‹ Le christianisme dans la vie moderne: pages choisies de S.E. le Cardinal MercierChapitre 25 sur 76 · Joan. I · texte numérisé non relu

Joan. I

d'une volonté, d'un caractère, d'une personnalité morale?

Cultivez par-dessus tout la charité, propagez-la par votre enseignement, propagez-la par la vertu plus puissante encore de votre exemple. La charité doit, selon les enseignements si précis et si sûrs de saint Thomas d'^^quin, « engendrer, nourrir de sa sève toutes les habitudes vertueuses et leur apporter leur perfectionnement supême. — Charitas est mater omnium virtutum et radix, in quantum est omnium virtutum formxi »S

En tout, partout, toujours, donc, versez la charité, faites-la régner dans les cœurs.

Mais la charité ne va pas sans le renoncement chrétien.

Impossible de se livrer à Dieu et à ses frères, sans s'arracher à soi-même. Qui donne, se prive; qui se voue, se renie. On ne dit pas que Dieu est tout, sans avouer qu'on n'est rien ; on ne se désapproprie pas de soi, sans se faire souffrir.

La privation, l'abnégation, la mortification, le sacrifice, sont l'envers de l'amour.

Et la merveille, le triomphe surnaturel de l'amour, c'est que la mortification de l'égoïsme est la libératrice de la conscience.

L'âme monte, à mesure qu'elle jette le lest de ses convoitises ; elle respire avec plus d'aise, domine de plus larges horizons, est davantage maîtresse d'elle-même et du monde.

La donation totale d'elle-même à la charité lui

1. la 2ae, q. 64, art. 4. Cfr. q. 65, art. 4 ; 2a 2ae, q. 23, art. 8, ad 3.

confère la possession plénière de sa liberté.

Oh ! comme il fait bon tenir ce langage élevé à la jeunesse chrétienne.

Combien il faut se garder, avec certains modernistes rationalisants, ' de ravaler Dieu jusqu'à le mettre au service des intérêts de Thumanité ! Ne laïcisons pas, si j'ose le dire^ la charité surnaturelle, en l'abaissant au niveau de la philanthropie.

Ne vidons pas davantage la charité de sa sève d'amou^r pour nos frères. Ce serait convertir la plus sublime des vertus en un fanatisme bigot, et le Livre inspiré lui-même nous confondrait, en nous rappelant que « la religion, pour être pure et immaculée sous le regard de Dieu, notre Père, doit nous pencher le cœur vers l'orphelin, nous faire porter secours aux veuves éprouvées et nous garder nous-mêmes de toute souillure morale. — Religio munda et immaculataapud Deum et Patrem haec est : vïsitare pupillos et viduas in tribulatione eorum et immaculatum se custodire ab hoc saeculo * » .

Que notre amour pour Dieu pénètre toute notre moralité et qu'il n'y ait pas, si possible, une seule démarche de notre vie morale qui ne nous mène jusqu'au trône de Dieu.

Oh ! la merveilleuse grandeur, oh ! la triomphante unité d'une pareille vie.

A quoi la comparerai-je?

Contemplez la majesté sereine de nos cathédrales gothiques : ces arceaux qui retombent sur les piliers auxquels s'arc-boutent les contreforts, base

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