Conf, Liv.y Vni, ch. xiii
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miëre sereine qui dissipa sur le champ les ténèbres de mon incertitude. y>
Mais nous n'insistons pas sur cette action extraordinaire qu'opère la grâce en des âmes de choix. Ordinairement, la parole intérieure^ de Dieu agit suavement, progressivement; le plus souvent même, nous n'en avons point la perception distincte ; elle n'en pénètre pas moins les moelles de l'âme et vous avez dû expérimenter que, lorsque vous vous relevez sous son impulsion, il y a plus de lumière dans votre intérieur, vous vous sentez plus fort, votre cœur a plus d'élan vers Dieu, plus d'ardeur au travail.
« Faites pénétrer dans mon cœur votre bon es- <( prit, demandait saint Ambroise, qu'il s'y répande « sans résonner, qu'il m'enseigne, sans bruit, toute « vérité. » « Intret spiriius tuus bonus in cor meum, « qui sonet ibi sine sono et sine strepitu verborum « loquatur mihi omnem veritatem. »
La méditation n'est pas un exercice intellectuel solitaire, mais un entretien de Pâme avec notre Dieu vivant.
Deux personnes y sont essentiellement engagées.
Et parce qu'il n'y a pas d'heure déterminée, qui soit affectée, de façon exclusive, au service de Dieu, l'oraison est, en rigueur de termes, continuelle; si une heure de la journée lui est spécialement réservée^ c'est pour mieux assurer son influence sûr les actes qui la suivront et dont elle devra être le principe vivifiant.
Etant un entretien avec Dieu, l'oraison consistera
à écouter Dieu plus encore qu'à Lui parler. Quand le Dieu infini, qui n'a nul besoin de nous, daigne s'incliner vers les chétives créatures que nous sommes, et les invite à s'entretenir avec Lui, n'est-il pas, en effet, de la plus élémentaire convenance que nous nous tournions, avec avidité, vers Lui, guettant le moment où il Lui plaira de laisser tomber sur nous une de ses paroles bénies ; résolus, d'ailleurs, à l'accueillir avec reconnaissance et respect et à la faire passer en nous pour en vivre ?
L'objet principal de l'oraison ne sera donc pas une vérité abstraite à mûrir dans un intérêt moral ; son objet principal sera notre Dieu vivanl, Notre- Seigneur Jésus-Christy sa personne, ses enseignements, ses exemples, ses états, ses œuvres.
N'eussions-nous pas conscience de vouloir nous amender ou nous perfectionner; l'oraison nous purifiera, nous sanctifiera, car les attraits du Cœur de Dieu sont le plus fort stimulant de l'effort chrétien et le motif le plus efficace des déterminations viriles d'une âme généreuse.
A coup sûr, elle mettra en jeu nos facultés cognitives, car Dieu ne voudrait pas de nous un culte aveugle ou inconsidéré, mais les avances bienfaisantes de l'amitié de Dieu attireront notre premier regard, amorceront l'entretien, et ce même sentiment de l'amour que Dieu nous porte et de celui que nous Lui devons sera le soutien constant de notre attention docile et généreuse à sa parole.
L'âme sortira de son entretien avec son Dieu, animée d'un désir toujours plus vif de L'aimer davantage et d'aimer, avec Lui et pour Lui, les
créatures qu'il aime. Elle n'y formulera peut-être pas chaque fois une résolution expresse de se corriger de tel défaut qui fait en elle obstacle à son avancement spirituel^ ni même de pratiquer plus exactement telle ou telle vertu particulière, mais elle n'en sortira pas moins de l'oraison avec une volonté plue décidée d'avancer dans la charité et celle-ci, à son tour, n'en sera pas moins, par une conséquence indirecte nécessaire, un principe fécond d'activité forte et de progrès moral.
Assurément, nous ne songeons pas à mettre en question la nécessité de surveiller sa conscience et l'utilité d'exercer aussi, quand il y a lieu, au cours de Toraison, ce contrôle sur soi-même, mais vous ferez bien d'observer que, si l'examen de conscience a son rôle obligé dans le développement de notre vie morale, il ne faut cependant ni Tidentifier avec l'oraison, ni même y voir un élément essentiel pratiquement indispensable de toute oraison.
L'examen de conscience porte directement sur le moi et ne mène à Dieu que par un choc en retour, tandis que la raison d'être de l'oraison et son eflet immédiat, est de soulever l'âme au-dessus d'ellemême, de lui faire oublier ses préoccupations intéressées, même morales, en l'attachant fixement à Dieu, à Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui seul est bon, qui seul est saint, qui seul est le Maître, qui seul, enfin, est le Très-Haut et habite avec le Saint- Esprit dans la gloire de Dieu le Père, « Tu solus sanctus^ tu solus dominus^ tu solus altissimus, Jesu Christe, cum sancto SpiritUj in gloria Dei PcUris ».
Le premier acte de l'oraison doit être un acte d'amour.
L'amour est le premier moteur de l'univers, dit Dante dans son Paradis. Ce qu'il y a, en effet, de plus profond dans la nature de chaque être, c'est son orientation vers le bien absolu.
La loi de son mouvement, qu'il suit inconsciemment ou à laquelle il doit librement obéir, est l'empreinte du Premier Amour. Dieu a été le premier à nous aimer, écrit saint Jean. « Ipse prior dilexit nos. »
Or, l'amour commande l'amour.
Dieu nous a aimés le premier. Avant que nous fussions au monde, capables d'une action bonne ou mauvaise, sa pensée pleine d'amour s'arrêtait sur nous. Il nous appelait à l'existence et nous donnait, avec la vie, la capacité du bonheur. Puis, Il nous a dnvoyé son Fils unique, afin que nous partagions sa vie divine. Or, voilà la charité, s'écrie saint Jean : Dieu ne nous rend pas un amour que nous Lui aurions d'abord voué, mais Lui-même nous a aimés le premier et nous a envoyé son Fils qui s'est sacrifié pour expier nos péchés. « in hoc apparuit caritas Dei in nobiSy quoniam Filium siium imigenitum misit Deus in mundumy ut vivamus per eum. In hoc est caritas non quasi nos dilexerimus Deurn^ sed quoniam ipse prior dilexit noSy et misit Filium suum propitiationem pro peccatis nos tris ^ »
Oui, le fait qui domine l'histoire, le soleil qui éclaire et réchaufie le monde moral, c'est Tamour que Dieu a daigné nous donner, nous prouver, et la première loi qui en découle, c'est l'obligation heureuse où nous s'ommes d'aimer Dieu et, en L'ai-