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en 1836 la série de ses critiques artistiques en défendant Turner, et en 1887 i! entre comme étudiant à l'Université d'Oxford, qui était à cette époque en pleine crise intellectuelle et religieuse.
Les sciences naturelles s'y développaient et les deux mouvements de la High Church et de la Low Church commençaient à s'y dessiner. Rien dans son autobiographie ni dans ses écrits ne nous permet de dire qu'Oxford modifia ses pensées. Dépaysé dans cette Université de gentiemen commoners dont les travaux écrits ne dépassaient pas « douze lignes de quatre mots Chacune », qui n'appréciaient Ruskin que pour son bon Xérès, il demanda à sa mère de venir le rejoindre pour lui tenir compagnie. La mère n'hésila pas et vint s'installer à Oxford où elie recevait son fils tous les jours chez elle à l'heure du thé. Il compléta naturellement ses études classiques, se plaisant surtout dans la compagnie de Thucydide, d'Aristote et de Platon. Ces deux derniers écrivains devaient inspirer ses théories artistiques. Les philosophes allemands ne firent jamais ses délices, ils étaient vraiment trop abstraits et la «folle du logis » de notre étudiant, dépaysée dans ce monde nouveau, vagabondait un peu. Tout en pensant à Adèle-Clotilde, il se demandait pourquoi les anges n’apparaissaient plus comme au temps d'Abraham, — Adèle ne pouvant être un ange puisqu'elle était catholique romaine —, il regrettait de ne pas avoir vécu au temps du Christ pour monter avec Lui sur la montagne et traverser le lac de Galilée, au lieu d’être obligé de parcourir St-Bride's ou Fleet Street, et renonçait à imiter le Christian du Pilgrins Progress car Billiter Street ou la tour du Wharf, où son père avait ses caves, et le jardin de Herne Hill où mürissaient les cerises, ne pouvaient représenter pour lui la « Cité de la Destruction ». 11 concluait d'après ses pensées et ses lectures bibliques qu'il n'avait rien fait qui méritât l'enfer, mais trouvait étonnant que la « crème des crèmes des gens religieux » n'était pas plus pressée d'aller au ciel.
Dans ses poèmes écrits pour les Concours annuels d'Oxford sa pensée s'est un peu affranchie de la tutelle maternelle, mais ses sentiments religieux n'ont fait que ‘se développer,
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grâce sans doute au culte journalier, aux réunions de prières de Christ Church, ainsi qu'à sa lecture quotidienne de la Bible. La mère pouvait toujours espérer que son fils deviendrait évêque.
Adèle-Clotilde revint en Angleterre, mais se maria bientôt après en France. Ruskin, deux mois après ce mariage, tombait gravement malade, devait quitter l'Angleterre et, seules les brises vivifiantes des AUS purent lui redonner l'espoir et le désir de vivre.
Ces différentes crises morales et physiques n'avaient pas ébranlé sa foi religieuse, n'était-ce pas Dieu qui lui redonnait chaque fois la vie en lui permettant de contempler ses œuvres et de subir leur action bienfaisante.
En 1841, prêt à passer son examen de bachelier à l'Université d'Oxford, il renonça à la carrière ecclésiastique, non qu'il eût perdu la foi, mais plutôt par raison de santé. Ilrenonçait peut-être au port de la lévite, mais non pas au droit de prêcher du haut de son échelle tout en analysant une fresque de Giotto, sous les porches des vieilles cathédrales gothiques en interrogeant les vieux saints de pierre qui avaient toujours quelque chose de nouveau à dire à ce fils de puritain, dans les boutiques des marchands de pierres précieuses et jusque dans les guides de voyage.
Le futur prédicateur qui renonce aux études théologiques est consciencieux, il selivre immédiatement tout entier à ses études d'art, il enrichit les notes rapportées de ses premiers voyages en Italie par de nouveaux documents. La tàche était difficile, la terre de Giotto, de Raphaël et du Tintoret ne se dévoilait que lentement à l'œil du puritain écossais qui avait quelque peine à s’habituer au brillant coloris de l'école vénitienne. La nature même, celle qui lui avait redonné si souvent la vie, avait encore des secrets pour lui en 1841, quand il reconnut enfin que « Dieu a fait chaque chose belle en son heure » et que la nature est une des révélations divines.
Les années comprises entre 1843 et 1854 sont les plus bril-
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lantes de la carrière littéraire de John Ruskin, celles où il écrit : Modern Painters. The seven Lamps of Architecture. The Stones of Venice.
Pour caractériser toute cette période, nous résumerons les idées religieuses de Modern Painters en négligeant, pour donner plus de clarté à cette étude, les contradictions apparentes ; et nous reprendrons ensuite l'étude de tous les siones avant-coureurs de la erise de 1860.
Voicicomment celui, que d'’aucuns traitent volontiers de panthéiste, résume son œuvre dans la préface du cinquième volume des Modern Painters : «J'ai voulu dans ce long travail célébrer la perfection de la beauté immortelle de l'œuvre de Dieu, et juger l'ouvrage de l'homme d'après son respect et sa soumission envers la nature ». N'est-ce pas distinguer nettement Dieu de la nature qui est sa création, et affirmer la beauté de l'œuvre des sept jours. Le Dieu de Ruskin qui est toujours Celui que sa mère et la Bible lui ont révélé, est inconcevable pour l'esprit en tant que Créateur et Souverain maître du monde, mais seulement comme Juge et Protecteur de l’homme. La Nature qui reste parfaite, grâce à sa relation continuelle avec son auteur, ne sert jamais à notre écrivain de preuve directe de l'existence de Dieu, comme elle aurait pu servir à un Voltaire, mais d'exemple pour l'homme.
L'homme qui avait reçu de son Créateur la plus grande part d'intelligence parmi tous-les êtres de l'Univers est devenu l'inférieur de la Nature depuis la chute d'Adam.
Fuyant devant l'Eternel il a rompu les liens qui l’unissaient à Lui. La Nature n'ayant pas connu cette chute se trouve interposée entre Dieu et l'homme et sert à Ruskin comme à Job et au Christ, d'exemple et de chemin pour ramener l'homme à son Créateur. Elle devient «le canal de certaines vérités sacrées qui ne peuvent être communiquées par aucun autre moyen ». Ruskin a souvent fréquenté Florence et par les fresques de Giotto et de Fra Angelico, saint François est devenu inconsciemment son maître.
L'homme n'a pas seulement péché contre Dieu, mais encore contre la Nature, et ne peut plus entendre aucun lan-
gage divin, car il a changé « les cathédrales de la terre en champs de course et mange sur les autels des cathédrales de pierre. La Nature, comme Dieu, réclame de l'homme le même amour et le mème repentir pour se révéler à nouveau à la créature déchue. « Celui qui n'aime ni Dieu ni son frère, ne peut aimer l'herbe qui est sous ses pieds, ni les êtres créés qui ne vivent pas pour son usage, remplissant ces espaces de l'Univers dont il n'a pas besoin ; tandis que d'autre part, nul ne peut aimer Dieu, ni son frère, dans l'humanité, sans aimer toutes les choses que son Père aime. »
Mais pour aimer, il faut être pur. Seuls «ceux qui ont.le * Cœur pur verront Dieu » et comprendront la Nature. Cette prétention est par trop grande pour certains critiques qui crient au « mystique puritain ». Il s’en faut de peu qu'ils ne se donnent en exemple pour prouver que ni la sainteté, ni la pureté ne sont nécessaires pour comprendre la nature et en ressentir toutes les jouissances artistiques. Ruskin leur répond à l'avance « qu'il ne commit jamais une erreur ou une faute sans que füt diminuée sa puissance d'aimer, de jouir et de comprendre. »
La Nature est le royaume terrestre de Dieu. L'homme qui veut y entrer doit se soumettre aux règles évangéliques et devenir semblable à un enfant, posséder sa foi et sa curiosité sympathique sans cesse éveillée. Ce royaume n'a pas de limite, vous pouvez le trouver à Schaffouse aussi bien qu'au col de la Faucille, si vous avez eu soin de laisser dans la vallée tous les soucis de la terre. à
Les Prophètes, le Messie, les Saints, avant toute action et toute parole se retiraient au désert pour méditer et écouter dans le silence les leçons profondément humaines de l'arbre et de la source et leur enseignement conservait toujours un souvenir de ces heures de méditation. Notre futur prophète est attentif aux lecons du lys et de la fourmi. Les montagnes deviennent pour lui «les cathédrales de la terre, avec leurs portes de rochers, leurs par vis de nuages, leurs chœurs de ruisseaux et de pierres, leurs autels de neige, leurs voûtes de pourpre sillonnées sans cesse par les étoiles » et comme Michée il élève ses « yeux vers les montagnes. »