I Cor. VI
nous captivent ou nous absorbent, sans qu'il y ait d'ordinaire de notre faute; mais au moins, ne devrions-nous pas travailler sans relâche à alléger, le plus que nous le pouvons, le poids qui alourdit nos cœurs? Et ne serait-il pas équitable, lorsque le commerce extérieur nous empêche de penser activement à ces réalités invisibles qui s'accomplissent au dedans de nous et dont la valeur prime tout le reste, de pousser plus souvent devant Dieu un soupir de regret qui serait encore un acte d'amour ?
Oui, Dieu nous parle au cœur et, si nous ne L'entendons pas plus souvent, c'est que nous ne tenons pas assez, dans le recueillement du silence, le cœur levé vers Lui.
Oh ! que ne pouvons-nous sincèrement Lui dire, tout le long du jour, avec le psalmiste : « De toute l'ardeur de mon cœur, je vous cherche, In toto corde meo exquisivi te.,. Voyez combien je suis en quête de vos volontés, Ecce concupivi mandata tua. Mes mains sont levées pour demander vos ordres, car je les aime. Et levavi manus meas ad mandata tua^ quae dilexi. Mon âme défaille à la recherche de mon Sauveur, Defecit in salutare tuum anima mea. Mes yeux s'épuisent à scruter votre parole, Defecerunt oculimei in eloçuium tuum. Sans cesse, mon âme est avide de chercher vos enseignements. Conciipivit anima mea desiderare jus/ificationes tuas in omni t empare. J'ai ouvert la bouche pour aspirer en moi votre souffle, tant je suis avide de connaître vos volontés. Abaissez un regard sur moi, ayez pitié de moi : Os meum aperui et attraxi spi-
ritum quia mandata tua desiderabam, Aspice in me et miserere mei. »
Plus vous vous habituerez à ces aspirations brûlantes qui étaient familiëres aux saints, plus vous trouverez Dieu en tout, partout, toujours.
Sans cesse, il vous parle par les créatures. Les cieiix chantent sa gloire, <f Coeli enarrant gloriam Dei », les soulèvements dés mers, le fracas de la foudre qui brise les cèdres et fait trembler le désert nous disent sa puissance, « Vax Domini super aquas.,. Vox Domini confringentis cedros et concutientis-desertum. »
L'Eglise demande au prêtre d'écouter, chaque matin, au moment où le Dieu de TËucharistie réside sensiblement en lui, le langage de la créature universelle et de joindre sa voix aux cieux, à la terre pour bénir avec eux le saint nom de Dieu.
Dieu nous parle par les événements : un revers de fortune, une tentation fait prier, la mort d'une personne aimée ouvre le regard sur Téternité ; une ingratitude, une trahison, une humiliation détache des créatures et rapproche de Dieu ; une chute confond, terrasse, fait penser à la justice de Dieu ou espérer en son infinie miséricorde ; les joies de la vie augmentent dans les cœurs reconnaissants le sentiment de la bonté du Père céleste.
Le Verbe de Dieu nous parle encore par les saintes Ecritures, par les enseignements de l'Eglise, par les rites et les prières de la Liturgie.
Par-dessus tout, notre divin Jésus nous parle par ses exemples et par sa vie. Oh ! combien II avait le droit de nous dire, notre bon Sauveur, a Je vous ai donné l'exemple afin que, ce que j'ai fait, vous
le fassiez à votre tour ; Exemplum dedi vobis^ ut quem admodum ego feci ita et vosfaciatis ». Contemplons- Le dans sa crèche, au temple, dans le désert, en route vers l'Egypte ; établissons-nous avec Lui, en esprit, au milieu de sa sainte famille, dans sa chaumière, dans son atelier de Nazareth ; suivons-Le dans les pérégrinations de sa vie publique» recueillons les discours qui tombent de ses lèvres divines ; en sa compagnie, habituons-nous à la fatigue au service du prochain ; reridons le bien à ceux qui nous font du mal, passionnons-nous pour la gloire de Dieu, mettant au-dessus de tout Taccomplissement de sa volonté sainte ; arrêtons-nous avec prédilection au Cénacle, au lavement des pieds et à l'institution de la sainte Eucharistie ; à Gethsémani, à la contemplation des larmes et de la sueur sanglante du Christ agonisant ; au prétoire, sur le chemin de la croix, au Calvaire enfin, et au saint sépulcre, nous remémorant sans relâche, et avec autant de reconnaissance que d'amour, cette prédiction de notre Jésus bien-aimé, qui était en même temps de sa part l'expression d'une espérance : « Quand je serai élevé en croix, j'attirerai tout à moi. Et ego quando exaltatiis fiiero a terra omnia traham ad meipsum. »
A certains jours, peut-être, le Tout-Puissant fera retentir en vous une de ces paroles souveraines qui opèrent des transformations radicales, de celles qu'entendirent Paul sur le chemin de Damas :
« Paul, Paul, pourquoi me persécutes-tu ? » ; François d'Assise, au milieu des frivolités de ses plaisirs : « Pater nos ter qui es in coeliSy Notre Père qui êtes aux cieux, vous me suffisez, vous êtes mon
Dieu, VOUS êtes tout pour moi, Deus meus et omnia » ; Bernard, au moment où il remémorait la série de ses désenchantements : « Venez à moi, vous qui êtes dans la peine, prenez sur vos épaules mon joug, il est doux et léger » ; François-Xavier, tandis qu'il s'abandonnait à des rêves d'ambition humaine : « Que sert à Thomme d'avoir possédé l'univers s'il ne sauve pas son âme? Quid prodest homini si mundum universum lucretur, animae vero suae de trimentum patiatur? — Ce sont de ces paroles qui, docilement écoutées, forment d'un coup, un héros.
Saint Augustin nous a admirablement décrit, dans ses Confessions^^ la puissance d'action des paroles divines sur les consciences rebelles. Depuis douze ans, écrit-il, enlisé dans la sensualité, « j'hésitais à mourir à la mort et à vivre à la vie ». Jusques à quand? Jusques à quand? disait une voix du dehors. « Demain, demain! » répondait la passion. Et la voix répliquait : c< Pourquoi pas à rinstant ? » Et ces luîtes pénibles se prolongeaient, confesse le fils de Monique, jusqu'à ce qu'un jour, rêvant, couché sur le sable, proche de mon ami Alypius, j'entendis une voix plus pénétrante que de coutume me crier : « Toile ^ legs, prends et lis. » Et je pris le volume des Lettres de saint Paul que j'avais sous la main et je lus : « Ne vis pas dans la volupté, mais revêts-toi de Notre-Seigneur Jésus-Christ*. »
(c Je n'eus pas besoin de poursuivre ma lecture, dit le saint, il se répandit dans mon âme une lu-