CHAPITRE I
La mission catholique.
Pendant l'invasion japonaise de lo92, nous avons vu que l'un des généraux japonais était avec son armée convertis au catholicisme. On a supposé qu'à leur contact les Koréens avaient pu entrer en rapport avec la religion chrétienne, mais le P. Dallet a montré qu'il n'en était rien, les troupes japonaises s 'étant toujours trouvées en présence d'un ennemi qui fuyait à leur approche. -
Chaque année, la Korée envoyait à Pékin une ambassade pour porter l'assurance de sa soumission, ainsi qu'un tribut au Céleste empire. En 4631, les envoyés koréens rencontrèrent des chrétiens qui leur remirent des objets tels que pistolets, télescopes, horloges et des livres de science et de piété parmi lesquels un ouvrage du P. Ricci. En 1686, un recueil de documents koréens parle d'étrangers venus pour apporter le chris-
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tianisme ; au bout de peu de temps, ils lurent expulsés (i).
Pendant une cinquantaine d'années, les livres venus de Chine restèrent dans l'oubli. Un groupe de nobles koréens lettrés se réunissait à cette époque pour discuter des grands problèmes de la vie. L'un d'eux avait les livres en question, ils furent tellement saisis par cette lecture qu'ils s'efforcèrent d'adapter leur vie à ces préceptes nouveaux. Ils désiraient seulement avoir des éclaircissements sur cette doctrine.
Le fds d'un haut dignitaire s'arrangea pour accompagner son père dans l'ambassade annuelle, et parvint ainsi à Pékin. Pendant le séjour de l'ambassade, il entra en rapport avec l'évêque, fut instruit et baptisé (1784). L'évêque était alors un franciscain, Alexandre de Govea. Le nouveau converti, baptisé sous le nom de Pierre Seng-houn-i, rentra en Korée avec un grand nombre de livres et d'objets religieux. Il rapporta surtout un zèle ardent et un noble enthousiasme. Lui et ses amis commencèrent à dire la bonne nouvelle autour d'eux et bientôt le christianisme se répandit dans le royaume, même dans les murs de la capitale, malgré le péril extrême qu'il y avait à pratiquer une religion nouvelle.
(i) Ce fait, mentionné par Hulbert (Passing of Korea, p. 107), n'est pas signalé dansl'ouvrage si important, unique même, du P. Dallet (Histoire de l'Eglise de Corée. Paris,. 187^. 3 vol.). A part ce détail nous nous en référons pour ce chapitre au P. Uallet.
Livrés à eux-mêmes, une foule de questions se posaient à ces nouveaux chrétiens. Comme aux premiers siècles, leurs frères de Corinthe avaient envoyé une députation à Paul, de même eux aussi déléguèrent l'un des leurs pour retourner à Pékin par le moyen de l'ambassade annuelle.
Une des questions graves était celle du culte des ancêtres. Pouvait-on être chrétien et continuer à adorer ses ancêtres ?
Le P. Ricci, un jésuite, n'avait pas jugé les deux choses incompatibles en Chine. Les Pères avaient discuté longuement l'affaire depuis ; l'opinion de l'évêque de Govea était très nette : il condamna le culte des ancêtres. Nous avons vu quelle place ce culte tient dans la vie non seulement religieuse, mais sociale et nationale de l'individu. La réponse de l'évêque amena de graves perturbations dans cette Eglise naissante. D'une part, ceux qui avaient été attirés par la beauté de l'enseignement chrétien, mais dont la vie n'avait pas été transformée, se retirèrent en présence du choix à faire. D'autre part, ceux qui, résolument, abandonnèrent le culte des ancêtres, furent considérés comme les pires des sacrilèges, comme des traîtres dangereux, et une persécution éclata (1791-1793). Parmi les martyrs, il faut compter plusieurs Koréens des familles les plus nobles. Le christianisme n'était cependant pas éteint.
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A plusieurs reprises déjà, les chrétiens avaient demandé à l'évéque un prêtre pour les instruire, mais la pénurie de l'Eglise de Chine n'avait pas permis de répondre à leur requête. En 1794, au moment où la persécution s'était calmée, le premier prêtre put enfin pénétrer en Korée. Sorti du séminaire de Pékin, le P. Jacques Tsiou était d'origine chinoise. Il parvint à gagner la retraite que les chrétiens lui avaient préparée et, pendant plusieurs années, il fut le seul soutien de l'Eglise. Sa présence bientôt connue à la cour occasionna une nouvelle persécution en 1801. Le nombre des chrétiens, évalué à dix mille, diminua rapidement par suite des défections et exécutions en masse. La plupart subissaient les tortures les plus affreuses avec une grande résignation, et une fermeté inébranlable. Le P. Tsiou se livra lui-même aux bourreaux pour faire cesser la persécution. Ceux qui avaient échappé aux satellites, s'étaient réfugiés dans les montagnes et, là, continuaient à garder leur foi.
En 1811, ces restes épars étaient parvenus à se réorganiser un peu, et ils envoyèrent à Pékin pour renouer leurs relations avec l'Eglise de Chine, et demander un nouveau prêtre. Mais cette Eglise traversait, elle aussi, une crise de persécution, et ne put venir en aide aux Koréens ; une seconde expédition en 1813 n'eut pas de meilleur résultat. Cette attente devait durer
jusqu'en 1832; pendant ce le riips, les chrétiens ne furent tourmentés qu'à deux reprises, en ISiii et eu 1827, mais ces persécutions, quoique violentes, furent courtes et locales ; l'église traversa en somme une période de tranquillité qui lui permit de se ressaisir. En 4831, le pape Grégoire XVI érigea la Koré© en vicariat apostolique, et Mgr Brugufère, de la Société des Missions étrangères, fut appelé à ce poste difficik. 11 mit trois ans pour aller de Siam, oii il était évèque, jusque sur la fe*ontière de Korée. Il eut à surm€ïnt«^r les dangers et les obstacles les plus grands, mais il eut surtout à renverser l'opposition sourde d'un prêtre chinois, le P. Pacifique Yu, qui était entré en Korée et voulait conserver l'autorité qu'il possédait sur les chrétieais. Mgr Bruguière écrit à son sujet : (( Ce prêtre chinois, bien loin de me préparer les voies et d'être mon précurseur, comme on me l'avait fait espérer, est au contraire, pour divers motifs que je commence à soupçonner, le grand obstacle à l'accomplissement de ma mission (1). » Mgr Bruguière mourut sans pouvoir pénétrer en Korée. C'est le P. Maubant qui parvint le premier à y entrer ; il fut bientôt rejoint par le P. Ghastan et, en 1837, par l'évêque Imbert. Ces trois missionnaires; avaient revêtu le costume de pleureurs comme étant le plus lavoTal)le à protéger leurs figures, et les mettant à l'abri èe toute
(i) Dallet, op. cit., t. II, p. P8.
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conversation dangereuse, car l'étiquette interdit de leur adresser la parole.
Tout à coup, sans raison apparente, en 1839, une terrible persécution éclata qui dura un an ; les trois prêtres furent exécutés et, de nouveau, l'Eglise se trouva sans conducteurs. Deux ans plus tard, un jeune Koréen, spécialement doué, et que Mgr Imbert avait envoyé à Macao pour faire ses études, revint en Korée, ranima le zèle des chrétiens et repartit pour Shanghaï à la recherche du nouvel évêque, Mgr Ferréol. Kim fut ordonné premier prêtre koréen en 1845 à Schanghaï. Au bout d'un mois de navigation, l'évêque, accompagné de Kim et d'un autre prêtre, entrait dans son vicariat. Peu à peu, d'autres missionnaires arrivèrent ; il y en eut seize, mais la maladie et les privations en emportèrent quelques-uns. L'Eglise comptait alors 16.000 chrétiens.
En 1863, nous avons vu que le royaume, par suite de la minorité du nouveau roi, passa aux mains du régent Taiwunkun.
Entouré par un parti politique très antichrétien, et sous prétexte que les catholiques abritaient des agissements politiques, une nouvelle persécution éclata en 1866. Elle fut d'une violence inouïe. Tous les prêtres furent pris, condamnés et exécutés, sauf trois qui parvinrent à fuir et à rapporter la nouvelle du désastre.
Les expéditions française et américaine ayant échoué, le régent s'enorgueillit d'avoir extirpé les Européens à peu de frais, et il se mit à persécuter de plus belle les chrétiens de son royaume. Jusqu'à l'ouverture définitive de la Korée par les traités étrangers, la presqu'île fut inaccessible.
A partir de 1884, le libre exercice du christianisme étant accordé, les missionnaires arrivèrent en masse. En 1910, il y avait o3 prêtres catholiques, tous français, et d'après l'article cité plus haut, il y aurait 73. SI 7 baptisés en 1912. Une grande cathédrale s'élève à Séoul, il y a en outre un orphelinat, deux écoles de garçons et un séminaire de théologie à Yong-San, tout près de la ville.
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