‹ Le christianisme dans la vie moderne: pages choisies de S.E. le Cardinal MercierChapitre 47 sur 76 · Joan., XV · texte numérisé non relu

Joan., XV

invisible que la pensée humaine est capable de saisir. Les génies du monde païen vivaient en commerce assidu avec Tabsolu, et il n'est pas d'homme, si bas soit-il dans l'échelle de la civilisation, qui ne s'attache, à certaines heures, à- la vision de réalités autres que celles qu'emporte le flux de la matière.

Mais le sommet de la spéculation rationnelle est la conscience d'un Être supérieur à l'univers perceptible par nos sens, d'une cause distincte de cet univers, objet terminal du mouvement qui s'y produit. Aussi, demandez à la raison ce que Dieu n'est pas, elle pourra vous le dire, et encore ne fera-t-elle le plus souvent que balbutier sa réponse. Mais ne lui demandez pas do vous expliquer ce que positivement et à proprement parler Dieu est et de quelle vie II vit, — elle resterait muette comme l'animal devant un problème de métaphysique ^

Ce que, dans sa vie intime, Dieu est, Dieu seul le sait, seul II a pu nous le révéler. « Quœ Dei sunt nemo cognovit nisi spiriius Dei ". »

Il est cet Esprit subsistant par lui-même, qui en

1 . Dans son commentaire au Livre des Noms divins, de Denis rAréopagite, saint Thomas d'Aquin fait observer qne tous les noms attribuables par nous à Dieu doivent subir, pour Lui être appliqués sans erreur, le correctif d une négation. Les Platoniciens concédaient que les expressions être, vie» intelligence sont soumises à cette condition, mais ils voulaient excepter de la loi générale la bonté. Non, réplique saint Thomas, encore que l'attribut de bonté soit le plus noble de tous, il n'est pas. sans plus, applicable à Dieu dans son sens obvié. Pour rester dans le vrai, il faut, après avoir affirmé que Dieu est bon, ajouter aussitôt qu il ne 1 est pas comme nous le sommes, mais l'est tout autrement que les meilleures des créatures.

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