LES MISSIONS PROTESTANTES
§ 1. Origines, première période, organisation.
Avant l'ouverture de la Korée par les traités de 1882, une seule tentative avait été faite par les protestants pour aborder dans la presqu'île. C'était en 4832, un vaisseau anglais vint demander la permission de faire le commerce ; des caisses de livres furent envoyées au roi qui les refusa, ainsi que l'autorisation d'aborder. Les deux missionnaires, Lindsay et Gutzlaff, qui étaient à bord, ne purent réussir à pénétrer dans le pays.
Dans la traduction de l'Histoire des Missions de Burckhardt publiée en 1885, on trouve cette seule mention de la Korée :
(( Le Conseil presbytéral des missions japonaises a pris récemment une mesure très importante : il a luimême organisé une mission dans la Korée. Le Japon étant le seul pays en relation avec cette presqu'île, lui seul pouvait tenter d'y semer l'Evangile. Le Conseil a trouvé un premier ouvrier pour cette œuvre, et il en propose un second ; le port de Fusan a été choisi comme station première (1) ».
(i) Burckhardt : Les Missions évangéliques, t. III, p. 48o. Traduit de l'allemand, 4 vol. Lausanne, i885. . -
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Quelques aimées auparavant, le missionnaire John Ross, à Moukden, s'intéressa à la Korée en causant avec plusieurs de ses habitants venus pour une foire. A l'aide des informations ainsi recueillies, il écrivit un gros ouvrage paru en 4880. Il se mit aussi à la traduction du Nouveau Testament en unmun, toujours avec ses amis. Enfin, pour rendre ses efforts efficaces, il envoya des colporteurs koréens dans les provinces du nord. L'un d'eux, Saw, commença dans une petite ville de frontière, Chang-yen, une œuvre qui devint très florissante et lui-même fut un aide précieux pour la mission presbytérienne.
Dès la signature des traités de 4882, les Comités missionnaires d'Amérique prirent des mesures pour occuper le pays si longtemps défendu. Au printemps de 4884, J. W. Héron était chargé par la mission presbytérienne nord d'aller en Korée, mais il ne put partir tout de suite. La même année, le Rév. Me Clay, de la Conférence méthodiste du Japon, fit un rapide voyage d'étude ; ce ne fut qu'en automne que le docteur H. N. Allen vint résider à Séoul, envoyé par les presbytériens. Toute tentative missionnaire était encore regardée comme très suspecte ; il fut convenu que le docteur quit- . terait momentanément la mission et se présenterait comme médecin des légations étrangères. Il sut gagner la faveur royale en guérissant la blessure d'un cousin
de la reine. Il fut nommé chirurgien de la cour et eut la direction de l'hôpital fondé par le Gouvernement. Sa situation facilita l'établissement des missionnaires.
En I880, le Rév. H. G. Underwood débarque du Japon, où il a passé quelques mois à étudier le koréen ; son arrivée ne provoqua aucune objection. Il fut suivi de près par B. W. Scranton et H. G. Appenzeller, de la mission méthodiste épiscopale ; J. W. Héron et la mère de Scranton vinrent à leur tour. Cette première phalange d'ouvriers reçut un accueil très courtois ; tous, du plus humble artisan jusqu'au plus noble lettré, considéraient avec une curiosité inouïe ces familles entières d'Occidentaux qui venaient s'installer dans leur pays.
Une légère réaction se produisit cependant en 1888; on répétait à Séoul ce qui, en Chine, avait causé tant de troubles : (( Les missionnaires volent et tuent les bébés pour faire des expériences de médecine ». L'activité fut quelque temps restreinte par le Gouvernement, mais ce ne fut qu'un court orage.
A la suite de ces deux missions, presbytérienne (nord) et méthodiste épiscopale, en vinrent d'autres, en grand nombre : en 1889, les presbytériens d'Australie, puis la (( mission itinérante de Korée » fondée par M. Fenwick, du Canada. En 1890, l'évêque Corfe est envoyé par la Society for the propagation of the Gospel, et il fonde la mission anglicane ; tandis que le D' Hardie,
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du Canada, organise des Unions clirétiennes. En 1892 vient la mission presbytérienne (sud), et en 1896 le Rév. Reid prépare la venue de la mission méthodiste (sud). A cette liste déjà longue il faut ajouter l'Armée du salut, très active en Korée ; un orphelinat à Séoul, dirigé par miss Perry et miss Pash, et la « Korean religions tract Society )), qui s'occupe de publier et de répandre des livres religieux ; chaque mois elle fait paraître (( The Korea Mission Field » qui donne des nouvelles de l'activité parmi ces différentes Sociétés (1).
On peut ranger sous deux types l'organisation de ces nombreuses Sociétés :
1° Toute l'autorité est concentrée sur une seule personne : l'évêque.
Telle est l'organisation des catholiques et de l'Eglise anglicane auxquels on peut ajouter la mission méthodiste (nord), qui est visitée chaque année par un évêque d'Amérique ; il préside une conférence et règle toutes les questions importantes ; pendant son absence, l'autorité appartient à un des missionnaires appelé superintendant.
2" Contrôle de la mission par elle-même.
Tels sont les Presbytériens. Ceux du nord, du sud.
(i) Nous avons cité les principales Sociétés à l'œuvre, pour avoir une liste complète, consulter l'Atlas Missionnaire :
World Atlas of Christian missions. New-York, 191 1.
LE CHRISTIVNISME EN KORÉE
et de l'Australie se sont joints, ainsi qu'un missionnaire indépendant du Canada, dans une seule organisation qui a pris le nom de (( Jésus Doctrine Church ». Un Conseil règle leurs affaires, avec l'éligibilité des Koréens, ce Conseil devient un Svnode. '
Jusqu'en 1901 il n'y eut pas de pasteurs indigènes, mais seulement des aides, des entraîneurs (leaders) et des diacres. Une fois en possession de chrétiens éprouvés et instruits, les missionnaires se décidèrent à les consacrer pour les seconder dans leur tâche toujours grandissante.
Au-dessus de cette organisation particulière à chacun, les Presbytériens, les Méthodistes, et quelques indépendants forment « le grand Conseil des missions évangéliques de Korée ». Cet organe, sans autorité et sans contrôle, est le point de rencontre des différentes Sociétés ; par son moyen elles suivent une même ligne de conduite et coordonnent leurs efforts. Peu à peu, par suite de cette entente fraternelle, l'activité, forcément désordonnée du début, devint plus rationnelle, le pays fut partagé en grandes régions attribuées à chaque Société et ainsi les progrès furent réalisés avec une grande méthode.
Pour parvenir à cette organisation, il fallut du temps et bien des tâtonnements. Pendant les dix premières années, les missionnaires ont dû prendre con-
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tact avec le pays, étudier la langue, les coutumes et les religions pour adapter leur enseignement chrétien à la mentalité des Koréens, explorer et choisir les points de la contrée susceptibles de prendre une grande importance stratégique, dans la lutte engagée par le christianisme, et enfin gagner et instruire les premiers convertis.
Ce dernier travail se faisait lentement. (( En 1887, à Noël, trois ans après l'arrivée des premiers missionnaires, sept chrétiens, baptisés à Séoul, se réunirent portes closes, pour célébrer le premier culte de Sainte- Cène (4). » Le docteur Allen raconte comment se convertit le premier de ces chrétiens (2). C'était un homme âgé, d'une certaine instruction, venu à son service pour lui enseigner la langue. Pendant les heures oii il se trouvait seul, il prenait sur le bureau du Docteur un Nouveau Testament chinois, et il le lisait. Quand il partit, il le glissa dans sa manche pour continuer sa lecture, il se sentit pénétré par tout ce qu'il avait lu, et il alla en parler au missionnaire Underwood ; quelques mois après, en juillet 1886, il était baptisé.
(i) Joh:» Mott: L'heure décisive des missions chrétiennes, p. io8. — Traduit de l'anglais. :St-BIaise, igia.
Une relation détaillée de ce service de Sle-Cène est donnée dans la Biographie de H. -G. Appenzeller, p. 309 : .-1 modem pioneer in Korea, par Griffis. New-York. 191a.
(a) Allb» : Things Korean, p. 77. New-York, i9o8. — Cf. Underwood, op. cit., pi io5
LE CHBISTIANISME EN KOREE
§2. Méthodes et résultats.
En Korée, comme dans toute mission, les méthodes d'évangélisation peuvent se résumer en trois points : soins du corps, de l'intelligence, de l'âme. Que l'on étudie des races noires ou des races jaunes, ces trois, leviers se retrouvent toujours à la base de tout travail. Les différences n'apparaissent que dans les modes d'applications, qui doivent être adéquats au milieu où ils seront utilisés.
La mission en Korée, une des plus jeunes de toutes les missions d'Asie, a profité des expériences de ses sœurs aînées. Elle a débuté avec le docteur Allen par une œuvre médicale, et cette branche d'activité a été jusqu'à présent l'objet d'une attention spéciale de la part de nos missionnaires. Par leurs cures merveilleuses auprès des blessés et des malades, les médecins ont gagné la confiance non seulement du peuple, mais aussi de la cour. Quelqu'un a dit que la mission de Korée avait été ouverte à la pointe du scalpel. Le Rév. Underwood note quelques-uns des résultats obtenus : le vaccin contre la petite vérole a été introduit, et son usage se généralise de plus en plus, malgré la vive opposition des sorciers. Grâce à lui cette maladie, dont nous avons mentionné les ravages, est peu à peu maîtrisée. Pendant une grave épidémie de choléra, des
mesures d'hygiène furent prises et, malgré la violence de l'épidémie, le mal fut rapidement enrayé, ce qui causa l'admiration de tous. Toutes les grandes villes possèdent maintenant un hôpital, et il y a des dispensaires un peu partout. L'hôpital Severance, à Séoul, comprend plusieurs sections : le soin des malades et une école de médecine pour la préparation de gardes et de docteurs indigènes. En 1908, sept étudiants reçurent leur grade de médecin en présence du prince Ito et furent admis à pratiquer. Au cours de l'année 4912, il y avait soixante-cinq étudiants, et l'école dut subir de sérieux agrandissements (4). Dans les nombreux rapports qui paraissent dans « The lîorea Mission field » sur les hôpitaux, on peut constater quelle impulsion l'œuvre médicale donne à l'évangélisation.
Mais si le corps exige des soins, l'intelligence aussi a ses droits, les Koréens n'en sont pas dépourvus, et nous avons essavé de dire combien ils étaient désireux de lui donner un champ d'action. Les missionnaires n'ont pas dédaigné ce merveilleux outil mis à leur disposition, et l'éducation tient une grande place dans leurs préoccupations. Nous avons vu la fondation d'écoles gouvernementales et d'écoles étrangères ; chaque mission a ses écoles, écoles primaires d'abord, autant que possible chaque Eglise a la sienne et en supporte les
(i) The Korea mission field, sept. 1912, r- 274.
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charges ; ces écoles sont destinées à enlever les enfants des familles chrétiennes à l'influence des écoles païennes; pour y être admis, les enfants ne sont pas nécessairement d'origine chrétienne ; ceux dont les parents ne sont pas encore convertis deviennent souvent les instruments de la conversion de leur famille. La place nous manque pour citer des faits, nous renvoyons le lecteur à r article publié dans a The Korea Mission field » sous ce titre suggestif : « Un petit enfant les conduira » (1).
Pour ceux dont l'instruction peut être poussée, il y a, dans certaines villes, des académies, et au-dessus de ces académies, on désire organiser un ou deux collèges, c'est-à-dire universités. Ce plan grandiose, qui comprendra un programme minutieusement élaboré, n'est pas encore complètement achevé. Gomme pour les écoles primaires, les étudiants seront recrutés parmi les chrétiens, mais ces académies et collèges seront ouverts à ceux qui voudront y venir (2) .
En dehors des universités, la nécessité se fit sentir, surtout à Séoul, de posséder un lieu de réunion pour atteindre les jeunes gens de toutes classes. Pour répondre à ce besoin, une Union chrétienne fut organisée. L'affluence y est énorme, car Séoul n'a aucun théâtre, aucun concert, aucune salle de conférence ou de jeux ;
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(i) The Korea mission Jîeld, mai i9i3, p. laS.
(a) UUDEHWOOD, op. cit., p. Il3.
les Koréens boivent et jouent, mais chez eux. L'Union est installée actuellement dans un local splendide, au centre de la ville ; son influence est très forte sur une foule de jeunes, par les conférences, et surtout par l'atmosphère chrétienne qu'elle fait respirer à tous ceux qui y viennent.
L'éducation des fdles a soulevé quelques difficultés; il y a une vingtaine d'années, il était impossible de les avoir à l'école en raison des idées du Koréen sur la femme. Peu à peu, cet ordre de choses a changé, les chrétiens d'abord ont envové leurs filles, et maintenant les païens aussi veulent les instruire ; les nobles euxmêmes réclament des écoles et permettent à leurs filles de fréquenter celles qui existent déjà ; Séoul possède trois internats dépendants des missions.
L'éducation des femmes a, dans ce pays, une importance qu'il est difficile de soupçonner. Lors de l'établissement des premiers missionnaires, un Koréen, voyant leurs efforts et leurs méthodes, disait que leur attention devrait se porter d'abord sur les femmes ; il affirmait que si les mères devenaient chrétiennes, la nation entière serait conquise (1). Dans un entretien que 3 'ai pu avoir avec un missionnaire de l'Eglise anglicane, il soulignait ce fait, et prétendait que l'un des gros
(l) USDEBWOOD, op. cit., p. Il8.
obstacles opposés au christianisme était la femme. Cela peut paraître extraordinaire si Ton se souvient du peu de cas que les Koréens font de leur femme, mais il est de toute façon intéressant de constater les progrès réalisés dans l'éducation féminine.
11 fallait fournir aux écoles et aux académies les livres dont elles avaient besoin, il fallait garnir les bibliothèques d'ouvrages intéressants et instructifs, il fallait publier des périodiques pour atteindre ceux qui ne viendraient pas dans les bibliothèques ; il fallait en un mot créer toute une littérature. La (( Korean religions tract Society » se mit à l'œuvre, aidée par l'imprimerie méthodiste qui permettait de faire paraître des publications en anglais, en unmun et en chinois. Parmi les périodiques, il y en a deux qui ont été longtemps édités par le missionnaire Appenzeller : le « Korean Christian advocate », purement religieux, et le a Korean Repository », qui était un journal de civilisation avant tout et cherchait à faire connaître parmi les blancs la réelle existence de la Korée. Depuis 1898, le « Korean Repository )) a passé entre les mains du professeur Hulbert et est devenu (( The Korean Review ». Dans ce domaine, comme dans les autres, la bonne entente des Sociétés a servi à unir les efforts et à épargner des gaspillages de temps et d'argent : chaque semaine paraît le <( Christian news », et une feuille pour les écoles du dimanche
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qui est destinée à toutes les Eglises de toutes dénominations.
Dès le début, la traduction de la Bible fut mise en train. Un Comité fut nommé pour diriger ce travail et lui donner de l'unité ; le Nouveau Testament est maintenant achevé, et six ou sept livres de l'Ancien ont paru.
Longtemps les missionnaires ont été seuls pour accomplir toute cette tâche d'éducation, mais à mesure que l'œuvre grandissait, ils trouvaient des aides parmi les Koréens eux-mêmes. A Pyeng-Yang, les Presbytériens, et à Séoul les Méthodistes ont chacun une école de théologie qui fournit des pasteurs. Des laïques nobles et instruits viennent offrir leurs services pour remplir des charges dans l'Eglise, ou dans les différentes organisations qui en dépendent. Le Rév. Gale raconte de quelle façon fut recruté un petit groupe de ces laïques dévoués (1). Dans une prison infecte, croupissaient six jeunes gens accusés avec raison d'être favorables aux réformes d'Occident. Sans jugement, sans condamnation, ils avaient été enfermés et souffraient dans leur orgueil de nobles des humiliations, sans parler des mauvais traitements qu'ils enduraient. Ils nourrissaient des sentiments de vengeance et de haine, quand ils reçurent, au fond de leur cachot, un Nouveau Testament, le «Voyage du Pèlerin», de Bunyan et des traités de Moody.
(i) J.-S. Gale : Korea in transition, p. 183.
Des visites fréquentes du Rév. Bunker transformèrent leur prison en véritable chambre haute. Au moment de leur libération, ils avaient reçu une forte instruction religieuse. Avec leur haute position sociale et politique, avec leur sérieuse culture intellectuelle, ces hommes devinrent les chrétiens les plus influents de la capitale. En 1909, l'un, ancien secrétaire de cabinet, est à la tête de la brandie religieuse du (( Young Men's Christian Association » (Union chrétienne), un autre en est le secrétaire général ; un troisième, ancien chef de police à Séoul, s'occupe des étudiants koréens à Tokio. Tous ont voué leur vie à une activité missionnaire.
Qu'il s'agisse de soigner le corps ou de nourrir l'intelligence, le missioiHiaire n'a pas atteint son but s'il ne peut parvenir à gagner l'âme, à lui révéler l'amour de Dieu, à lui parler de Christ. Les hôpitaux, les écoles, les livres ne suffisent pas pour toucher toutes les âmes, il faut aussi la prédication. Mais là encore, les formes sont très variables ; citons-en quelques-unes.
Il y a d'abord la prédication du dimanche au temple, telle qu'elle se pratique dans le monde entier. Il y a aussi la réunion plus restreinte dans une salle oii tous se sentent libres d'entrer. Un mode très efficace est la distribution de traités ou d'évangiles dans la rue ; un cantique attire les badauds, on leur distribue ce qu'on a et on leur adresse quelques mots, c'est en somme ce
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LE CHRISTr\NISME EN KORÉE
qu'on voit dans les rues de Londres avec l'Armée du Salut. Mais la manière qui pénètre le plus profondément et qui est bien spéciale à la Korée a été appelée « Sarang w^ork » par les missionnaires. (( Sarang )> est le nom de la chambre réservée aux réceptions dans toute maison koréenne. Là, quelques hommes réunis autour du missionnaire, fument leur pipe et causent, la Bible est ouverte devant eux, et la conversation ne chôme pas, les questions se succèdent rapidement. Mode d'action qui peut paraître bien faible et bien restreint et qui, cependant, a donné les meilleurs résultats. C'est en passant par ces petits groupes, en apparence négligeables, que l'Evangile a conquis ses positions les plus fortes.
Parfois le missionnaire monte sur un de ces terribles poneys et part accompagné de quelques porteurs chargés de livres, et, de village en village, il va faire une grande tournée, préchant partout où l'occasion se présente.
Sans attendre d'avoir des pasteurs indigènes consacrés, les missionnaires ont utilisé dès l'origine le zèle des convertis. Ils ont appliqué ce qu'ils appellent le (( Nevius System ».
D'après cette méthode, chacun demeure à sa place, s'efforce de devenir un ouvrier avec Christ et de vivre Christ dans son milieu. A mesure que l'Eglise se déve-
loppe ainsi, ceux qui paraissent le mieux qualifiés pour propager leur foi sont mis à [)art. Ce sont ces chrétiens qui sont appelés entraîneurs (leaders). Pour les former et les entretenir, les missionnaires vont aussi souvent que possible en tournée, et une fois par an ils les réunissent sur la station centrale pour suivre une classe biblique pendant deux ou trois semaines. Les églises sont construites au moyen des souscriptions indigènes, et selon r architecture locale.
Dans son livre a l'Eglise de Christ en Korée », M. Fenwick insiste beaucoup sur l'importance de ces évangélistes indigènes, et sur les avantages qu'ils ont vis-à-vis du missionnaire.
(( Aux yeux d'un Koréen, dit-il, le message d'un blanc n'a pas la même valeur que celui d'un Koréen. » Cela peut venir d'une antipathie naturelle de race, et aussi de la difficulté à saisir ce message étrange et mystérieux dans la bouche d'un Occidental. A l'appui de sa thèse, M. Fenwick parle longuement de ses déboires comme prédicateur et des succès merveilleux de ses évangélistes là où il avait misérablement échoué. Après avoir fait ces expériences, il adopta la méthode suivante :
Dans chaque district à évangéliser, il installe un dépôt biblique sous la garde d'un « leader ». Il divise le district en autant de sections qu'il a d' évangélistes, et
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3 les envoie avec un stock de livres ; ils doivent s'adresser à toutes les maisons, et chercher à atteindre toutes les âmes. Ce travail de colportage et de prédication est répété plusieurs fois et, avec les résultats ainsi obtenus, des groupements sont constitués qui deviendront plus lard des Eglises. M. Fenwick travaille dans le nord, h Wonsan et sur le Tumen ; lorsqu'il eut ainsi un certain flombre d'Eglises établies, il fallut songer à leur donner mie organisation. Dans une grande Assemblée, il fut décidé qu'il y aurait dans chaque Eglise des capitaines de dix, de cinquante et de cent, qui auraient pour mission d'assister les diacres chargés de la direction spiriiuelle et fniancière de l'Eglise. Au-dessus d'eux seraient les pasteurs et leurs aides pour visiter chaque troupeau ; ®nfin, à la tête de tous serait un directeur. Chaque district a une assemblée trimestrielle de pasteurs pour étudier la Bible et régler les affaires. Un conclave annuel présidé par le directeur nomme les capitaines, les dia- «res et les pasteurs.
Telle est l'organisation de la « Cliurch of Clirist in Korea ». En somme, le missionnaire dirige de haut et laisse l'œuvre spirituelle aux pasteurs ou diacres indigènes. Nous avons insisté un peu sur cette tentative, €ar elle présente une certaine originalité et quoique encore bien jeune, elle a déjà donné de très l>eaux résultats.
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Tout en étudiant les différentes méthodes de la mission, nous en avons indiqué au fur et à mesure les résultats, nous voudrions maintenant citer deux ou trois faits. Tout d'abord, deux cas de conversions individuelles ; le premier est rapporté par M. Fenwick et a sa place tout indiquée ici (1) :
(( Un diacre, en visite dans une petite ville du nord, entra en rapport avec un chapelier. Cet homme, un rude travailleur, avait eu une ère de prospérité. Mais les Chinois avaient introduit dans cette contrée l'opium anglais et avaient enseigné aux Koréens son usage. Le chapelier était une des premières victimes de ce fléau, il avait commencé à fumer de l'opium sans se douter du mal qu'il se faisait. Les effets de l'opium sont plus graves encore que ceux de la boisson ou du jeu. L'homme, sous l'action de l'opium, devient stupide et cupide ; peu à peu, les organes refusent toute assimilation, la peau sèche et se désagrège, la figure prend la couleur de cendres.
(( Le malheureux chapelier en était à ce degré, quand le diacre lui raconta la merveilleuse histoire ; fl récouta, puis il dit : « C'est inutile, je suis un pécheur. Je n'ai pas seulement violé les lois de Dieu, mais aussi celles de mon pays ; je suis une honte pour ma famille,
(i) Fekavick, op. cit., p. 100 et suiv.
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un déshonneur pour ma ville et ma patrie. Ma famille est dans le dénuement, et moi je meurs ». — (( Ne parlez pas ainsi, dit le diacre, j'ai un sauveur pour vous. Il brisera votre chaîne et vous rendra libre, et il fera de vous un homme heureux si vous voulez lui permettre d'être votre Sauveur et Seigneur. Voyez, telle est la parole de Dieu. » Ce disant, le diacre ouvrait la Bible et lui révélait l'histoire d'amour, de puissance et de grâce ; puis, au moment de partir, il lui laissait un Evangile. Chaque jour il revenait l'encourager. Le cinquième jour, cet esclave de l'opium lui dit : (( Oui, je veux, je veux prendre ce Jésus pour mon Sauveur ». Puis, avec la simplicité d'un enfant, il ajouta : « Il m'a assez aimé pour mourir pour moi. Il sera mon Sauveur, il me guérira et fera de moi son esclave. » En un instant son désir, jamais assouvi, d'opium, disparut complètement, et fut remplacé par un profond dégoût. Au bout de dix jours son corps était transformé, ses forces étaient revenues, et il était de nouveau capable de travailler. Cet homme régénéré fut dans la ville une torche vivante. Sa figure était illuminée d'un reflet divin, et sa voix avait un timbre spécial pour dire à tous quel Sauveur puissant l'avait rendu libre. Son témoignage amena la fondation d'une belle Eglise, dont les membres, malgré les fatigues du travail journalier, se réunissent le soir autour de la Bible et étudient la Parole de vie
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jusque tard dans la nuit. Quant au chapelier, il tint bon. »
Le second est rapporté par le Rév. Gifford (1), son ami Moffet, premier missionnaire de Pyeng-Yang, le lui avait raconté. Nous donnons le récit de Moffet en l'abrégeant un peu :
(( Quand mon aide Han vint la première fois à Pyeng-Yang pour préparer le terrain avant l'installation d'une station, il prit un stock de livres et descendit dans l'auberge d'un homme nommé Chay, qu'il avait connu autrefois. Grand, maigre, parlant haut et buvant fort, adonné au jeu et à tous les vices, Chay était toujours prêt à jouer un mauvais tour, ou à se quereller avec n'importe qui. Très adroit et rusé, il gagnait beaucoup, mais perdait davantage à boire et à jouer. Son foyer était misérable. Il avait cependant de l'affection pour Han et écoutait volontiers l'histoire étrange que celui-ci racontait ; il s'étonnait de le voir vendre à si bas prix des livres de si belle apparence. Il affirma ensuite que c'était là simple curiosité de sa part.
(( Plus tard, lorsque je vins à Pyeng-Yang en quête d'un local, Ghay nous servit d'agent et entra en contact plus fréquent avec nous. L'évangéliste Saw fit sur lui
(i) Gifford, op. cit., p. i'>3 et suiv.
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une profonde impression, il n'avait jamais vu de Koréen animé d'un esprit aussi cordial et aussi sincère. Cette fréquentation d'hommes qui ne craignaient ni le ridicule, ni la lutte pour proclamer leur foi l'amena h réfléchir, puis à écouter et à lire avec plus de sérieux. A sa grande surprise, il se sentit réellement intéressé et attiré. Il devint un auditeur assidu aux cultes et aux cours de catéchumènes. Il rencontra de l'opposition, on se moquait de lui, mais il supporta tout bravement, disant qu'il était en train (( de faire la doctrine de Jésus ». Ses anciens camarades essayèrent de le faire tomber, l'invitant à jouer et à boire. Sa femme se mit en colère quand il refusa de sacrifier aux esprits de la maison et aux ancêtres, et quand il exigea la destruction de tous les (( nids » à esprit. Elle se réjouissait des transformations morales opérées dans son mari, mais elle craignait les démons. Pendant des mois, Chay fut en proie à toutes sortes de tentations, et c'était touchant de l'entendre raconter comment il se précipitait dan& une pièce retirée de la maison pour s'agenouiller et demander la force de vaincre.
(( Il devint un des sept premiers hommes membres de l'Eglise de Pyeng-Yang ; sa vie spirituelle s'affermissait et son influence gagnait non seulement les siens, mais tous ceux qui entraient dans son auberge. En 1894, les chrétiens de la ville furent inquiétés, il y eut de&
arrestations, Chay resta ferme malgré les supplications de ses parents et les menaces d'un agent officiel.
(( L'année suivante, Pyeng-Yang fut le théâtre de la guerre sino -japon aise ; Chay emmena sa famille et celle de son frère dans un village de montagne. Là, son zèle apostolique se manifesta parmi les paysans, et la sérénité de sa vie au milieu de cette période troublée gagna définitivement son frère et sa femme qui se convertirent. Elle se mit aussitôt à travailler parmi les femmes du village. Quand la guerre fut finie et qu'ils purent rentrer h la ville, ils laissaient derrière eux un groupe de chrétiens convaincus. »
Nous avons déjà parlé de Séoul et des résultats obtenus dans cette ville par les hôpitaux, les écoles et la prédication. Il nous est impossible de passer en revue toutes les stations depuis Fusan jusqu'au Tumen, mais nous voudrions encore parler de l'expansion du christianisme à Pyeng-Yang parce que ce fut un des points les plus difficiles à conquérir, et parce que c'est là que se manifesta surtout le réveil de 1907. Nous empruntons les renseignements suivants à l'ouvrage de Mrs. Bishop (4), après les avoir vérifiés par les relations des missionnaires ; il nous a paru que sous sa plume ils avaient plus de relief et ne risquaient pas d'être taxés/ d'exagération:
(i) Bishop, 0/). ci<., p. 3/(G et suiv.
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(( Les missions chrétiennes n'eurent d'abord aucun succès à Pyeng-Yang, ville très riche et très immorale. Plusieurs tentatives du christianisme avaient été repoussées avec violence. En six années, les Presbytériens comptaient 28 convertis. Puis, vint la guerre (1894) et la ruine de la ville. Après la guerre, bien des changements se produisirent ; parmi les 28 baptisés étaient quelques hommes dont la mauvaise vie était, avant leur conversion, un fait notoire, et qui maintenant étaient connus pour leur probité. Autour de ce noyau, il y avait 440 catéchumènes, l'église était trop petite pour recevoir ceux qui voulaient entendre la Parole. Sur, la station, une trentaine d'hommes s'étaient groupés, envoyés par quinze villages ; ils venaient passer trois semaines auprès du missionnaire pour étudier la Bible et l'expliquer ensuite à leurs camarades. Ils travaillaient tout le jour, et le soir avaient des réunions de prières accompagnées de chants.
(( Un jour, quelques hommes arrivèrent de différents villages et demandèrent à être instruits. A la réunion du soir, ils expliquèrent comment un ou deux chrétiens s 'étant réfugiés dans leur village, lors de la guerre, ils leur avaient fait comprendre la vanité et la folie du culte des démons et leur avaient appris à connaître le Seigneur du ciel qui hait le mal, mais qui aime les créatures plus qu'un père n'aime ses enfants. Ils dirent leur
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embarras, leurs recherches, et comment, dans leur ignorance, ils adoraient chaque jour « Celui qui est le plus grand )). Désireux d'en savoir davantage, leurs villages les avaient envoyés auprès du missionnaire pour être instruits. »
Si maintenant nous voulons caractériser en peu de mots le Koréen chrétien, nous remarquerons d'abord la place toute spéciale qu'occupe la Bible dans sa vie. Répandue largement dans le pays, elle a devancé presque partout le missionnaire et a merveilleusement préparé sa tâche, convainquant chacun de péché et étouffant la crainte des démons. Par une étude sérieuse et continue, le Koréen s'est assimilé ses enseignements et a compris, dans le sens le plus élevé et le plus large, ce que voulait dire le mot de conversion.
Le chrétien koréen est un homme de prière. Les réunions de prières sont très suivies et très vivantes, il arrive parfois que plusieurs prient en même temps à haute voix sans que l'ordre et le recueillement soient troublés. L'attitude de prière, elle seule, est très suggestive : étant assis à l'orientale, l'homme qui veut prier se penche en avant jusqu'à ce que son front touche terre. Dans cette position, qui peut paraître grotesque, entre une idée de respect et de soumission absolue à l'égard de Dieu.
Le chrétien koréen, enfin, est actif et généreux.
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Actif, nous l'avons vu répandre autour de lui l'Evangile ; il met à part, selon ses moyens et le temps dont il dispose, un certain nombre de journées, semaines ou mois, pendant lesquels il se consacre entièrement à faire de l'évangélisation. La générosité est un trait naturel de son caractère, elle est poussée chez le chrétien jusque dans ses plus extrêmes limites. Un paysan vendra sa vache pour payer le toit de son église, et s'attellera luimême à sa charrue pour labourer son champ. Mrs. Bishop, ayant assisté à une collecte à Pyeng-Yang en faveur de l'Inde ravagée par une famine, garde l'impression que la générosité des chrétiens koréens est, toutes proportions gardées, bien plus grande que la nôtre (1).
Il est intéressant, en terminant ce paragraphe, de noter l'hommage rendu par le prince Ito aux missions protestantes, lorsqu'il fut envoyé par le Japon comme Résident-Général à Séoul (2). Il ne se contenta pas de rendre un hommage au travail religieux et éducateur de nos missionnaires, il leur promit aussi son appui, et sa coopération dans leur œuvre.
(i) Bishop, op. cit., p. 347 (note).
(a) LoNGFORD, op. cit., p. 395. — Cf. le Times, 28 oct. 1907, article de lord William Gascoyne Gecil : a Mission Work in Korea. »
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§ 3. Le Réveil de 1907.
Dans l'article de 1' (( International Review of mission » sur l'Eglise de Korée, le Rév. Jones divise son histoire en trois périodes : (( Nous sommes,' dit-il, dans la troisième période qui débute avec le réveil. Ce grand événement, la naissance spirituelle de l'Eglise indigène en Korée, constitue l'origine de son histoire et de sa tradition spirituelle et lui donne par conséquent un caractère tout particulier (1). » Il nous reste donc à voir ce qu'a été ce réveil. Les documents, malheureusement, sont peu nombreux (2) ; l'article du Times présente un intérêt tout spécial, car il émane d'un pasteur de l'Eglise anglicane ; or, cette Eglise est restée étrangère à ce mouvement. Nous extrayons de cet article les passages essentiels :
(( A Pyeng-Yang était réunie une classe biblique pour l'instruction des chrétiens disséminés. Le président était un Américain d'origine écossaise, de tempérament froid. Ces détails ont de l'importance, car ce qui va suivre diffère en tous points de ces manifestations religieuses oîi l'émotion joue le rôle principal.
{i) International Review of Missions, jvLillet ÏQ13, p. UiG.
(a) The Times, 28 octobre 1907: « Mission Work in Korea », par Rev. lord William Cascoyne Cecil.
Mrs Underwood: 15 Years among the Top-Knots, chap. XIX. New-York, 1908. '
J.-S, Gale : Korea in Transition, chap. VII.
G. Davis: Korea for Christ, chap. X, Londres, 191 1.
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(( La première semaine, tout se passa normalement ; juste le dernier jour, à la surprise des missionnaires, un Koréen se lève et demande la parole ; il a, dit-il, la conscience trop chargée pour pouvoir rester en paix. Cette interruption causa un certain malaise au président de la réunion, il accorda cependant la parole. Il s'agissait d'un sentiment de haine à l'égard du missionnaire, à la suite d'une légère réprimande de sa part. Le missionnaire assura le pécheur repentant de son pardon et il se mit à prier. A peine avait-il prononcé deux paroles qu'une puissance, semblable à une tourmente, s'empara de l'Assemblée ; les scènes qui s'ensuivirent furent terrifiantes, au dire des Européens. Tous les assistants étaient saisis d'angoisse ; chacun voyait surgir ses péchés, condamnant sa vie. Les uns se jetaient à terre et libéraient leur conscience en avouant leurs fautes ; d'autres restaient silencieux, se tordant les poings, et frappant leur tête contre le sol, ils luttaient contre cette puissance qui les obligeait à se confesser en public. De 8 heures du soir à 2 heures du matin, ces scènes se reproduisirent. Les missionnaires assistaient impuissants à cette prodigieuse manifestation de force. La réunion fut interrompue, mais personne ne put dormir, et la plupart restèrent à prier toute la nuit. Le jour suivant, même angoisse, mêmes luttes, mêmes confessions et ainsi pendant plu-
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LE CHRISTIANISME E\ KOREE
sieurs jours. Les missionnaires écoutaient l'énumération de tous ces péchés, le cœur à la fois navré et reconnaissant. Il y avait des crimes affreux, d'autres infimes. Chaque fois que l'aveu pouvait être suivi de réparation, elle ne se faisait pas attendre. Un homme vendit sa maison pour rembourser de l'argent qu'il avait détourné, et resta sans abri. La confession publique de ces nombreux péchés, au lieu de déprécier le christianisme aux yeux des païens, comme on le craignait, les impressionna au contraire très vivement en sa faveur ; car, disaient-ils, il faut que cette religion soit bien forte pour contraindre ces hommes à faire des aveux, alors que les tortures mêmes n'y seraient pas parvenues ! »
Lord Gecil termine son article en comparant cette étrange manifestation de l'Esprit à celle qui a précédé le grand mouvement de John Wesley.
Voyons maintenant les récits de Mrs. Underwood et du Rév. Gale, qui vont de pair. Nous constaterons certaines différences avec l'article du Times :
En 190o, le D' Hardie et d'autres missionnaires furent comme baptisés du Saint-Esprit et saisis d'un profond sentiment de péché. Leur expérience gagna les indigènes, et toute la communauté vécut dans une atmosphère de paix et redoubla de zèle. Ces faits furent bientôt connus dans le pays, et en même temps parvenaient les récits impressionnants de ce que Dieu accom-
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plissait au Pays de Galles, aux Indes, et sur d'autres points du globe. Il y eut comme un frémissement qui passa sur toutes les âmes chrétiennes. (( Bénis-moi, même moi, oh ! mon Père ! » était leur prière constante.
Peu après, un missionnaire presbytérien envoyait à tous ses collègues de toutes dénominations une circulaire dans laquelle il les engageait à prier journellement pour l'effusion du Saint-Esprit sur les missionnaires, sur les chrétiens indigènes, et sur les païens de Korée. A la suite de cet appel, des réunions de prières s'organisèrent un peu partout.
A Mokpo, dans le sud, en octobre 1906, au cours de réunions tenues par M. Gerdine, il y eut plusieurs manifestations spirituelles. Voici ce que rapporte un témoin : a La Parole était comme un scalpel mettant à nu les péchés secrets et les cancers cachés de l'âme. Des hommes forts pleuraient comme des enfants, confessant leurs péchés et, à mesure que la paix de Dieu revenait dans leur cœur avec le pardon, leur figure s'illuminait et l'Eglise entière entonnait des chants de triomphe. »
En août 1906, les missionnaires de Pyeng-Yang se réunirent en conférence pour raffermir leur propre vie spirituelle. Le D' Hardie y assistait et Mr. Lee écrit que fe désir de voir Dieu régner en maître sur leur vie s'emparait de leur cœur. Le mouvement était en marche, pendant l'hiver on vit qu'il se préparait quelque chose
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d'extraordinaire. Les chrétiens n'étaient pas seulement en prière mais au travail ; même ceux qui ne s'étaient jamais beaucoup dépensés, allaient dans les campagnes et passaient plusieurs jours ou semaines à prêcher et à enseigner la Parole aux païens. Des lettres arrivaient à Séoul demandant plus de traités, plus de livres, et surtout des Bibles. Aux environs de Noël, des hommes de la campagne vinrent pour une classe biblique. Le 6 janvier au soir commencèrent des réunions publiques dans la grande église centrale, qui fut réservée aux hommes^ tandis que les femmes se réunissaient dans d'autres locaux. Chaque soir, l'église était remplie d'hommes. Les réunions grandirent en puissance jusqu'au samedi, qui fut le meilleur jour de la semaine. Dimanche soir^ la bénédiction attendue ne vint pas, mais le lundi soir, la merveilleuse manifestation de la présence de Dieïi arriva.
Comme à Wonsan et à Mokpo, la conviction de péché tenaillait les cœurs et poussait à la confession. Des hommes pleuraient, gémissaient, frappaient leur poitrine, tombaient à terre. Mr. Lee, parlant d'un homme qui se confessait, dit : « D'une voix brisée, ii commença à prier, sa prière était telle que je n'en avais jamais entendu d'autre auparavant. Nous avions la vision d'un cœur humain mis à nu devant son Dieu. En priant il pleurait. En fait, il ne pouvait pas contrôler
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ses paroles, et tandis qu'il pleurait, l'assemblée versait aussi d'abondantes larmes. Il nous semblait que nous étions en présence du Dieu vivant. »
Lundi, mardi et mercredi soir, mêmes manifestations, même effusion de l'Esprit. « Ce fut un temps de prière comme nous n'en avons jamais vu avant », écrivait M. Hunt.
Ce travail spirituel gagna bientôt les écoles ; il y avait entre elles une rivalité amère, source de dissentiments continuels. Par l'action de l'Esprit, elles devinrent animées d'un sentiment d'amour les unes envers les autres. A propos de l'école supérieure des filles, Mrs. Bernheisel écrit : (( L'Esprit de Dieu tomba littéralement sur nous, et nous ne pouvions nous empêcher de pleurer et de confesser nos péchés. » Le collège de Pyeng-Yang se trouvait en vacances à ce moment-là ; cependant, chaque jour, à 4 heures, les garçons qui étaient dans la ville se réunissaient. Personne ne chercha à les diriger, cela, du reste, eût été impossible. Tous étaient dans un état de prostration profonde, et ceux qui n'avaient pas encore reçu le pardon étaient dans une agonie de repen tance. Ils frappaient de temps en temps leur front contre terre. Toute force de résistance une fois brisée, ils confessaient leurs péchés en sanglotant.
A l'ouverture du collège, le programme ordinaire fut négligé et la première semaine entièrement consacrée
à l'étude de la Bible et à la prière ; chaque soir, un service spécial unissait toutes les écoles de la ville. A la première de ces réunions communes, sur les 300 garçons environ présents, il n'y eut que quelques cas de confession et de repen tance publique. La plupart restaient froids. Ceux qui avaient été bénis passèrent la journée suivante et même la nuit à prier.
A la réunion du second soir, avant que le président ait pris place, la marée des prières commença à monter et, bien que trois jeunes gens se soient levés les uns après les autres pour prier, leur voix n'était pas entendue au milieu du tumulte des intercessions et des supplications. Tandis que les prières continuaient à monter, la salle retentissait des cris, des pleurs et des gémissements de ceux qui tombaient la face contre terre pour s'humilier.
A cette réunion et aux deux suivantes, on remarqua que la plupart des étudiants étaient presbytériens, et que les méthodistes n'avaient pas encore été atteints. Leur évangéliste, homme très remarquable, avait été dès le début opposé à l'union dans les écoles ou dans tout autre activité, et il avait usé de son influence pour l'empêcher. Il désirait pour son troupeau une bénédiction spéciale, et quand il vit qu'elle était accordée d'abord aux Presbytériens, il fut jaloux et mécontent.
On craignit qu'il ne fît usage de son influence pour
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jeter le discrédit sur le mouvement, soit dans sa prédication, soit dans sa classe. Des prières spéciales furent faites pour lui par des indigènes et des blancs des deux dénominations. Le vendredi soir, les méthodistes furent atteints ; une bande de jeunes gens qui s'étaient promis de s'opposer à ces influences, abandonnèrent toute velléité de résistance et demandèrent la grâce du Seigneur. A minuit, il y en avait cinquante debout, attendant leur tour de confesser leurs péchés. Pendant la soirée, beaucoup d'entre eux se jetaient aux pieds de l'évangéliste et confessaient qu'ils avaient eu tort de suivre son influence. Lui-même fut convaincu de son erreur ; à la fin de la réunion, cet homme fier était en larmes dans les bras des missionnaires, s 'accusant de froideur et de jalousie. Pendant les services qui suivirent, il n'y eut plus de résistance contre l'Esprit Saint. Alors le Seigneur commença à répandre ses bénédictions sur les méthodistes, et les mêmes manifestations merveilleuses se produisirent dans leur Eglise.
Les femmes, réunies dans des locaux à part, furent plus lentes à entrer dans le mouvement. A la fin de la classe biblique, des réunions furent tenues spécialement pour elles dans la grande église, et bientôt elles furent saisies par la puissance spirituelle. L'intensité de leur sentiment de culpabilité devint telle que beaucoup tombaient évanouies.