Ibid., Prop. 36, Schol
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point échapper à Texclusivisme spéculatif. Son panthéisme est le développement logique d'une idée, bien plus que la concentration d'une volonté sur un objet jugé digne d'amour et de culte.
Kant, sans doute, a embrassé dans sa critique les deux domaines de la pensée et de l'action, mais, au lieu de les rapprocher dans une conception intégrale unique, il n'a abouti qu'à creuser le fossé qui les séparait et à ériger en droit le dualisme que Descartes avait opéré en fait.
D'après lui, en effet, tandis que l'homme n'arrive aux conclusions métaphysiques qu'en les appuyant sur le sentiment personnel du devoir, la science garde le monopole de la certitude strictement dite, et, dès lors, la philosophie, digne de ce nom, ne peut être que théorique.
L'exclusivisme scientifique descendit dans l'opinion publique, qui en vint à ne plus respecter la distinction qui s'impose entre les sciences particulières avec leur programme propre, leurs procédés distinctifs, leurs conclusions fermes, et a la Science » qui, sous une appellation collective, était supposée les condenser et les achever.
La recherche scientifique, dans le domaine de l'archéologie et de l'histoire aussi bien que dans celui. des sciences de la nature, a besoin d'idées directrices qui sont les moteurs et les guides de l'effort. Les professionnels savent que ce sont des outils que l'expérience éprouvera, perfectionnera ou rejettera; mais le public même instruit, que fascinaient les progrès merveilleux et incessants réalisés parles sciences positives, identifia à plaisir l'hypothèse scientifique avec la science elle-même ;
rhypoihëse, utile dans un cercle restreint de phénomènes, avec une théorie ou vue générale de l'esprit, et il y eut une heure — est-elle passée pour tous? — oii la Science, hissée sur un trône, par Tengouement général, était chargée de représenter et d'être tout à la fois, la pensée, la morale, la religion.
 l'heure où cet engouement stupide atteignait son apogée, résonna en France le coup de clairon de Brunetiëre : la faillite de la science.
Henri Poincaré, Duhem, Le Roy rappelèrent avec autorité certains théoriciens naïfs à une intelligence plus modeste et plus saine des principes et des inductions de la science. Pascal, non point le géomètre, mais le moraliste, le croyant, l'apologiste, fut remis en honneur.
Aux Etats-Unis et en Angleterre, en France, en Italie, les réactions pragmatistes ou volontaristes pullulèrent, et aujourd'hui, j'entends dans la philosophie de ces dernières décades, le débat semble nettement posé entre l'intellectualisme et « l'antiintellectualisme », celui-ci réagissant, à son tour, avec excès contre les excès de celui-là.
Le premier, issu de Descartes, en est resté à l'exclusivisme et ne veut toujours voir dans le philosophe qu'un cerveau pensant.
Le second a ressaisi, même avec fougue, l'homme tout entier, avec ses sens, son intelligence, toutes ses facultés de connaître, sans doute, mais aussi avec ses émotions, ses aspirations, ses vouloirs ; avec sa foi religieuse, s'il est croyant; avec toutes ses attaches, même familiales et sociales.
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Aussi bien, n'est-ce pas Thomme concret, en chair et en os, c'est-à-dire le moi personnel, moral ou amoral, si vous le voulez, religieux ou areligieux, chrétien ou non chrétien, catholique ou non catholique, enfln Thomme tout entier vivant, pensant, agissant, qui philosophe?
Et dès lors, comment voulez-vous que sa pensée s'arrête, que son âme de chercheur soit en repos, tant que, dans la construction mentale qu'il aura élaborée, il ne se retrouvera pas luimême?
Il y a en nous, je le sais et ne l'oublie pas, deux pensées qui se superposent. Tune spontanée, Tautre réflexive. Mais la seconde a pour matière et pour objet le contenu de la première, et dès lors, ce n'est qu'en l'épuisant qu'elle s'apaisera.
Taine se gaussait de Royer-CoUard qui, à l'école de Reid, avait appris à confronter ses conclusions doctrinales avec le sens commun.
Certes, le sens commun n'est pas le juge d'appel. Il se fait juger. Néanmoins, en première instance, il juge.
Quant à la réflexion, elle déroge à sa mission de contrôle, dans la mesure où elle rétrécit son champ de vision, qui est naturellement coextensif à celui de la vie spontanée.
La loi primordiale du théoricien de la philosophie est donc de donner pour thème à ses investigations,^ non pas la pensée et Texistence du moi pensant; non pas davantage une partie plus ou moins large du réel que quelques sciences particu- Hères exploitent, mais la totalité de l'être que notre activité directe est capable d'embrasser.
Et il importera de ne point déformer ces données premières.
Le philosophe les serrera d'aussi près qu'il le pourra; et parce qu'elles forment, non un champ où se juxtaposent des parterres tirés au cordeau, mais un fleuve dans lequel toutes les sources de l'activité de l'âme confondent leurs eaux, le philosophe sera astreint à une double tâche.
Il décomposera le donné spontané parce que, fait pour abstraire et incapable de se soustraire à sa nature et aux lois qu'elle lui impose, il doit, bon gré mal pré, débuter par l'analyse.
Mais, lorsque celle-ci aura terminé son labeur, il recomposera.
Pas de philosophie sans synthèse.
Pas de philosophie achevée, sans synthèse intégrale.
L'unité n est pas seulement, au point de vue esthétique, le sceau de la grandeur, l'indice révélateur de l'ordre, elle est la condition delà stabilité, la loi essentielle de l'équihbre et de la durée.
Deux courants de pensée ramènent aujourd'hui la philosophie à une conception unitaire.
Un premier courant se dessine dans le pragmatisme de William James, dans l'humanisme de Schiller et dans leurs multiples dérivés. Je ne m'y attarderai pas, parce que j'y vois des méthodes plutôt que des systèmes.
Ces méthodes s'inspirent d'une préoccupation commune, la substitution d'une fin utilitaire à la connaissance objective de la vérité ; elles s'accordent dans leur opposition outrancière à l'exclusi-
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visme spéculatif, marquent une orientation, mais n'ont pas produit une synthèse doctrinale qui se signale par des résultats appréciables et nouveaux.
La France, au contraire, possède à Theure présente un groupe de penseurs d'une puissante originalité.
A M. Léon OUé-Laprune, successeur de M. Vacherot à FEcole normale supérieure, échut la mission d'éveiller à la réflexion philosophique Bergson, Le Roy, Wilbois, Maurice Blondel, qui, d'une manière souvent indépendante, reviennent aujourd'hui par des voies partiellement convergentes vers une conception plus organique, plus unifiée de la philosophie.
M. OUé-Laprune marqua d'emblée le terme catholique d'une rénovation spirituelle vers l'unité .
« C'est une façon de penser et de philosopher très mesquine et très étroite, écrivait-il, que de réduire Thomme au sens, ou au sentiment, ou à la pure raison... C'est une mesquinerie et une étroitesse de supprimer la sphère religieuse et de traiter de l'homme et des choses humaines comme si le christianisme n'existait pas...
« Est-ce à dire qu'il faille tout mêler? Non pas, car tout mêler, c'est tout brouiller... Mais l'homme, rhomme qui pense, s'il a une façon large et haute, cet homme relie et domine ces domaines divers, et dans chacun il demeure ce qu'il est, homme complet et, si c'est un chrétien, chrétien complets »
Aux excès du criticisme, OUé-Laprune opposa le droit du philosophe aux affirmations initiales :