Le prix de la vie. Préface, pp. x-xi
« Pour penser virilement, disait-il, il n'est pas nécessaire d'avoir douté. Quand il s'agit de se rendre compte des choses, le doute n'y fait rien, dit excellemment Leibniz. Le doute détruit, dissout ou du moins trouble la chose à voir. Que, pour surmonter le doute, on examine, soit. Mais que, pour examiner, il faille commencer par douter, c'est ce que je nie K »
Au séparatisme arbitraire dont la loi pesait encore quasi-universellement sur les esprits, il opposa l'obligation de ne pas aller à la recherche de la vérité avec une âme mutilée, et se donna pour tâche d'unir toutes les forces intérieures, toutes les richesses de la tradition, toutes les ressources de la vie religieuse dans une philosophie qui, cependant, ne méconnaissait pas les prérogatives d'un intellectualisme docilement soumis à la réalité objective. « Penser est le labeur et l'office du philosophe, disait-il, mais je ne dirai pas que ce philosophe est un penseur, si être penseur c'est accomplir à part une fonction spéciale, et se ranger comme dans une caste, et avoir une étiquette restrictive ou un domaine où l'on se cantonne. Le vrai philosophe pense, lui, avec son âme tout entière. . ., car il pense en homme et humainement. Il pense en s'appuyant sur le sol qui le porte, en demeurant en contact avec l'humanité dont il fait partie, avec les vivants, avec les morts... Il pense enfin, attaché à Dieu, principe, soutien, lumière, règle de toute pensée... Qui ne peut vivre d'une vie normale et totale ne peut philosopher comme