos
1. Fragment du discours prononcé par le cardinal Mercier le 10 mai 1909, aux fêtes du 75* anniversaire de la restauration de l'Université de Louvain. Nous avons retracé l'histoire de la ville et de l'Université et décrit ce qu'était à la veille de la guerre l'organisation et la vie de la grande institution catholique belge, dans notre livre Louvain 891-1914 (à. Paris, chez Didier). Qu'il suffise de dire ici que l'Université de Louvain, fondée en 1425, fut supprimée par l'occupation française en 1797. Lorsque la Belgique eut retrouvé son indépendance et proclamé le principe constitutionnel do la liberté d'enseignement, l'ancienne Université ressuscita comme Université catholique libre en 1834. U y a en Belgique deux universités libres, Louvain et Bruxelles. Elles sont investies par la loi des mômes droits que les deux universités d'État de Gand et de Liège.
L'Université de Louvain comptait en 1914 près de 3000 étudiants, 157 professeurs Ses nombreux locaux étaient disséminés par toute la ville. On y trouvait, entre autres, 5 grandes bibliothèques scientifiques, 17 musées, 39 laboratoires.
L'Université publiait 33 revues scientifiques.
temples, vous seriez épouvantés de votre solitude, et en présence du vide silencieux devant lequel nous vous laisserions comme devait Timmobilité d'un monde frappé de mort, vous chercheriez anxieusement à qui commander * ».
Supposons un instant que, en 1833, Iqs Sterckx, les Delplanque, les Van de Velde, les Van Bommel; les Barrett, les Bou^sen, se fiant exclusivement à la toute-puissante efficacité de la grâce d'en Haut, eussent passivement abandonné à une action surnaturelle et miraculeuse de la Providence le salut de TEglise de Belgique; ou que, épouvantés de la grandeur de Tentreprise qui sollicitait leurs initiatives, ils eussent douté de leur autorité et de la coopération intelligente, généreuse, persévérante de leurs ouailles; ou, enfin que, déprimés par une oppression dont ils avaient à peine secoué le joug, ils eussent manqué de foi dans la liberté, je vous le demande, Messeigneurs et Messieurs, c'est l'interprète de vos cœurs patriotiques et de vos âmes catholiques qui vous le demande, que serait-il advenu de notre pays ?
Les Belges semblent prendre conscience — il n'est jamais trop tard pour bien faire, dit le proverbe — du rôle qu'ils ont joué ou sont appelés à jouer dans le monde économique, dans les sciences, dans les arts et dans les lettres, môme dans la sphère de la pensée pure, philosophique ou théologique...
Ceux qui ont parcouru les deux élégants volumes qui relatent le « mouvement scientifique en Bel-