‹ Le christianisme dans la vie moderne: pages choisies de S.E. le Cardinal MercierChapitre 29 sur 76 · II Thess., UI · texte numérisé non relu

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que leur manière de vivre provoque de pareilles réflexions ?

A ces exemples déprimants, comme il est bon d'opposer le spectacle de ces familles aristocratiques, bourgeoises, ouvrières, où les enfants, en grand nombre, pareils aux rameaux de Folivier, entourent le tronc, d'où ils sont issus, d'une large et vigoureuse couronne, remplissent le foyer de vie et de mouvement et de joie, et où les chauds effluves de Faffection filiale et fraternelle empêchent la pensée du père et de la mère de s'arrêter trop pesamment sur les difficultés et les peines inséparables de l'existence, et leur promettent une vieillesse qui ne sera ni solitaire ni abandonnée.

Y a-t-il rien de plus beau au monde, rien de plus réconfortant et de plus- digne de tous nos respects que Tune de ces familles, heureusement encore nombreuses au sein de nos vaillantes populations, surtout parmi la classe ouvrière, où six, huit, dix enfants et davantage croissent, se développent, se forment à Técole du travail et même, ayons le courage de le dire, à celle plus virile encore des privations et du sacrifice ?

Voilà les usines où se forgent les énergies^ où se trempent les caractères.

Quand je considère ceux qui montent et ceux qui descendent l'échelle sociale, dit quelque part un économiste d'une indiscutable autorité, M. Paul Leroy-Beaulieu, je vois que ceux qui montent portent des sabots et ceux qui descendent des souliers vernis.

Oh ! je le sais, mes chers ouvriers, tous vos fils

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ne monteront pas et il ne faut pas souhaiter que tous aillent s'enrichir dans la grande ville. Plusieurs resteront autour de vous, au village natal. Mais la densité même de votre population familiale en obligera quelques-uns» au moins, à essaimer vers ces agglomérations puissantes où se concentre l'activité industrielle.

Là, à mesure que la concurrence devient plus intense, Tesprit d'invention s'aiguise, l'outillage mécanique se perfectionne, les produits du sol sont plus savamment et plus complètement exploités, les débouchés sont plus passionnément recherchés, et ainsi, à raison même de la condensation de la population, s'accélère le progrès de l'industrie et du commerce. Les fils de familles nombreuses sont les mieux armés pour réussir dans ces luttes économiques. Rompus dès leur jeune âge à une vie laborieuse, habitués à l'endurance, doués d'un caractère qui s'est adouci au frottement quotidien du commerce fraternel, en possession d'une volonté mieux disciplinée et plus forte, ils ont en main les meilleures chances d'avenir.

Et lorsque l'esprit chrétien agit efficacement dans une famille, les aînés deviennent les protecteurs vigilants des plus jeunes; ceux qui sont corporellement les plus forts facilitent l'ascension aux carrières libérales de ceux qui sont plus intelligents ; tous sentent Tobligation de s'entr' aider et, dans cette entraide même, les liens de Tafifection mutuelle se resserrent, tandis que les parents contemplent avec fierté les premiers fruits de leurs durs labeurs et caressent l'espoir d'une vieillesse entourée d'honneur et de sécurité.

Oh ! je sais ce que Ton peut opposer à ce riant tableau, et je n'entends pas cacher à ceux qui le regardent les ombres de la réalité.

Elever une famille nombreuse, ce n'est pas arriver d'emblée au succès, mais c'est le préparer;. le labeur en est rude, mais fécond. Tant que les enfants sont en bas âge et se suivent de près, les parents ont la vie pénible, et, pour peu que le chômage les frustre du salaire journalier, que la maladie s'abatte sur les leurs, les privations peuvent devenir amères et les douleurs cuisantes.

Personne ne nie cela, et personne, que je sache, n'a trouvé le moyen de supprimer la souffrance. Mais, tandis que l'ouvrier qui n'a qu'un ou deux fils est très exposé à les voir déserter au plus tôt le toit familial^ dépenser au cabaret ou ailleurs leur salaire et refuser odieusement à leurs parents, caducs ou infirmes, la pension alimentaire à laquelle la morale et la loi lés obligent, le père et la mère d'une famille nombreuse, chrétiennement éduquée, possèdent dans les bras de chacun de leurs enfants un capital, et, en les plaçant tous dans l'heureuse nécessité d'utiliser leurs énergies, ils accroissent tous à la fois les ressources de la famille et obligent ceux qui la composent à se développer avec plus de vigueur, plus de patience et plus d'amour...

Si, donc. Dieu a béni votre union, n'enviez pas le sort des foyers déserts. Plaignez, au contraire, les unions naturellement ou librement infécondes. Estimez, louez, encouragez les parents, aisés ou pauvres, qui ont assez de confiance en eux-mêmes

et en Dieu pour nous donner des familles nombreuses. Elles sont déjà ou seront, demain, leur honneur et leur mérite. Elles procurent à la patrie des hommes d'initiative et de caractère, destinés à occuper les postes d'honneur ou de combat que désertent les jouisseurs improductifs de fortunes trop facilement acquises ; elles fourniront demain, nous en nourrissons Tespoir, des colonisateurs intrépides à notre seconde patrie ; à l'Eglise, eUes donneront des prêtres, des missionnaires, des apôtres, qui renouvellent et ravitaillent sans relâche les phalanges de la religion et de la charité.

Elle n'est donc ni un vain mot, ni un leurre, la solennelle bénédiction prononcée par Dieu sur l'union de nos premiers parents : « Croissez et multipliez-vous*. »

La liturgie ne berce pas les époux d'un rêve illusoire, lorsqu'elle appelle. sur l'épouse, comme une bénédiction, la fécondité, « su foecunda in sobole », et qu'elle souhaite aux parents, comme un bienfait, de voir nombreux leurs fils et les fils de leurs fils, jusqu'à la troisième et à la quatrième génération.

Ici encore, à un point de vue plus général, FEglise catholique possède dans ses enseignements moraux les principes de la solution d'un des problèmes les plus graves de l'économie sociale ; j'entends parler du problème qui a pour objet la conciliation de Taccroissement de la population avec les limites que la nature impose à la productivité du sol .

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