‹ Le christianisme dans la vie moderne: pages choisies de S.E. le Cardinal MercierChapitre 19 sur 76 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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logies avec le dogmatisme de IVtîlîté sociale préconisé par Balfour et par Brunetiëre. Il a pour représentants principaux John Dewey, F. C. S. Schiller et surtout William James*. L'opposition si fortement accusée par les deux Critiques de Kant entre le déterminisme des phénomènes de la nature et l'autonomie de Pacte moral, Téchec de la tentative de conciliation poursuivie par le philosophe allemand, provoquèrent chez des esprits soucieux à la fois de science et de morale Tenvie de reviser les fondements de l'une et l'autre.

Durant la seconde moitié du xix® siècle, deux penseurs originaux, Fun en Suisse, Secrétan, auteur de La philosophie de la liberté ^ Tautre en France, Renouvier, auteur de travaux de critique considérables et notamment des Dilemmes de la métaphysique pure, contribuèrent par une action lente mais continue, à arrêter l'attention des philosophes sur la volonté.

Si nous n'étions pas retenu parle point de vue spécial auquel nous nous sommes placé, nous nous ferions un devoir de reconnaître ici que, dans l'histoire de la philosophie, les démarches des sens et de l'intelligence ont trop exclusivement absorbé la pensée et que le « Pragmatisme » dont nous avons à parler à l'instant aura eu au moins cet effet utile de rendre à la philosophie « de la volonté » et « de la liberté » la place qui lui revient.

Tandis que le matérialisme écrase la volonté libre sous la pression d'un déterminisme brutal, Renouvier et Secrétan posent avec hardiesse à l'origine de toutes les lois, même au point de

départ de toute métaphysique, un acte libre.

Tributaire, sans doute, des théories de Renouvier, M. Boutroux, dans un petit livre qui 6t réfléchir, De la contingence des lois de la nature y souligna tout ce qu'il y a de « contingent » dans les lois réputées « nécessaires » de la nature. Des mathématiciens et des physiciens aux vues synthétiques, comme Mach, Ostwald, Duhem, Poincaré, mirent en lumière le caractère approximatif de nombreuses formules qui passent couramment pour des énoncés de lois'. Des philosophes, notamment Milhaud, Le Roy, livrèrent à la conception positiviste et « intellectualiste » de la nature de vigoureux assauts, s'efforgant à montrer combien le sens commun et la science « déforment » la réalité qu'ils vont saisir. ^

D'où cette conclusion de M. Le Roy qui est comme l'arrêt de mort du déterminisme des phénomènes : « (Les) résultats (de la science) ne deviennent rigoureux et généraux qu'à partir du moment où ils se tournent en déGnitions librement décrétées. S'appuyer sur la science pour conclure au déterminisme universel, c'est donc un cercle vicieux et une contradiction.. . Donc on ne peut pas dire que Ton découvre par la science un ordre nécessaire existant réellement dans la Nature » ^

D'où aussi cette autre conclusion, d'un caractère plus positif, et dans laquelle il y a, assurément, une large part de vérité : les hypothèses scienti-

1. <c Aucune loi particulière ne sera jamais qu'approchée et probable », écrit Poincaré. La valeur de la science, p. 251.

2. Le Roy. Bibliothèque du Congrès international de philosophie, 1900, t. I, p. 340.

fiques ne sont pas des théorèmes, mais des outils, leur valeur se mesure non à leur conformité avec la réalité objective mais à leur puissance d'invention.

Généralisez cette conception de la connaissance scientifique et vous aurez Tidée dominante du pragmatisme anglo-saxon.

Il ne faut pas vous demander ce que représente une idée, si elle est en accord ou en désaccord avec le monde réel et, en ce sens traditionnel, vraie ou fausse. Ce sont là de stériles jeux d'esprit qui ont discrédité « Tintellectualisme », le « scolasticiâme ». Il faut changer de point de vue et vous demander ce que vaut l'idée comme moyen d'action. Pour le savoir, il faut la mettre à Tépreuve ; si elle réussit, elle est, du coup, « vérifiée », elle possède sa « valeur logique » et celle-ci est sa « vérité ».

• La vérité d'une pensée, dit expressément William James, est son aptitude fonctionnelle à procurer des résultats utiles *.

Nos pragmatistes appellent cela le point de vue « instrumental » de la vérité.

Le vrai est ce qu'il nous est avantageux de penser, comme le bien, le juste est ce qu'il nous est avantageux de pratiquer.

La philosophie doit être mise sur le même pied que l'hygiène ou le commerce : le commerce nous fait gagner de l'argent, l'hygiène nous procure la santé, la science et ta philosophie nous fournissent la vérité.

Ces graves et nobles théories sont professées non

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