CHAPITRE IV
Si la raison humaine peut assister à la chute des systèmes sans perdre sa foi à la philosophie^ est-rce donc que la philosophie existe en dehors des systèmes ? Y a-t-il, à côté des doctrines que nous abandonnons sans remords, une philosophie en soi, monument achevé, immuable, de la pensée humaine, à Tombre duquel l'humanité puisse reposer en paix et où elle soit assurée de retrouver toujours, quand elle en sentira le besoin, la solution vraie de Ténigme des choses ?
Evidemment non, il n'existe pas une philosophie en soi, il existe des philosophies. Evidemment aussi la pensée philosophique n'est pas une œuvre achevée, elle est vivante comme l'esprit qui la conçoit. Elle n'est donc pas une sorte de momie ensevelie dans un tombeau autour duquel nous n'aurions qu'à monter la garde, mais un organisme toujours jeune, toujours en activité, et que Teffort personnel doit entretenir, alimenter pour assurer sa perpétuelle croissance.
1. Nous réunissons ici un fragment de l'article le Bilan philosophique du XIX* siècle publié dans la Revue néo-scolastique en 1900, et une partie du chapitre final du livre Les Origines de la psychologie contemporaine (1897).
La séparation opérée par Kant entre la morale et la philosophie spéculative a contribué à répandre cette vague notion d'une double tâche assignée au philosophe.
Or, cette conception est erronée. La philosophie est l'explication la plus complète possible de Tordre universel. Elle est cela et pas autre chose. Les sciences commencent cette explication ; elles y tâchent dans un domaine particulier ; la philosophie vient après elles, bénéficie de leurs résultats acquis, s'efforce de les mieux comprendre en les rattachant à des principes plus simples et par suite plus évidents, d'affermir leur certitude par une réflexion plus profonde et ainsi d'établir parmi toutes les connaissances humaines un ordre de subordination logique qui soit une expression, à la fois fidèle et sûre, de l'ensemble des choses connues.
Ce travail ne s'identifie avec aucun système leitnizien, cartésien ou thomiste, avec aucun amalgame de systèmes ; il est l'œuvre personnelle de quiconque, professeur ou élève, croyant ou incroyant, a le sens de ce qu'est la philosophie. Il n'a pas pour objet deux ordres de recherches, les unes moralement indifférentes et librement controversables, les autres moralement nécessaires dont les conclusions seraient fixées d'avance et imposées à la raison par je ne sais quelle autorité sociale : scinder la philosophie, c'est ne pas en comprendre la signification.
Cet effort personnel pour" former de nos connaissances certaines des choses une synthèse une^ supérieure, s'appuie directement sur l'étude de la
nature et sur les analyses de la conscience, d'une façon indirecte seulement et subsidiaire sur les résultats acquis par les recherches d' autrui et condensés en ce que Ton est convenu d^appeler les « systèmes » de philosophie. Un argument emprunté à Tautorité d'un homme n'est jamais, déclare fièrement saint Thomas d'Aquin, que le tout dernier des arguments.
C'est donc dans un esprit d'indépendance personnelle qu'il faut aborder l'étude historique des systèmes, y glaner ce que la raison approuve et mettre même à profit, par l'étude critique de leur genèse, les erreurs que la raison désapprouve, pour mieux apprécier les vérités dont elles marquent une déviation.
Ainsi comprise, la philosophie ne se confond pas avec les systèmes ; elle est une, elle n'est point immobilisée mais en mouvement continu, elle est le fruit croissant des efforts des générations qui se succèdent dans l'histoire.
Elle n'en est pas moins une science actuelle.
Comment ne serait-elle pas une science, puisqu'elle fait siens les résultats acquis des sciences particulières ?
- Je sais bien que Ton se plaît parfois à opposer la science à la philosophie, assignant à la première le vrai connu, à la seconde la conjecture ou le rêve.
Evidemment si la philosophie était cela, il ne pourrait plus être question de l'appeler une science, puisque l'on aurait banni de sa définition le caractère scientifique. Mais c'est là un procédé arbitraire qui consiste simplement à transporter à la
définition de la philosophie les préjugés aprioristes d'Auguste Comte. La constatation du fait positif est seule œuvre de science, disait Comte;, la recherche des causes, des fins, de l'absolu, porte le nom de métaphysique ou de théologie.
La vérité est que la philosophie fait corps avec la science et n'en est que le développement naturel. L'esprit humain n'est pas régi par deux lois opposées; une seule loi le domine toujours, à quelque objet que son activité s'applique ; il observe et analyse les faits, cherche à en induire les causes et à expliquer ainsi les faits par leurs causes.
Les nécessités de la division du travail veulent que les uns s'appliquent davantage à l'observation et à l'induction, c'est-à-dire à l'explication immédiate d'un groupe restreint de faits, les autres à l'étude des conclusions plus éloignées et à une explication plus générale de l'ordre de la nature ; mais il n'y a là, en réalité qu'un procédé artificiel nécessité par le caractère limité de nos forces intellectuelles et physiques. Après que savants et philosophes ont accompli leur tâche, ils doivent les uns et les autres apporter leur appoint au trésor commun du savoir, et la plus haute aspiration de l'esprit en même temps que la meilleure récompense de son travail est de contempler les résultats de l'observation et de la réflexion en une unité supérieure, au sein de laquelle les transitions des causes immédiates aux causes dernières s'effacent tandis que les limites des sciences et de la métaphysique se confondent.
Cette conception est celle d'Aristote, le plus
grand génie que Thumanité ait connu. Elle fut reprise par Albert le Grand, saint Tliomas d'Aquin, Descartes, Leibniz, Kant; et, parmi nos contemporains, Herbert Spencer, Helmholz, Wundt, comprirent, à leur tour, l'unité nécessaire du savoir.
Telle qu'elle fut exprimée par le fondateur du Lycée, perfectionnée et enrichie par les grands docteurs du moyen âge, cette conception de la philosophie a traversé les siècles sans être ébranlée dans ses thèses fondamentales : tant elle est en harmonie avec le bon sens et exprime la logique même du développement progressif de la science.
Saint Augustin, saint Anselme, Pierre Lombard, Albert le Grand, saint Thomas d'Aquin et la pléiade de docteurs qui à Paris, à Oxford, dans les universités d'Allemagne et d'Italie, illustrèrent les XIII® et XIV® siècles, apportèrent l'un après l'autre leur pierre à ce monument grandiose de la pensée ; la Renaissance le recouvrit d'un plâtrage hideux et le défigura en plusieurs de ses parties par des ajoutes burlesques; mais à mesure que des travailleurs consciencieux enlèvent patiemment ce badigeon superficiel, la pierre solide de l'édifice primitif réapparaît et nombreux sont aujourd'hui les ouvriers qui ont l'ambition de reprendre et de poursuivre la construction de l'œuvre séculaire.
Puisque la philosophie est le complément naturel des sciencei^, quel temps fut jamais plus propice à l'élaboration de la pensée philosophique !
Avant le xviii* siècle, à quoi se réduisait la science, nous voulons dire, la connaissance exacte et certaine de la nature? L'observation ne dépas-
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sait point les inforiQations naturelles des sens ; Tesprit tentait de suppléer au manque de faits connus par des hypothèses dont l'ingéniosité était parfois le seul mérite et dont Texpérimentation ne pouvait éprouver la valeur.
Aujourd'hui les instruments de recherche ont centuplé la puissance de l'observateur ; le télescope de Herschel, la balance de Lavoisier, le microscope, le spectroscope et ces mille moyens d'investigation, dont s'enrichissent tous les jours nos laboratoires, interrogent la nature et contrôlent avec rigueur chacune des suppositions qu'elle suggère.
Des sciences nouvelles se sont constituées, la géologie, la minéralogie, la cristallographie; la chimie est renouvelée ; la physique se perfectionne et dans certaines de ses parties, telle l'optique, par exemple, semble s'achever ; la biologie cellulaire et l'histologie ont porté la lumière dans les profondeurs des organismes; la paléontologie, î'anatomie comparée, l'embryologie permettent d'entrevoir les enchaînements du monde végétal et du monde animal; l'homme est étudié de près dans toutes les manifestations de son activité ; la philologie, la linguistique et l'histoire analysent ses œuvres; la physiologie cérébrale, la psychologie expérimentale sous des formes diverses, scrutent l'organisation et le fonctionnement de sa vie sensible ; la psycho-physique applique les méthodes expérimentales à la détermination précise du contenu de sa conscience ; de tous ces travaux d'analyse, des synthèses se dégagent : témoin cette merveilleuse loi de l'équivalence des forces de la
nature et de la constance de Ténergie dans l'univers, conquête- scientifique et philosophique de notre siècle.
Insensé le métaphysicien qui en présence de ces travaux et de ces progrès, désespérerait ou douterait de l'avenir !
Ingrat, ajouterons-nous, et infidèle à l'esprit de la philosophie dont il se réclame, le péripatéticien ou le thomiste qui méconnaîtrait le respect dû aux sciences et la nécessité de demeurer en contact permanent avec elles !
N'est-ce pas pour les avoir méconnues, que la tradition scolastique s'est tenue, aux xvi** et XVII* siècles, à l'écart de toute pensée vivante et qu'elle a encouru un discrédit dont aujourd'hui encore elle a peine à se relever?
N'oublions pas cette leçon de l'histoire. Point de ces bouderies orgueilleuses qui dissimulent mal la paresse ou l'ignorance et le plus souvent l'une et l'autre à la fois ! Point de ces sourires stupidement triomphants, chaque fois qu'une hypothèse provisoire est controuvée par les faits ! Certes sur le champ de la science comme ailleurs, il y a des charlatans d'autant plus méprisables qu'ils exploitent au profit de leur vanité ou de leur irréligion sectaire un bien d'ordre plus élevé; mais pourquoi feindre d'ignorer qu'il y a, à côté d'eux une légion de travailleurs loyaux qui peinent à la recherche de la vérité avec une patience digne de tous les respects ? Si nous vouions bien comprendre notre rôle, nous nous rendrons compte que, en réalité, ces hommes travaillent pour nous, et que, à défaut
de notre admiration, nous leur devrions au moins notre reconnaissance.
Si saint Thomas revenait au milieu de nous, que ferait-il? se demandait naguère un écrivain allemand le D^ Millier.
« Cet esprit souple et si bien ouvert à tout ce qu'il y a de grand et de digne de notre connaissance, s'approprierait avec toute, l'ardeur de son zèle les conquêtes de la civilisation depuis son époque; il nous donnerait dans une édition corrigée de sa Somme ce système que nous attendons encore et qui serait le fruit mûr d'une évolution de deux mille ans, conforme à Téternelle vérité du salut ainsi qu'aux plus strictes exigences de la formation intellectuelle. Ce noble esprit si prudent dans ses décisions, constamment en progrès, se corrigeant fréquemment lui-même à mesure de son développement, serait fort étonné de voir qu'on a fait de ses écrits un dogme rigide et mort. Ce penseur si modeste et si éloigné de vouloir se déifier lui:même, quels reproches n'adresserait-il pas à ses partisans pour avoir mis tous leurs soins à empêcher le grain semé par lui de pousser et de germer en pleine terre et en plein air, et pour l'avoir laissé sécher dans leurs granges au lieu de faire fructifier avec abondance ce riche capital intellectuel ! »
Les néo-scolastiques doivent aussi se tenir en commerce avec les contemporains. Averroës, Siger de Brabant, Pierre Olive sont morts, ils appartiennent à l'histoire, mais Kant, Spencer, Comte, vivent toujours dans les milieux intellectuels con-
temporains et leur esprit est partout, répandu dans Tatmosphëre que nous respirons. Nous témoignerions que nous avons bien peu foi dans la solidité ou refficacité de nos doctrines, si nous hésitions à les confronter avec celles qu'elles heurtent à chaque tournant du chemin.
Et pour que notre pensée retienne l'attention de ceux qui nous entourent, parlons leur langue.
Que de trésors sont enfouis dans de volumineux traités écrits en latin ! Qu'on le déplore ou ne le déplore pas, il n'importe ; le fait est que notre génération s'est désafectionnée du latin comme langue scientifique. Dès lors, écrire de la philosophie en latin, c'est renoncer délibérément à se faire comprendre de la plupart de nos contemporains.
Et que l'on ne dise pas que saint Thomas, ayant écrit en latin, ne peut être intelligible qu'en langue latine.
Car alors, pourquoi ne point pousser à fond cette logique et ne pas soutenir que pour faire comprendre la philosophie de Platon et celle d'Aristote, il faut les présenter au public dans la langue originale de leurs auteurs ?
La prétention est d'ailleurs plaisante chez ces admirateurs dociles du thomisme qui s'inclinent respectueusement devant les commentaires d'Aristote conçus par saint Thomas d'Aquin qui ne lisait pas le grec.
Dira-t-on enfin que les maîtres de la philologie ne comprennent pas ou expliquent mal Horace ou Tacite, parce qu'ils ne prennent pas pour langue d'enseignement un méchant jargon latin moins
voisin peut-être de la lan^e du Forum que nos idiomes modernes?
Si nous ne voulons pas, une nouvelle fois, compromettre par notre imprudence le développement continu de la tradition péripatéticienne et thomiste, ayons donc à cœur de tenir notre philosophie en contact avec les sciences et avec la pensée philosophique contemporaine.
Sachons aussi être modestes. Sachons ignorer et n'ayons pas prématurément réponse à tout.
Ce fut une des plus grandes fautes des scolastiques de la décadence, de ne pas mesurer les limites du savoir et de trancher souvent des problèmes inaccessibles à la connaissance humaine avec l'assurance qu'une autorité infaillible met à définir un dogme.
Ayons la persuasion que nous ne sommes pas seuls en possession de la vérité et que la vérité que nous possédons n'est pas la vérité entière. Dogmatiseur hautain, à qui ferez-vous croire que cet homme de génie, dont, pendant des siècles, on a commenté ou discuté la pensée, n'ait mis au jour que des rêveries absurdes ?
Si les philosophes néo-scolastiques savent se tenir en garde contre les écueils que nous avons tâché d'indiquer et où vinrent échouer, aux xvi* et xvif siècles, à la fois le crédit et Tautorité de leurs doctrines, ils peuvent envisager Tavenir avec confiance et sont fondés à espérer que le xx* siècle marquera pour ces mêmes doctrines une ère de progrès.
Ce fut ^ pendant plusieurs siècles la persuasion générale que, depuis là décadence des écoles de la Grèce jusqu'à la publication du Discours de la méthode, la pensée philosophique était demeurée engourdie sans rien produire qui méritât l'attention .
La scolastique n'apparaissait que comme une sorte de parodie burlesque de la saine philosophie^ et il n'a pas manqué d'historiens qui la négligèrent sans scrupule.
La Révolution française fut comme une sanction violente à cette universelle impopularité, devant laquelle s'abîmèrent dans Toubli, de grandes et belles œuvres dignes d'un immortel respect.
Aujourd'hui, grâce à des travaux consciencieux, parmi lesquels nous citerons, dans le domaine de la philosophie, ceux de Hauréau, Ehrle, Denifle, Baiimker, Picavet, De Wulf ; grâce aussi aux incertitudes de la pensée moderne qui rendent de plus en plus impérieux le besoin d'une orientation définitive, on étudie avec plus d'ardeur et on apprécie avec plus de justice la grande et forte tradition de TÉcole.
On convient que le moyen âge, dans son ensemble, ne fut pas l'époque stérile qu'on décriait, mais qu'en particulier les xiif et xiv® siècles furent une ère de fécondité épanouie, où fleurirent au grand jour les synthèses philosophiques les plus variées, vigoureux rejetons de la pensée de Platon, de saint Augustin, des Pères de l'Eglise, aussi
1. Ce qui suit est emprunté aux Origines de la psychologie contemporaine.
bien que de raristotélisme dont elles rajeunissaient la sève.
Dès le XV* siècle, il est vrai> la scolastique déchoit.
Les intérêts de la philosophie se débattaient devant un siècle d'humanistes qui traitaient la langue scolastique de jargon incorrect et barbare ; il était inévitable que la doctrine elle-même souffrît du mépris dont on frappait son expression.
La Renaissance, qui restaurait le culte des lettres païennes faisait revivre, en même temps, les philosophes de la Grèce antique; et autant elle produisait de néo-pythagoriciens, de néo-platoniciens, de partisans d'un nouvel aristotélisme ou d'un nouveau stoïcisme, autant elle suscitait d'adversaires à la scolastique alanguie.
D'autre part, à mesure que l'on s'éloigne de l'époque des Pierre Lombard, des Alexandre de Halès, des Albert le Grand, des Thomas d'Aquin, les héritiers de leur renom s'égarent en des controverses secondaires et subtiles ; ils rendent la métaphysique dés premiers maîtres solidaire de théories physiques ou cosmogoniques sans caractère scientifique, ou même de certaines opinions conjecturales, dont le génie de saint Thomas avait su l'affranchir. Il n'est pas surprenant que la science expérimentale, entourée de tout le prestige de découvertes inespérées, ait éclipsé une doctrine si maladroitement défendue.
On a toutefois exagéré, en la généralisant, cette décadence de l' Ecole ...
Même au xmiV" siècle, la tradition scolastique n'est pas éteinte, mais elle ne dépasse pas le seuil des cloîtres silencieux où elle s'est réfugiée ; à côté
d'elle, la pensée des novateurs suit librement son cours : la tradition ne tente rien ni pour Tendiguer, ni pour le canaliser.
Au début de ce siècle, les philosophes chrétiens ne trouvèrent à opposer au sensualisme français et anglais et à Tinfiltration lente du criticisme allemand, qu'un spiritualisme vague, inspiré de Descartes. Bonald, Bautain et Lamennais trouvèrent avec raison que c'était trop peu, mais ils ne furent pas heureux dans leurs tentatives de renouvellement philosophique, lis aboutirent au fîdéisme et au traditionnalisme; et TEglise romaine, plus soucieuse de maintenir la vérité que d'épargner ses amis — magis arnica veritas — n'hésita pas à condamner leurs systèmes.
Alors les chrétiens se rejetèrent de nouveau vers le spiritualisme classique et, pour le rajeunir, imaginèrent de le rattacher à Malebranche et, par lui, croyaient-ils, à saint Anselme et à saint Augustin. Ce fut Tâge de l'ontologisme, dont Gerdil, Rasmini, Gioberti, Ubaghs, Laforêt furent les principaux représentants en Italie, en France et en Belgique.
Une seconde fois, et avec le même regret d'avoir à affliger de dévoués et éminents serviteurs, le Saint-Siège déclara que le salut n'était pas de ce côté.
Au milieu du désarroi causé par l'envahissement des philosophies anti-chrétiennes et par la condamnation des efforts, plus généreux qu'intelligents, des apologistes chrétiens le besoin de renouer la tradition des âges passés s'est fait de plus en plus impérieusement sentir. Depuis un bon quart
de siècle, une renaissance médiévale s'accuse. En architecture, les Gothiques^ en peinture les Primitifs suscitent une admiration nouvelle et des émules enthousiastes ; Léon Gauthier a fait revivre les vieilles épopées françaises « qui nous offrent, ditil, des types humains dépassant de cent coudées tous ceux de Tantiquité païenne » ; les doctrines politiques et économiques de saint Thomas sont réétudiées ; et dans tous les pays d'Europe, la philosophie scolastique est en voie de récupérer son ancienne grandeur...
Il allait appartenir à Léon XIII de donner au mouvement néo-thomiste une impulsion générale et sa véritable orientation. En même temps que le glorieux Pontife engageait, avec de graves instances, le monde catholique savant à retourner aux « eaux très pures de la sagesse, telles que le Docteur Angélique les répand en flots pressés et intarissables », il définissait, comme pour anéantir par avance les objections, en quel sens ce retour devait s'effectuer : en se gardant soit de défendre avec obstination des subtilités qui ont vécu, soit de tenir en trop peu d'estime les découvertes importantes qui chaque jour s'ajoutent à l'histoire des idées, ou élargissent le champ des sciences d'observation. « Nous proclamons, disait l'Encyclique jEterni Patrisj qu'il faut recevoir de bonne grâce et avec reconnaissance toute pensée sage et toute découverte utile, de quelque part qu'elles viennent »... et que « s'il se rencontre dans les doctrines scolastiques quelque question trop subtile, quelque affirmation inconsidérée ou quelque chose qui ne s'accorde pas avec les doctrines
éprouvées des âges postérieurs, ou qui soit dénué, en un mot, de probabilité, nous n'entendons nullement le proposer à l'imitation de notre siècle »...
L'Encyclique jEtemi Patris a remis en honneur la philosophie des grands maîtres de la scolastique ; elle a ramené Funité d'enseignement dans les écoles catholiques. Elle a, de plus, appelé sur un monde d'idées qui leur était généralement inconnu, l'attention des érudits et des penseurs étrangers à la foi chrétienne.
Aussi n'est-il pas rare qu'en des milieux non chrétiens s'élèvent des voix qui rendent hommage à la supériorité de saint Thomas d'Aquin et à l'importance du mouvement de retour vers ses enseignements...
Trois fois déjà, en 1892, en 1893 et en 1896, M. Picavet, professeur à TEcole des hautes études de Paris, a publié dans la Revue philosophique des articles très riches de documents sur le néo-thomisme. Or, voici comment, prenant les choses un peu bien au tragique, il concluait son dernier article : « Les catholiques, unis par le thomisme, qu'ils complètent avec une ample information scientifique, sont devenus les maîtres de la Belgique; on compte avec eux en Amérique et en Allemagne ; leur influence grandit en France, même en Hollande et en Suisse. Les hommes d'Etat, en tous pays, devront s'en préoccuper, non seulement pour les affaires intérieures, mais encore pour la politique étrangère. »
Que les hommes d'Etat se rassurent. Les visées politiques sont étrangères aux néo-thomistes.
Leur seule ambition est de se rapprocher loya-
lement de tous ceux qui partent des données de Texpérience et des informations de Thistoire, à Tefiet de bâtir, selon le mot de Huxley, à l'aide de ces matériaux, une théorie logiquement agencée et vraie de Tunivers.
Nous nous réclamons de Platon, de Descartes, de Leibniz, de Kant, de Fichte, de Hegel, de Wundt, aussi pleinement peut-être et à coup sûr aussi sincèrement que ceux qui nous rangent dans un parti opposé au leur; si nous différons d'eux c'est que nous n'excommunions aucun génie en^ raison seule de son époque ; nous estimons qu'une doctrine, fut-elle du moyen âge et l'œuvre d'un saint, ne releva jamais que d'une seule norme : sa valeur.
Aussi bien, n'est-ce pas le chef de la catholicité qui nous avertit, dans son encyclique, a qu'il faut accueillir volontiers et avec reconnaissance toute pensée sage, de quelque part qu'elle vienne ? »
Et le grand Pontife ajoute qu'il faut accueillir dans les mêmes sentiments de loyale gratitude « toute découverte utile ».
Ceux-là, en effet, connaissent bien mal le programme de la philosophie thomiste qui l'opposent à « la philosophie scientiflque », comme si l'observation à tous les degrés n'était pas le point de départ de la philosophie scolastique.
Il nous sera bien permis de reproduire ici la déclaration par laquelle nous inaugurions, en octobre 1893, les cours de Tlnstitut supérieur de Philosophie fondé, à 1 Université de Louvain, sous les auspices de Léon XIII.
La philosophie, disions-nous, est, par définition,
la connaissance de l'universalité des choses par leurs causes suprêmes. Or^ n'est-il pas évident qu'avant d'arriver aux causes suprêmes, il faut passer par celles, plus prochaines, que recherchent les sciences particulières?...
Soucieux de corroborer la théorie par la pratique, l'épiscopat belge établit au nouvel Institut de Louvain un cours et un laboratoire de psychophysiologie, à une époque où selon V Année psychologique de MM. Beaunis et Binet, pareil enseignement n'existait pas encore en France.
Pourquoi donc s'obstiner à nous prêter un asservissement de parti pris à des idées « qui ont fait leur temps » ?
Dans cette même Année psychologique^ que nous citions à l'instant, quelques pages avant l'aveu que nous avons reproduit, M. Binet avait accueilli notre idée d' « une tolérance réciproque entre catholiques et adversaires, au grand profit de la science et même de la religion, de la philosophie et de la civilisation ». Pourquoi fallait-il aussitôt après poursuivre : « Nous ajouterons à ces lignes si sensées qu'en nous mettant, pour juger le mouvement nouveau, à notre point de vue tout spécial et restreint de la psychologie expérimentale, nous ne pouvons pas donner notre approbation à un état d'esprit qui cherche dans l'observation et dans l'expérience la confirmation d'une idée préconçue, surtout d'une idée vieille de plusieurs siècles. Nous sommes habitués, au contraire, à prendre Tobservation comme point de départ, comme origine des recherches, source de la vérité et souveraine maîtresse de la science. »
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Aussi bien, qu'entend-on par « idée préconçue » ? Sera-t-il interdit au savant d'avoir une philosophie ? Ceux qui ne professent pas la même philosophie seront-ils en droit de la qualifier, parce qu'ils jn'y souscrivent pas, d'idée préconçue ? A ce compte, le sceptique seul échapperait aux suspicions.
On est pour ou contre Aristote ou saint Thomas, comme on est pour ou contre Auguste Comte, pour ou contre Kant ; cela veut dire que l'on considère telle ou telle de ces philosophies, prise dans son > ensemble, comme l'expression la plus adéquate du savoir véritable ; mais cela ne veut pas dire qu'on la tient pour un monument achevé devant lequel l'esprit n'aurait plus qu'à s'extasier dans une contemplation stérile; cela ne veut pas dire davantage qu'on la juge irréformable.
Il n'est pas un philosophe catholique qui ne fût prêt à sacrifier « une idée vieille de plusieurs siècles », du jour où elle contredirait manifestement un fait observé. Car, nous aussi, « nous sommes habitués à prendre l'observation comme point de départ, comme origine des recherches, source de la vérité et souveraine maîtresse de la science ».
La morale de ces préjugés c'est que nous devons, plus énergiquement que jamais, nous catholiques, aimer la science et la cultiver dans nos écoles de philosophie.
La philosophie aristotélicienne se prête, mieux qu'aucune autre, à l'interprétation des faits qui font l'objet de la psychologie expérimentale. On se souvient de la conclusion des Principes de psy-
chologie physiologique du fondateur du laboratoire de Leipzig. Les résultats de mes travaux, dit Wundt, ne cadrent ni avec Thypothèse matérialiste, ni avec iè dualisme platonicien ou cartésien ; seul l'animisme aristotélicien, qui rattache la psychologie à la biologie, se dégage, comme conclusion métaphysique plausible, de la psychologie expérimentale.
En effet, si les matérialistes ont raison, si Tâme, comme ils le prétendent, n'est qu'un mécanisme dynamique ou physiologique, il s'ensuit que la psychologie physiologique n'est pas une science distincte ; elle n'est qu'une page de la mécanique ou de la physiologie.
Par contre, si l'âme est telle que toute sa nature soit de penser, si elle subsiste pour son compte, isolée du corps vivant, directement et exclusivement observable par la conscience, un laboratoire de psychologie expérimentale ne se conçoit pas.
Mais si l'on admet avec Aristote et tous les maîtres de la Scolastique que Thomme est une substance composée de matière et d'une âme immatérielle, que les fonctions supérieures sont avec les fonctions inférieures en relation de réelle dépendance; qu'il n'y a pas chez l'homme une seule démarche intérieure qui n'ait son corrélatif physique, pas une idée sans image, pas une volition sans émotion sensible, aussitôt le phénomène concret qui s'offre à la conscience présente des caractères k la fois psychologiques et physiologiques ; il relève de l'introspection et de Tobservation ; la raison d'être d une science psycho-physiologique est tout indiquée.
Elle est si bien indiquée que, dans la philosophie aristotélicienne^ la psychologie et la physiologie ne formaient pas deux sciences distinctes, moins encore deux sciences opposées, mais une science unique et une. Le D" Hermann Siebeck, Thistorien de la Psychologie, le note : Aristote, le premier, dit-il, a compris qu'il fallait rendre compte des actes spirituels de Thomme par leur liaison génétique avec les fonctions de l'organisme. Et M. Boutroux, dans un article remarquable de la Grande Encyclopédie^ dit à son tour : « Aristote est un génie à la fois universel et créateur... Il n'a pas Télan de Platon : Tesprit tourné vers la réalité donnée, il tient pour chimérique ce qui serait sans rapport avec elle; mais il n'est pas empirique, et dans le sensible, il cherche Tintelligible... Ce n'est pas tout : les différentes parties du savoir sont entre elles, selon Aristote, dans un rapport déterminé qu'il définit très nettement. D'une manière générale, le supérieur n'est connu qu'après l'inférieur et à l'aide de la connaissance de cet inférieur même ; mais en même temps c'est dans le supérieur que se trouve la raison d'être et la cause véritable de l'inférieur. »
L'anthropologie aristotélicienne et thomiste répond donc à merveille aux besoins et aux préoccupations de la psychologie contemporaine.
Les caractères de cette psychologie font ressortir, soit par leur similitude, soit par leur contraste avec les enseignements d'Aristote et de l'Ecole, la même conclusion.
Les psychologues qui s'inspirent du dualisme cartésien assignent exclusivement comme objet
aux études psychologiques les faits internes, observables par la conscience; d'où cette conclusion à laquelle, logiquement, ils aboutissent : la science psycho-physiologique est impossible ou impraticable. — L'anthropologie d'Aristote et de saint Thomas, à l'encontre de cette psychologie étroite, prend appui à la fois dans Texpérience interne et Texpérience externe, et du même coup affermit les bases de la psychologie.
La métaphysique, et en particulier la psychologie rationnelle sont discréditées ou abandonnées, en dehors des écoles chrétiennes de philosophie : la tendance métaphysique passe pour opposée à la tendance scientifique. — L'anthropologie aristotélicienne et scolastique fonde ses thèses rationnelles sur des constatations expérimentales; elle déduit, de faits scientifiquement observés et de données certaines de la conscience, la nature de l'homme, et, ultérieurement, son origine, sa destinée.
La métaphysique ainsi entendue n'est pas une « poésie », mais l'achèvement logique de la science.
Longtemps, nous n'hésitons pas à le reconnaître, la métaphysique, au sens kantien du mot, c'est-àdire Tétude des problèmes critiques, n'a pas eu dans la philosophie scolastique la place que la portée intrinsèque de ces problèmes et leur importance historique eussent dû lui assigner.
Mais le fait n'a rien qui doive nous surprendre .
L'humanité est naturellement dogmatique. L'enfant croit à son père et à sa mère et à tous ceux qui l'entourent. L'homme du peuple a pu apprendre, par expérience, à douter de la parole d'autrui ; il
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ne doute ni de ses sens ni de sa raison. Lorsque le physicien, le philosophe, remarquent certaines erreurs des sens, s'aperçoivent qu'ils sont tombés dans des paralogismes inconscients, ils cherchent des règles empiriques pour les éviter, mais ils gardent confiance dans leurs facultés naturelles, persuadés qu'ils sont que les erreurs commises par eux sont accidentelles. Les penseurs du moyen âge, pas plus que ceux de la Grèce ancienne, ne songent à mettre en doute, leurs conditions d'exercice étant supposées normales, la sincérité de nos facultés cognitives. Lorsque Sextus Empiricus s'insurge contre le dogmatisme trop confiant des philosophes, c'est au nom de déviations reconnues des sens ou de l'esprit; il oppose jugement à jugement, système à système, et s'attache à montrer l'impossibilité de discerner, au milieu de ce fouillis, quel est l'usage légitime de la raison : mais la possibilité de cet usage légitime ne lui semble pas douteuse. La défiance que les sceptiques de l'antiquité cherchaient à susciter regardait la raison spéculative, les systèmes et les disputes d'écoles; ils concluaient à la nécessité de s'en tenir aux assurances pratiques, d'ordre moral, et rendaient ainsi indirectement témoignage de leur confiance en la préordination naturelle de l'esprit vers la possession du vrai.
Tout le moyen âge s'est reposé en ces adhésions spontanées. Le spectacle journalier de Tordre universel ne permettait pas de soupçonner que l'homme, le chef-d'œuvre de la création, fût seul un rouage mal fait, rompant l'harmonie générale. La loi de la distinction naturelle des êtres, sous
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plus meurtrières erreurs une « âme de vérité ».
II en est de la philosophie comme de la foi : rhérésie est Toccasion la plus ordinaire de la définition des dogmes catholiques; le crilicisme de Kant aura été, si les philosophes chrétiens le veulent, l'occasion d'une philosophie critique approfondie, possible aujourd'hui ; impossible encore aux âges de foi philosophique universelle. Tel sera le premier avantage que le néo-thomisme devra à la philosophie moderne.
Il lui en devra un second, nous l'avons dit déjà ; un développement plus intense de l'observation scientifique et de l'expérience en psychologie.
Nous ne croyons pas que Ton puisse rendre de meilleur service aux doctrines générales de la psychologie scolastique, que de les mettre^en rapport avec les résultats acquis en biologie cellulaire, en histologie, en embryogénie, en physiologie, en philologie ; de simplifier, autant que possible, les faits psychiques, à l'exemple des associationnistes anglais; de chercher à comprendre l'homme adulte par l'étude de la psychologie animale et de la psychologie infantile, Thomme sain par Thomme pathologique, l'homme moral par l'homme criminel, afin que l'observation minutieuse, de certains états exceptionnels accuse plus vivement des caractères que l'on ne remarque pas chez le type normal ; de suivre les modifications particulières ou les variations de l'activité humaine chez les différentes races ou à des époques différentes dc^ l'histoire, comme l'a fait Herbert Spencer; de ^oi mettre le sujet de la psychologie à cette espfe^^^ ^^ dissection mentale que permettent les expérij^
talions hypnotiques et les suggestions bien conduites.
Mais il importe surtout que les néo-thomistes prennent une place plus considérable dans le mouvement imprimé aux recherches psycho-physiologiques par Técole expérimentale allemande.
Il ne s'agit évidemment pas de peser la pensée, ni de calculer les dimensions de l'âme humaine, comme certains philosophes chrétiens ont semblé parfois l'insinuer. Il s'agit simplement de prendre le fait conscient tel qu'il est dans sa complexité à la fois matérielle et immatérielle. Par sa partie matérielle il a des attaches avec le monde extérieur, il en subit Taction et de son côté réagit sur lui. Le fait ainsi grossièrement envisagé relève de l'observation la plus vulgaire, et la conscience spontanée suffît à nous en faire connaître globalement les résultats.
Mais la conscience laissée à elle-même ne peut guère nous renseigner sur les éléments dont est composé le complexus qui apparaît indivis à l'introspection spontanée. Dissocier ces éléments, aGn d'arriver aux données analytiques les plus simples, celles que Wundt appelle d'un terme technique impressions ; reconstituer synthétiquement le complexus concret de la conscience spontanée, la représentation, et déterminer les lois de V association des représentations, tel est en deux mots le programme de la science psychologique nouvelle.
Qu'a-t-il d'effrayant?
Dira-t-on que cette science est vaine? Qu'il importe peu de savoir si une sensation de couleur est simple ou complexe; quelles sont les condi-
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tions physiques et physiologiques d'une représentation ; d'après quelles lois se combine ultérieurement le contenu total de la conscience?
Ces sortes d'objections sont irritantes.
Qui donc a qualité pour prophétiser l'importance d'une découverte dans Tavenir?
Ce que le Tout-Puissant a jugé digne de lui de créer, ce que sa suprême sagesse daigne gouverner, la raison humaine trouverait indigne d'elle de . l'étudier?
C'est mal comprendre la dignité de la science que de la servir avec des préoccupations aussi peu désintéressées...
Ainsi que le disait Trendelenburg à ses compatriotes, le principe de la philosophie n'est plus à trouver : il existe. Il n'y a qu'à le développer par la méditation des vérités générales et par un commerce assidu avec les sciences expérimentales.
Les disciples d'Aristote, à la condition de tenir l'œil ouvert sur les origines expérimentales de la pensée, se trouveront moins que d'autres exposés à s'égarer dans les rêves de l'idéalisme et du subjectivisme.
Ils pourront, ainsi que le reconnaissait la Revue scientifique^ « faire entrer dans les cadres de leur philosophie les recherches contemporaines de la physiologie et de la psycho-physique, sans faire aucune concession, sans jamais dénaturer la science ».
Si le néo-thomisme demeure fidèle à ce programme, il pourra rajeunir la philosophie scolastique par des acquisitions heureuses, renouveler en partie son appareil et lui donner aux regards de
nos successeurs un aspect assez différent de celui qu'elle offre aujourd'hui. Néanmoins, ceux qui voudront sonder ses profondeurs, retrouveront dans les substructions de l'édifice, l'intégralité des principes qui ont présidé à la civilisation occidentale. Ils constateront avec joie qu'il y a eu progrès sans révolution, acquisition sans pertes, développement d'une unité vivante sans cesse enrichie par la variété des apports que lui auront fournis toutes les branches du savoir humain.