Passage emprunté au discours « La conscience moderne
monde sidéral qui n'était qu'un profond mystère pour nos devanciers; la chimie a décomposé les corps et déterminé les lois de combinaison de leurs éléments, tandis que la cristallographie en décrit Farchitecture cristalline ; la physique a pu formuler la loi générale de Téquivalence des forces de la nature et le principe de la conservation de l'énergie ; la géologie et la cosmologie refont rhistoire de notre planète et de notre globe ; les sciences biologiques étudient la structure et le fonctionnement des organismes dans la vie élémentaire de la cellule et nous font connaître tous les jours davantage leur variété infinie, leurs liens réciproques, leurs relations géographiques et paléontologiques, tandis que l'embryogénie décrit les phases de leur évolution originelle ; les langues, les sociétés, les civilisations, tout est disséqué, analysé, pesé et mesuré : ne serait-il pas insensé de ne pas profiter de ces trésors pour arriver à des synthèses plus compréhensives et plus fécondes? Aujourd'hui, on ne se contente plus d'observer, on expérimente; on crée soi-même, à volonté, les conditions d'observation. Observer, c'est voir l'effet sortir de ses causes ; expérimenter, c'est poser soi-même les causes pour obliger les effets à se manifester. Eh bien, pourquoi hésiterionsnous à tirer parti des nombreuses ressources que l'expérimentation peut nous offrir, en l'appliquant, par exemple, à l'.étude, toute scolastique celle-là, puisque Albert le Grand et saint Thomas en ont posé les principes, des localisations cérébrales, ou à la mesure de l'intensité ou de la durée de nos actes psychiques?
Sans douie^ les progrès de la philosophie ne sont pas toujours en raison directe de la somme de matériaux que Texpérience accumule ; la sagacité vaut mieux que Fentassement pêle-mêle de faits ; et tel qui sait interroger et comprendre la nature, tirera peut-être meilleur parti d'une observation vulgaire que d'autres d'analyses multipliées.
Néanmoins, l'étude patiente des faits reste la condition ordinaire du progrès de la pensée ; c'est l'unique préoccupation de la plupart des savants contemporains.
Si donc nous voulons que la philosophie reprenne son empire sur la direction des esprits, ^il faut que nous aimions et que nous cultivions les sciences. Aussi longtemps que nous nous cantonnerons dans un enseignement déductif^ aussi longtemps que nous n'aurons à opposer à l'objection de l'homme de science que des adages de métaphysique générale ou d'anciennes formules dont le sens lui échappe, nous pourrons bien, je le veux, conserver fidèlement pour nous le trésor qui nous a été transmis, mais nous n'aurons rien fait pour la conquête des intelligences, pour le progrès et la diffusion de nos convictions philosophiques.
Il f^ut^ que dans ces différents domaines nous ayons des chercheurs et des maîtres qui par leur action à eux^ leurs œuvres à eux, conquièrent le droit de parler au monde savant et de s'en faire écouter, et alors, le jour où Ton se reprendra à répéter l'éternelle objection que la foi aveugle, que la foi et la raison ne sont pas compatibles, nous