‹ Le christianisme dans la vie moderne: pages choisies de S.E. le Cardinal MercierChapitre 61 sur 76 · Tkevareties of religions expérience , p · texte numérisé non relu

Tkevareties of religions expérience , p

VERS l'unité intérieure 261

page du Banquet, ou, après avoir fait recommander à Socrate, par Diotime, de chercher Tordre et la beauté qui en est le reflet, dans des expériences particulières, dans la considération des choses sensibles, d'abord ; dans la contemplation des âmes, de leurs bonnes actions, dans les institutions et les lois, ensuite ; dans les sciences, enfin, le philosophe formule ces conclusions élevées: « Oui, Socrate, celui qui, après avoir parcouru, selon Tordre, tous les degrés du beau, sera ainsi parvenu au terme de son initiation, apercevra soudain une beauté substantielle admirable, celle qui était Tobjectif de tous ses eftorts antérieurs ; beauté éternelle, incréée et impérissable ; exempte d'accroissement et de diminution ; beauté qui n'est point belle d'un point de vue, laide de Tautre ; belle en un temps et non en un autre ; belle sous un rapport ; laide sous un autre ; belle ici, laide ailleurs ; belle pour ceux-ci, laide pour ceux-là ; beauté que Ton ne peut imaginer sensiblement sous forme de visage, de mains ou de membres corporels ; qui n'çst pas davantage un discours ou une science ; qui ne réside pas en autre chose qu'elle-même, soit dans un être vivant, soit dans une réalité quelconque, terrestre ou céleste, mais qui soi-même, en soi-même, pour soimême, forme une nature unique toujours subsistante ; beauté dont participent d'une certaine façon toutes les choses qui sont belles sans que cependant leur naissance ou leur disparition la rendent ni plus riche ni plus pauvre," lui infligent aucune atteinte... mon cher Socrate, si quelque chose donne du prix à la vie humaine, c'est la contemplation de la beauté absolue. Si jamais tu montes à cet idéal,

262 LE CHRISTIANISME KT l'aVENIR

que te sembleront, en sa présence, Tor et la parure, les grâces de l'enfance et les charmes de la jeunesse ?... Crois-tu qu'elle serait si misérable la vie qui te ferait tourner les regards de ce côté et jouir de la contemplation et du commerce d'un aussi noble objet ? Ne penses-tu pas> au contraire, que l'homme qui s'attache fixement à lui, produira non pas des simulacres de vertus, puisqu'il ne se laisse pas retenir par des simulacres, mais la véritable vertu, puisqu'il s'attache à la vérité ?. . . Si quelqu'un doit être immortel, c'est lui^ »

La tradition chrétienne — depuis les Pères de TEglise, qui s'inspirèrent surtout de la métaphysique platonicienne, jusqu'aux Docteurs du moyen âge, qui suivirent pour la plupart le sillage d'Aristote — fut unanime à se former, en accord avec les requêtes de la conscience morale et religieuse, une conception compréhensive de la philosophie.

La Scolastique se reconnaît à ces trois traits qui s'harmonisent dans l'unité plénière de sa physionomie ; l'utilisation des sens et de la raison, sous la réserve de la subordination des premiers à la seconde; la soumission à un idéal unique, fait de vérité et de bonté, lumière et attrait; l'union, sans absorption ni exclusion, de la nature et de la surnature, c'est-à-dire de la raison et de la foi, du libre arbitre et de la grâce, de la famille ou de la cité et de TEglise.

Sans doute, à partir du xii* siècle, — les documents méthodologiques, mis au jour depuis dix ans, l'ont établi à l'évidence, — la philosophie et la théo-

Page 1