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282 LE GURISTUmSME ET L AVENIR
La nature humaine, non telle qu'elle est concevable dans un monde hypothétique qui n'exista jamais, mais telle qu'elle est donnée dans le monde des réalisations historiques, ne peut se confiner dans Tordre naturel sans éprouver le sentiment pénible de son irrémédiable indigence *.
La totalité de Texpérience, « Faction », rompt toujours réquilibre artificiel d'une pensée qui prétendait se suffire et se borner en elle-même.
L'unité et Téquilibre définitif que poursuit obstinément la conscience ne s'obtiennent donc pas par une systématisation rationnelle de vérités spéculatives, celles-ci fussent-elles indissolublement solidaires des vérités de l'Ethique et de la théologie naturelle, ils exigent d'elle l'aveu justifié d'une ' disproportion entre le terme mystérieux de notre destinée et les ressources défaillantes d'une nature à charge à elle-même.
Les problèmes posés au philosophe par l'expérience totale de la vie, la philosophie ne réussit ni à en comprendre tout l'énoncé, ni à en procurer la solution.
Le mouvement « vers l'unité » n'aboutit ni n'aboutira en pleine autonomie.
1. La nature humaine est blessée, dit saint Thomas d'Aquin. Le fond de son être et ses facultés subsistent dans leur intégrité, sans doute, mais il y a du désordre dans leurs inclinations et leurs capacités : la raison est obscurcie, la volonté endurcie, les énergies les plus nobles entravées, les passions égoïstes attisées. Somme théol. 1-2, p. 85, art. 3. Les théologiens ont coutume d'esquisser de deux traits l'état de l'humanité déchue : Le péché originel a ravi à l'homme, disent-ils, les richesses de la gr&ce et l'a blessé dans ses ressources naturelles ; Per peccatum originis hominem spoliatum gratuitis, vulneratum in naturalibus. '
VERS l'unité intérieure 283
La vérité suprême de la philosophie, c'est que la philosophie « séparée » ne réalise pas la synthèse intégrale delà vie réelle.
« Pour consommer la nature et clore Taspiration de l'homme, écrit M. Blondel, Thomme et la nature ne suffisent pas : or, il est impossible que le déploiement complet de l'action volontaire ne nous amène pas devant ce trou béant qui nous sépare de ce que nous voulons être ; il est impossible que nous comblions Tabîme, impossible que nous ne voulions pas qu'il soit comblé ; impossible que nous ne concevions point la nécessité d'une divine assistance ^ »
Tandis que le philosophe creuse cette indigence douloureuse, devant lui se dresse une société qui s'affirme d'origine divine, se dit en mesure de combler avec surabondance le vide de l'âme et de panser ses plaies, et s'offre, au surplus, — et ce point capital M. Blôndel l'a malheureusement trop laissé dans Tombre, — à fournir les preuves objectives, nécessaires, rationnelles de la légitimité de sa mission.
« Ecoute et regarde, disait le cardinal Dechamps : il n'y a que deux faits à vérifier, un en nous, et un hors de nous ; ces deux faits se recherchent pour s'embrasser, et, de tous les deux, le témoin c'est nous-mêmes '. »