‹ Le christianisme dans la vie moderne: pages choisies de S.E. le Cardinal MercierChapitre 69 sur 76 · Ed. Le Roy. Dogme et critique, p · texte numérisé non relu

Ed. Le Roy. Dogme et critique, p

les périls de mensonge que cèlent les méthodes appliquées par un de Tourville et un Durkheim aux sciences sociales.

Cela fait, et après un loyal hommage rendu aux efforts patients de la sociologie, M. Wilbois essaie de surprendre en son âme et dans la société « la poussée d'un élan humain » \ de même que Bergson tentait de saisir « l'élan vital » ; interrogeant, d'une part « l'intuition de la durée causante, qui rend indéfinies les prétentions de notre âme », et, d'autre part, les analyses sociologiques, il élabore une morale sociale, dont on ne peut ne pas admirer l'accent de noblesse et l'élévation.

Le Dieu de M. Wilbois et de M. Blondel n'est plus le devenir, bon gré mal gré panthéistique, de Bergson, en voie de perpétuelle reconstruction, auquel le fond mystérieux de l'âme adhérerait, sous la poussée d'un déterminisme inconscient ; c'est le Dieu transcendant, personnel. La vie morale et la vie religieuse s'enchaînent. Et ce n'est pas un mince réconfort pour une conscience chrétienne et catholique, que de voir des penseurs, dont nul ne conteste la loyauté, pousser la logique pénétrante de leurs déductions jusqu'à ces conclusions que nous nous plaisons à reproduire :

« Toutes les vérités qui nous intéressent sont l'expression d'une réalité sociale, écrit M. Wilbois. 11 est une réalité sociale qui enveloppe toutes les autres, c'est le transcendant qu'on rencontre dans la vie de l'humanité, c'est Dieu... Dieu exige de

1. Devoir et durée. Essai de mwale sociale, p. 403. Paris, AJcan, ^2.

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nous trois vertus principales : la foi^ Pespérance et la charité.

La foi : « Nous savons, dit M. Wilbois, que Dieu soutient^ dans son ensemble, la montée de son genre humain» et, puisque cette montée ne s'accomplit que par Taccord de nos missions particulières, je suis sûr qu'il ne m'abandonnera pas dans la mienne : n'est-ce pas lui qui nourrit les oiseaux et qui vêt les lis, ô hommes de peu de foi ?

« Je suis aussi grand que l'humanité, poursuit-il, et plus grand, puisque j'y ajoute mon présent, et aussi réel et plus réel que cette durée dont j'augmente la tension. Et moi, souverain maître de cette marée croissante, quelques-uns voudraient me faire dire que je ne suis qu'un phénomène aussi fragile qu'une bulle qui crève. Pour la raison moderne, le grand scandale n'est pas l'immortalié, mais la mort, et ainsi naît une vertu nouvelle, qu'on appelle l'espérance.

« La foi et Tespérance ne sont que des acheminements à la charité. Pour vivre complètement, — c'est toujours M. Wilbois qui parle, — nous devons aimer tous les hommes. Mais notre cœur ne peut s'éparpiller dans cette foule anonyme, ni la chérir dans des perfections qu'elle n'a pas : il faut qu'il se réfugie dans celui qui déjà lui a miraculeusement permis de croire et d'espérer. Il faut qu'il se donne passionnément à l'ascension où Dieu l'emporte, et qu*il aime désormais en Dieu ceux qui montent à ses côtés... Si je n'ai pas la charité, je suis aussi inexistant qu'un airain qui sonne et qu'une cymbale qui retentit, parce que, dans notre histoire, ce sont les actes de charité qui créent un

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peu plus d'humanité : si la durée est Tessence de l'esprit, la charité est la trame de la durée.

« Ces trois vertus ne me lient pas directement à Dieu : entre lui et moi, conclut Fauteur, il y a des intermédiaires : en droit, c'est tout le genre humain ; en fait c'est l'Eglise.

« Le christianisme nous propose un enseignement et une pratique morale, plus spécialement l'usage des sacrements.

« S'il fallait faire tenir la vérité chrétienne en trois mots, on la résumerait dans la formule : Dieu fait homme.

« A son tour, notre vie morale et notre existence sacramentelle peuvent se résumer en cette formule, inverse de la formule des dogmes : Vhomme haussé jusqu'à Dieu.

« Or, le double mouvement, de descente du Divin dans notre pensée et de montée de notre pratique vers le Divin, n'établit pas un contact entre Dieu et l'individu, mais entre Dieu et la société. Nos dogmes fondamentaux sont sociaux en effet S »

C'est ici que vient prendre place la philosophie de faction de M. Maurice Blondel, l'écrivain le plus pénétrant et le plus riche de la pléiade, mais dont la pensée, à raison de sa complexité même, de la multiplicité infiniment nuancée de ses aspects et de ses expressions, des problèmes fondamentaux auxquels elle touche^ a créé de troublantes équivoques et suscité des débats qui ne sont pas épuisés.

Philosophie y oui, car l'auteur entend ne mettre en œuvre que ses moyens naturels de connaître et ne

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